CHAPITRE III
De l'Univers animé et iiitelUrjent.
AvAST de passer aux applications de notre système et aux résultats qu'il doit donner, il est bon de considérer dans l'univers tous les rapports sous lesquels les anciens l'ont envisagé.
Il s'en faut de beaucoup qu'ils n'aient vu dans le mondequ'une machine sans vie et sans intcllijjence, mue par une force aveugle et nécessaire. La plus jjrande et la plus saine partie des philosoplies ont pensé que l'univers renfermait éminemment Icprincipe de vie et de mouvement que la nature avait mis en eux, et qui n'était en eux que parce qu'il existait éternellement en elle , comme dans une source abondante et féconde dont les ruisseaux vixifiaient et animaient tout ce quia vieet intelligence. L'homme n'avait pas encore la vanité de se croire plus parfait que le monde, et d'admettre dans une portion infiniment petite du grand tout, ce qu'il refusait au grand tout lui-même, et dans l'être passager, ce qu'il n'accordait pas à l'être toujours subsistant.
Le monde paraissait animé par un principe de vie qui circulait dans toutes ses parties, et qui le tenait dans une activité éternelle. On crut donc que l'univers vivait comme l'homme et comme tes autres
animaux; ou plutôt que ceux-ci ne vivaient que parce que l'univers, essentiellement animé, leur communiquait pour quelques instans une infiniment petite portion de sa vie immortelle,qu'il versait dans la matière inerte et eirossière des corps sublunaires. Venait-il à la retu'er àlui, l'homme et ranimai mouraient, et l'univers seul, toujours vivant, circulait autour des débris de leurs corps par son mouvement perpétuel, et organisait de nouveaux êtres. Le feu actif ou la substance subtile qui le vivifiait lui-même, en s'incorporant k sa masse immense, en était l'àme universelle. C'est cette doctrine qui est renfermée dans le système des Chinois, suvV T'ang et sur V l'n, dont l'un est la matière céleste, mobile et lumineuse, et l'autre la matière terrestre , inerte et ténébreuse dont tous les corps se composent.
C'est le dogme de Pythagore contenu dans ces beaux vers du sixième livre de l'Enéide, oii Anchise révèle à son fils l'origine des âmes, et le sort qui les attend après la mort.
« Il faut que vous sachiez, lui dit-il, ô mon fils! « que le ciel et la terre, la mer, le globe brillantde « la lune, et tous les astres, sont mus par un prin- « cipe de vie interne qui perpétue leur existence ; « qu'il est une grande âme intelligente, répandue « dans toutes les parties du vaste corps de l'univers, « qui, se mêlant à tout, l'agite d'un mouvement « éternel. C'est cette àrae qui est la source de la vie (( de l'homme, de celle des troupeaux, de celle des
« oiseaux et de tous les monstres qui respirent au « sein des mers. La force vive qui les anime émane « de ce feu éternel qui brille dans les cieux, et qui, « captif dans la matière grossière des corps, ne s'y « développe qu'autant que le permettent les diver- « ses organisations mortelles qui émoussent sa force « et son activité. A la niort de chaque animal , ces 4 germes de vie particulière, ces portions du souille <i universel, retournent à leur principe et à leur « source de vie qui circule dans la sphère étoilée.»
Timée de Locres, et après lui Platon et Proclus , ont fait un tniité sur cette âme universelle, appelée âme du monde, qui, sous le nom de Jupiter, subit tantde métamorphoses dans la mythologie ancienne et qui est représentée sous tant de formes empruntées des animaux et des plantes dans le système des Egyptiens. L'univers fut donc regardé comme uu animal vivant, qui communique sa vie à tous les êtres qu'il engendre par sa fécondité éternelle.
Non-seulement il fut réputé vivant, mais encore souverainement intelligent, et peuplé d'une foule d'intelligences partielles répandues par toute la nature, et dont la source était dans son intelligence suprême et immorlelle.
Le monde comprend tout , dit Timée ; il est animé et doué de raison : c'est ce qui a fait dire à beaucoup de philosophes que le monde était vivant et sage.
Cléanthe, qui regardait l'univers comme Dieu ou comme la cause universelle et improduite de tous
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les effets, donnait une âme et une intelligence au monde, et c'était à cette âme intelligente qu'appartenait proprement la divinité. Dieu, suivant lui, établissait son principal siège dans la substance éthérée , dans cet élément subtil et lumineux qui circule en abondance autour du firmament , et qui de là se répand dans tous les astres , qui par cela même partagent la nature divine.
Dans le second livre de Cicéron sur la nature des dieux, un des interlocuteurs s'attache à prouver par plusieurs argumens que l'univers est nécessairement intelligent et sage. Une des principales raisons qu'il en apporte , c'est qu'il n'est pas vraisemblable que l'homme, qui n'est qu'une infiniment petite partie du grand tout, ait des sens et de l'intelligence, et que le tout lui-même, d'une nature bien supérieure à celle de l'homme, en soit privé. « Une même sorte d'àmes, dit Marc-Âurèle, « a été distribuée à tous les animaux qui sont sans « raison, et un esprit intelligent à tous les êtres « raisonnables. De même que tous les corps ter- « restres sont formés d'une même terre, de même « que tout ce qui vit et tout ce qui respire ne voit « qu'une même lumière, no reçoit et ne rend qu'un « même air, de même il n'y a qu'iiue âme , quoi- « qu'elle se distribue en une infinité de corps or- « ganisés; il n'y a qu'une intelligence, quoiqu'elle « semble se partager. Ainsi la lumière du soleil « est une , quoiqu'on la voie dispersée sur les « murailles, sur les montagnes, sur mille objets « divers. »
Il résulte de ces principes philosophiques que la matière des corps particuliers se généralise en une matière universelle dont se compose le coi-ps du monde, que les âmes et les intelligences particulières se généralisent en une âme et une intelligence universelle , qui meuvent et qui régissent la masse immense de matière dont est formé le corps du monde. Ainsi l'univers est un vaste corps mu par uneâme, gouverné et conduit par une intelligence qui ont la même étendue et qui agissent dans toutes ses parties, c'est-à-dire dans tout ce qui existe, puisqu'il n'existe rien hors Fxinivers , qui est l'assemblage de toutes choses. Réciproquement, de même que la matière universelle se partage en une foule innombrable de corps particuliers sous des formes variées , de même la vie ou l'âme universelle, ainsi que l'intelligence, se divisant dans les corps, y prennent un caractère dévie et d'intelligence particulière dans la multitude infinie de vases divers qui les reçoivent. Telle la masse immense des eaux, connue sous le nom d'Océan, fournit par l'évaporation les diverses espèces d'eaux quisedistribucnt dans les lacs , dans les fontaines, dans les rivières , dans les plantes , dans tous les végétaux et les animaux, oîi circulent les fluides sousdesformes et avec des qualités particulières , pour rentrer ensuite dans le bassin des riicrs, où elles se confondent en une seule masse de qualité homogène. Voilà l'idée que les anciens curent de l'âme ou de la vie et de l'intelligence universelle, source de la vie et des in-
telligences distribuées dans tous les êtres particuliers, à qui elles se communiquent par des milliers de canaux. C'est de cette source féconde que sont sorties les intelligences innombrables placées dans le ciel, dans le soleil, dans la lune, dans tous les astres, dans les élémens, dans la terre, dans les eaux, et généralement partout où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière et quelqu'un des agens du grand travail de la nature. Ainsi se composa la cour des dieux qui habitent l'Olympe, celle des divinités de rair,dc la mer et de la terre; ainsi s'organisa le système général de l'administration du monde, dont le soin fut confié à des intelligences de dift'érens ordres et de dénominations différentes, soitdieu.soitgénies, soit anges, soit esprits célestes, héros, izeds, azes , etc.
Rien ne s'exécuta plus dans le monde par des moyens physiques, par la seule force de la matière et par les lois du mouvement : tout dépendit de la volonté et des ordres d'agens intelligens. Le conseil des dieux régla le destin des hommes, et décida du sort de la nature entière, soumis à leurs lois, et dirigée par leur sagesse. C'est sous cette forme que se présente la théologie cliez tous les peuples qui ont eu un culte régulier et des théogonies raisonnées. Le sauvage, encore aujourd'hui, place la vie partout où il voit du mouvement , et l'intelligence dans toutes les causes dont il ignore le mécanisme, c'està-dire dans toute la nature. De là l'opinion des astres animés et conduits par des intelligences , opi-
nion répandue chez les Chaldéens, chez les Perses, chez les Grecs et chez les Juifs et les Chrétiens; car ces derniers ont placé desanges dans chaque astre, chargés de conduire les corps célestes et de régler le mouvement des sphères.
Les Perses ont aussi leur ange CAur, qui dirige la course du soleil; et les Grecs avaient leur Apollon, qui avait son siège dans cet astre. Les livres théologiques des Perses parlent de sept grandes intelligences sous le nom d'Amschaspands, qui forment le cortège du dieu de la lumière, et qui ne sont que les génies des sept planètes. Les Juifs en ont fait leurs sept archanges, toujours présens devant le Seigneur. Ce sont les sept grandes puissances qu'Avenard nous dit avoir été préposées par Dieu au gouvernement du monde , ou les sept anges chargés de conduire les sept planètes; elles répondent aux sept oursiaqnes, qui, suivant la doctrine de ïrismégiste, président aux sept sphères. Les Arabes, les Mahométans, les Copthes, les ont conservées. Ainsi, chez les Perses, cliaque planète est surveillée par un génie placé dans une étoile fixe : l'astre Taschter est chargé de la planète Tir , ou de Mercure, qui est devenu l'ange /'//•te/, que les cabalistfs appellent l'intelligence de iMercurc; Haftorang est l'astre charge de la planète Bchram ou de Mars, etc. Les noms de ces astres sont aujourd'hui les noms d'autant d'anges chez les Perses modernes.
Au nombre sept des sphères planétaires , on a ajouté la sphère desûxes et le cercle de la terre; ce
qui a produit le système des neuf sphères. Les Grecs y attachèrent neuf intelligences, sous le nom de Muses, qui, par leurschants, formaient l'harmonie universelle du monde. LesChaldéens et les Juifs y plaçaient d'autres infe]li;;cnces, sous les nomsdeChérubins , de Séiapliins, etc., au nombre de neuf chœurs, qui réjouissent l'Eternel par leurs concerts.
Les Hébreux et les chrétiens admettent qvialre anges chargés de garder les quatre coins du monde. L'astrologie avait accordé cette surveillance à quatre j)lanètes : les Perses à quatre grandes étoiles placées aux quatre points cardinaux du ciel.
Les Indiens ont aussi leurs génies, qui président aux diverses régions du monde. Le système astrologique avait soumis chaque climat, chaque ville à l'influence d'un astre. On y substitua son ange, ou l'intelligence qui était censé présider à cet astre et enêtrel'àme. Ainsi les livres sacrés des Juifs admettant un ange lutélaire de la Perse, un ange tiitélaire des Juifs.
Le nombre douze ou celui des signes donna lieu d'imaginer douze grands anges gardiens du monde, dont Hyde nous a conservé les noms ; chacune des divisions du temps en douze mois a son ange , ainsi que les élémens. Il y a aussi des anges qui président aux trente jours de chaque mois. Toutes les choses du monde, suivant les Perses, sont administrées par des anges, et cette doctrine remonte chez eux à la plus haute antiquité.
Les Basilidiens avaient leur» trois cent soixante
anges, qui présidaient aux trois cent soixante cieux qu'ils avaient imaginés : ce sont les trois cent soixante Énonis des gnostiques.
L'administration de l'univers fut partagée entre cette foule d'intelligences, soit anges, soit izeds , soit dieux, héros, !;énies, gines, etc.; chacune d'elles était chargée d'un certain département ou d'une fonction particulière : le froid, le ciiaud, la pluie, la sécheresse , les productions des fruits de la terre , la multiplication des troupeaux , les arts , les opérations agricoles , etc. , tout fut sous l'inspection d'un ange.
Bad , chez les Perses , est le nom de l'ange qui préside aux vents; Mordad est l'ange de la mort; Aniran préside aux noces; Fervardin est le nom de Tange de l'air et des enux; Kurdat, le nom de l'ange de la terre et de ses fruits. Cette théologie a passé chez leschrétiens. Origèneparle del'angedela vocation des Gentils, de l'ange de la grâce; TertuUien, de l'ange de la prière, de l'ange du baptême, des anges du mariage, de l'ange qui préside à la formation dufœtus.ChrysostômeetBazilccélèbrentrange de lapaix: ce dernier, dans sa lithurgie,fait mention de l'ange du jour. On voit que les pères de l'Église ont copié le système hiérarchique des Perses et des Chaldéens.
Dans la théologie des Grecs, on supposait que les dieux avaient partagé entre eux les différentes parties de l'univers , les différens arts , les divers travaux, Jupiter présidait au ciel, Neptune aiu eaux,
tii ABRÉGÉ DE l'orIGINE
Pluton aux enfers, Yulcain au feu, Diane à la chasse, Cérèsà la Icireet aux moissons, Bacchus aux vendanges, Minerve aux arts et aux diverses fabriques. Les montagnes eurent leurs Orcades; les fontaines, leurs Naïades; les forêts, leurs Dryades et leurs Hamadryades : c'est le même do^me sous d'autres noms; et Origène, chez les chrétiens, professe la même opinion lorsqu'il dit : « J'avancerai hardiment « qu'il y a des vertus célestes qui ont le gouverne- « ment de ce monde : l'une préside à la terre , l'autre « aux plantes , telle autre aux fleuves et aux fontai- « nés, telle autre à lapluie, aux vents.» L'astrologie plaçait une partie de ces puissances dans les astres: ainsi les Hyades présidaient aux pluies , Orion aux lempèles , Siriusaux grandes chaleurs , lebélier aux troupeaux , etc. Le système des anges et des dieux qui se distribuent entre eux les diverses parties du monde et les différentes opérations du grand trax'ail de la nature, n'est autre chose que l'ancien système astrologique, dans lequel les astres exerçaient les mêmes fonctions qu'ont depuis remplies leurs anges ou leurs g-énies.
Proclus fait présider une pléiade à chacune des sphères : Céléno préside à la sphère de Saturne , Stéropé à celle de Jupiter , etc. Dans l'Apocalypse , ces mêmes pléiades sont appelées sept anges , qui frappent le monde des sept dernières plaies.
Ixs habilansderilédeThulé adoraient des génies célestes, aériens, terrestres; ils en plaçaient aussi dans les eaux, dons lesflçuvçs çt lesfojitaiues.
Les Sintovistes du Japon révèrent des divinités distribuées dans les étoiles, et des esprits qui président aux élémens, aux plantes, aux animaux , aux divers élémens de la vie.
Ils ont leurs Udsigami , qui sont les divinités tutélaires d'une province , d'une ville , d'un village, etc.
Les Chinois rendent un culte aux génies placés dans le soleil et dans la lune ; dans les planètes, dans les élémens , et à ceux qui président à la mer , aux fleuves, aux fontaines , aux bois, aux montagnes, et qui répondent aux Néréides , aux Naïades , aux Dryades et aux autres nymphes de la théogonie des Grecs. Tous ces génies, suivant les lettrés, sont des émanations de grand comble, c'est-à-dire, du ciel ou de l'âme universelle qui le meut.
Les Chen , chez les Chinois de la secte de Tao, composent une administration d'esprits ou d'intelligences rangées en différentes classes, et chargées de différentes fonctions dans la nature. Les unes ont inspection sur le soleil , les autres sur la lune, cellesci sur les étoiles, celles- là sur les vents, sur la pluie, sur la grêle, d'autres sur le temps, sur les saisons, sur les jours, sur les nuits, sur les heures.
Les Siamois admettent, comme les Perses, des anges qui président aux quatre coins du monde; ils placent sept classes d'anges dans les septcieux: les astres , les vents , la pluie , la terre, les montagnes, les villes, sont sous la surveillance d'anges ou d'intelligences. Ils en distinguent de mâles et de femelles : ainsi l'ange gardiça de la, terrç est femelle;
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^ C'est par une suite du dogme fondamental qui place Dieu dans l'àme universelle du monde, dit Dow, âme répandue dans toutes les parties de la nature, que les Indiens révèrent les élémens et toutes les grandes parties du corps de l'univers, comme contenant une portion de la divinité. C'est là ce qui a donné naissance, dans le peuple, au culte des divinités subalternes; car les Indiens, dans leur védam , font descendre la divinité ou l'âme universelle dans toutes les parties delà matière. Ainsi ils admettent, outre leur trinité ou triple puissance , une foule de divinités intermédiaires : des anges, des génies, des patriarches, etc. Ils honorent Vayoo , dieu du vent : c'est l'Eole des Grecs ; Agny , dieu du feu ; Varoog , dieu de l'Océan ; Sasanko , dieu de la lune ; Prajapatée, dieu des nations ; Cubera préside aux richesses , etc.
Dans le système religieux des Indiens , le soleil, la lune et les astres sont autant de dewatas ou de génies. Le monde a sept étages , dont chacun est entouré de sa mer et a son génie : la perfection de «haque génie est graduée comme celle de s étages. C'est le système des anciens Chaldéens sur la -grande mer ou firmament , et sur les divers cieux habités par des anges de diftërente nature et composant une hiérarchie graduée.
Le dieu Indra, qui, chez les Indiens, préside k l'air et au vent, préside aussi au cielinférieuretaux divinités subalternes , dont le nombre se monte à trois cent trente-deux millions j ces dieux subalter"
nés se sous-divisent en différentes classes. Le àél supérieur a aussi ses divinités ; Adytya conduit le soleil; Nishagara, la lune, etc.
Les Chingualais donnent à la divinité des lieulenans ; toute l'ile de Ceylan est remplie d'idoles tutélaires des villes et des provinces. Les prières de ces insulaires ne s'adressent pas directement à l'Être I suprême , mais à ses lieutenans et aux dieux in- |férieurs, dépositaires d'une partie de sa puissance.
Les Moluquois ont leur Nitos soumis à un chef supérieur qu'ils appellent Lanthila. Chaque ville , chaque bourg , chaque cabane a son Nitos ou sa iivinité tutélaire : ils donnent au génie de l'air le ttom de Lanitho.
Aux îles Philippines, le culte du soleil, de la lune ît des étoiles , est accompagné de celui des inteligences subalternes , dont les unes président aux iemences, les autres à la pêche, celles-ci aux villes, :eUes-là aux montagnes, etc.
Les habitans des îles de Formose , qui regardaient e soleil et la lune comme deux divinités supérieues , imaginaient que les étoiles étaient des demilieux ou des divinités inférieures.
Les Parsis subordonnent au dieu suprême sept ninistres, sous lesquels sont rangés ving-six aures qui se partagent le gouvernement du monde. Is les prient d'intercéder pour eux dans leurs •csoins , comme étant médiateurs entre l'homme t le dieu suprême.
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Les Sabéens plaçaient entre le dieu suprême, qu'ils qualifiaient de seigneur des seigneurs , des anges qu'ils appelaient des médiateurs.
Les insulaires de l'île de Madagascar, outre le dieu souverain, admettent des intelligences chargées de mouvoir et de gouverner les sphères célestes; d'autres qui ont le département de l'air , des météores ; d'autres celui des eaux : celles-là veillent sur les hommes.
Les habitans de Loango ont une multitude d'idoles, de divinités , qui se partagent entre elles l'empire du monde. Parmi ces dieux ou génies , les uns président aux vents , les autres aux éclairs, d'autres aux récoltes : ceux-ci dominent sur les poissons de la mer et des rivières , ceux-là sur les forêts , etc.
Les peuples de la Celtique admettaient des intelligences que le premier être avait répandues dans toutes les parties de la matière , pour l'animer et la conduire. Ils unissaient au culte des différentesparties de la nature et des élémens , des génies qui étaient censés y avoir leur siège et en avoir la conduite. Ils supposaient, dit Peloutier, que chaque partie du monde visible était unie à une intelligence invisible qui en était l'àrae. La même opinion était répandue chez les Scandinaves. « De la divinité suo prême , qui est le monde animé et intelligent , dit « Mallet , était émanée , suivant ces peuples , une a infinité de divinités subalternes et de génies, « dont chaque partie visible du monde était le siège « et le temple. Des intelligences n'y résidaient pas
■ seulement , elles en dirigeaient aussi les opéra- « tions. Chaque élément avait son intelligence ou sa « divinité propre. Il y en avait dans la terre, dans « l'eau , dans le feu, dans l'air, dans le soleil, dans « la lune, dans les astres. Les arbres, les forêts, les « fleuves, les montagnes, les rochers, les vents , « la foudre , la tempête , en contenaient aussi , et « méritaient par là un culte religieux. »
Les Slaves avaient Koupalo, qui présidait aux productions de la terre; Bog, dieu des eaux. Lado ou Lada présidait à l'amour.
Les Bourkans des Kalmouks résident dans le monde qu'ils adoptent et dans les planètes ; d'autres occupent les contrées célestes. Sakji-Mouni habile sur la terre ; Erlik-Kau aux enfers , où il règne sur les âmes.
Les Kalmouks sont persuadés que l'air est rempli de génies : ils donnent à ces esprits aériens le nom de Tengri : les uns sont bieufaisans, les autres malfaisans.
Les habitaiis du Thibet ont leurs Lahes, génies émanés de la sidjstance divine.
En Amérique, les sauvages de l'ile de Saint-Domingue reconnaissaient, au-dessous du dieu souverain, d'autres divinités sousleiiomdeZémès, auxquelleson consacraitdes idoles dans chaquecabanc. Les Mexicains , les "Virginiens , supposaient aussi que le dieu suprême avait abandonné le gouvernement du monde à une classe de dieux subalternes, C'est avec ce monde invisible ou composé d'intelli-
do ABRÉGÉ DE L'ORIGIXE
genccs cachées dans toutes les parties de la nature, que les prêtres avaient établi un commerce qui a fait tous les malheurs de l'homme et sa honte. Il reste donc démontré, d'après l'énumération que nous venons de faire des opinions religieuses des différens peuples du monde , que l'univers et ses parties ont été adorés, non-seulement comme causes, mais encore comme causes vivantes, animées et intelligentes, et que ce dogme n'est pas celui d'un ou deux peuples, mais que c'est un dogme universellement répandu par toute la terre. Nous avons également vu quelle a été la source de cette opinion: elle est née du dogme d'une âme unique et universelle , ou d'une âme du monde , souverainement intelligente, disséminée sur tous les points de la matière, oiila nature exerce comme cause quelque action importante, où produit quelque effet régulier, soit éternel, soitconslammentreproduit. La grande cause unique, oul'Univers-Dieu, se décomposa donc en une foule de causes partielles, qui furent subordonnées à son unité, et qui ont été considérées comme autant de causes vives et intelligentes de la nature de la cause suprême, dont elles sont ou des parties ou des émanations. L'univers fut donc un dieu unique , compose de l'assemblage d'une foule de dieux qui concouraient comme causes partielles à l'action totale qu'il exerce lui-même, eu lui-même et sur lui-même. Ainsi seformacette grande administration, une dans sa sagesse et sa force primitive, mais multipli^ç k Vinfini dans sçs ageas secondaires, appe-
léé dieux, anges, génies, etc., et avec lesquels on a cru pouvoir traiter comme l'on traitait avec les ministres et les agens des administrations humaines. C'est ici que commence le culte, car nous n'adressons des vœux et des prières qu'à des êtres capables de nous entendre et de nous exaucer. Ainsi Agamemnon dansHomère, apostrophant le soleil, lui dit : « Soleil, qui vois tout et entends tout. » Ce n'est point ici une figure poétique ; c'est un dogme constamment reçu , et l'on regarda comme impie le premier pliilosophe qui osa avancer que le soleil n'était qu'une massedefcu. On sent combien de telles opinions nuisaient aux progrès de la pliysique, lorsqu'on pouvait expliquer tous les phénomènes de la nature par la volonté des causes intelligentes qui avaient leur siège dans le lieu oii se manifestait l'action de la cause. Mais si par là l'étude de la physique éprouva de grands obstacles, la poésie y trouva de grandes ressources pour la fiction : tout fut animé chez elle y comme tout paraissait l'être dans la nature.
Ce nVrt plus la Tapeur qui produit le tonnerre j C'est lupiter armé pour clVrajer la terre. Un orage terrible aux jeux des matelots, C'est Neptune m courroux qui gourmande lei floti. Echo n'est plus un son qui dans l'air retenti tie , C'est une njrmplie en pleurs qui se plaint de Narcisse.' £oiLsic , Art poétique , L. III.
Tel fut le langage de la poésie dès la plus haute antiquité , et c'est d'après ces données que nous proeédçi'oos à l'explicatioa, de lamythQlogiçet des poè-
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mes religieux, dont elle renferme les débris. Comme les poètes furent les premiers théologiens , c'est aussi d'après la même méthode que nous analyserons toutes les traditions et légendes sacrées, sous quelque nom que les agens de la nature se trouvent déguisés dans les allégories religieuses, soit que l'on ait supposé les intelligences unies aux corps visibles qu'elle animaient, soit qu'on les en ait séparés par abstraction, et qu'on en ait composé un monde d'intelligence , placé hors du monde visible , mais qui fut toujours calqué sur lui et sur ses divisions.