‹ Abrégé de l'origine de tous les cultesChapitre 6 sur 68 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Universalité du culte rendu à la nature , prouvée par l'histoire et par les monumens politique'; et religieux.

Ck n'est plus par des raisonnemens que nous chercherons à prouver que l'univers et ses parties, considérées comme autant de portions delà grande cause ou du grand Être, ont dû attirer les regards et les hommages des mortels. C'est par des faits et par un précis de l'iiistoire religieuse de tous les peuples, que nous pouvons démontrer que ce qui a dû être a été effectivement, et que tous les hommes de tous les pays, dès la plus haute antiquité, n'ont eu d'autres dieux que les dieux naturels, c'està-dire le monde et ses parlies les plus actives et les plus brillantes , le ciel , la terre, le soleil , la lune , les jilanètes, les astres fixes, les élémens, et en général tout ce qui porte le caractère de cause et de perpétuité dans la nature. Peindre et chanter le monde et ses opérations, c'était autrefois peindre et chanter la divinité.

De quelque côté que noxis jetions nos regards, dans l'ancien comme dans le nouveau continent, partout la nature et ses principaux agens ont eu des autels. C'est son corps auguste, ce sont ses membres sacrés qui ont été l'objet de la vénération des peuples. Cheremonet les plus sa vans prètresde ï'^Sypte étaient persuadés, comme Pline, qu'on ne

12 ABHKCÉ 1)E L'ORir.INE

devait admettre rien horslc moiideou hors la cause ■visible, et ils nupuyaient leur opinion de celles des plus anciens E;;"\ptiens, « qui ne reconnaissaient, « disaient-ils, pour dieux que le soleil, la lune, les « planètes, Icsashesquicoinposentlc zodiaque, et « tous ceux qui, par leur lever ou leur coucher, M marquent les dixisious des sip,nes, leur sous-di- « visions endécans, l'horoscope et les astres qui y « président , et que l'on nomme chefs puissans du « ciel. » ils assuraient que « les E<|yptiens, regarn dantlesolcil comme un grand dieu, archiîeeteet « modéraîcur de i'univei's, expliquaient non-seu- « lementlafabled'Osiris, mais encore toutes leurs « fables religieuses, ffénéralemeut par les astres et « par le je;i de leurs mouvenicns , par leur appari- « tion, leur disparition, par les pîiases de la lune, a par les accroisscraens ou la diiîiiiiuliondc salu- « mièrc , par la marche progressive du soleil , par « les divisions du ciel et du (cnips dans leurs « deux grandes parties, i'i:nc î.rfecîte au jour et « l'autre à la nuit; par le Nil ; enfin par l'action des « causcsphysiqucs. Ccsontlà,disaicut-ils, les dieux « arbitres souverains de la fatalité , que nos pères « ont honorés par des sacrifices, et à qui ils ont « élevé des images. Eiïectivement , nous avons fait voir , daus notre grand ouvrage, que les animaux mêmes , consacrés dans les temples de l'Egypts, et honorés par un culte, représentaient les diverses fonctions de îa grande cause, et se rapportaient au ciel, au soleil, à la lune et aux différentes

DE TOtS LES CULTES. 13

constellations, coniir.e l'a trùs bien aperçu I/.icien. Ainsi la belle étoile Sirius, ou la canicule, fut bonorée sous le nom à'ylnubis , et sou» la forme d'un c/«'t"«5ac7'e' nourri dans les temples. L'épcrvier représenta le soleil , l'ibis la lune, et l'astronomie fut l'ame de tout le système religieux des Egyptiens. C'est au soleil et à la lune, adorés sous les noms d'Osiris et d'Isis, qu'ils attribuaient le fiouvernement du monde, comme itdeux divinités premières et éternelles, dont dépendait tout le grand ouvrage de la pénénilion et di' la véîjétation dans notre monde snblunaire. lis bniircnt, en l'bouneur de l'astre qui nous distribuelalumicre, la viiledu Soleil ou d'Héliopolis, et un iempie dans lequel ils placL'rcnt la statua de ce Dieu. Elle était dorte et représentait au jeiiae îiomnie sans barbe, dont le bras était élevé, et qui tenidt en main un fouel , dans l'atliiude d'im conducteur de char ; dans sa miiin gauche était la foudre cl un faisceau d'épis. C'est ainsi qu'ils di'.';i,';nèrci:t la paisEnnce et tout ensemble la bienfaisance du dieu q-.à allume les foux de la foudre, et qui verse ceux qui font croître et mûrir les moi.sscns.

Le fleuve du îSil , dent le débcdemcnt périodique vient tous les ans fccondcr par son limon les ciimpaîjues de i'E;;yp'c, fui nM.^.si bonoiv comme dieu ou comme une des causes bienfaisantes de la nature. Il eut dcsauîe>. cl des temples à Mlopolis ou dans la ville du Ml.Prèsdes cataractes, au-dessous de l'Elcphantine, il y avait un coilége de prê-

14 ABRÉGÉ DE L'OHIGINE

très attachés à son culte. On célébrait les fêtes les plus pompeuses en son honneur, au moment surtout où il allait épancher dans la plaine les eaux qui tous les ans venaient la fertiliser. On promenait dans les campagnes sa statue en grande cérémonie : on se rendait ensuite au théâtre ; on assistait à des repas publics ; on célébrait des danses, et l'on entonnait des hymnes semblables à ceux qu'onadressaità Jupiter, dont le Nil faisait lafonction sur le sol d'Egypte. Toutes les autres parties actives de la nature reçurent les hommages des Égyptiens. On lisait sur une ancienne colonne une inscription en l'honneur des dieux immortels, et les dieux qui y sont nommés sont le souffle ou l'air , le ciel , la terre, le soleil, la lune, la nuit et le jour.

Enfin le monde, dans le système égyptien, était regardé comme une grande divinité composée de l'assemblage d'une foule de dieux ou de causes partielles , qui n'étaient autre chose que les divers membres du grand corps appelé monde ou l'Univers-Dieu.

Les Phéniciens, qui, avec les Égyptiens, ont le plus influé sur la religion des autres peuples, et qui ont répandu dans l'univers leurs théogonies , attribuaient la divinité au soleil , à la lune , aux étoiles, et ils les regardaient comme les seules causes de la protection et de la destruction de tous les êtres. Le soleil , sous le nom d'Hercule, était leur grande divinité.

Les Éthiopiens, pères des Égyptiens , placés sous

un climat brûlant, n'en adoraient pas moins la divinité du soleil, et surtout celle de la lune, qui présidait aux nuits, dont la douce fraîcheur faisait oublier les ardeurs du jour. Tous les Africains sacrifiaient à ces deux grandes divinités. C'est en Ethiopie que l'on trouvait la fameuse table du soleil. Ceux des Éthiopiens qui habitaient au-dessus de Méroë admettaient des dieux éternels et d'une nature incorruptible , nous dit Diodore , tels que le soleil, la lune et tout l'univers ou le monde. Semblables aux Incas du Pérou , ils se disaient enfans du soleil , qu'ils regardaient comme leur premier père : Persina était prêtresse de la lune , et le roi son époux prêtre du soleil.

Les Troglodites avaient dédié une fontaine à l'astre du jour. Près du temple d'Âmmon , on voyait un rocher consacré auvent du Midi , et une fontaine du soleil.

Les Blemmyes, situées sur les confins de l'Egypte et de l'Ethiopie, immolaient des victimes humaines au soleil. La roche Bagia et l'île de Nasala , situées? au-delà du territoire des Ictyophages, étaient consacrées à cet astre. Aucun homme n'osait approcher de cette île, et des récits effrayans en écartaient le mortel assez hardi pour y porter un pied profane.

C'est ainsi que, dans l'ancienne Cyrénaïquc, il y avait un rocher sur lequel personne ne pouvait sans crime porter la main : il était consacré au veut d'Orient.

Les divinités iavoquées comme témoins dans le

16 AliRÉGli DE L'OR!<;!^E

traité des Carthaginois avec Philippe, fils de Dûmétrius, sont le soleil, la lune , la terre, les rivières, les prairies et les eaux. Massinissa, remerciant les dieux de l'arrivce de Scipion dans son empire, s'adressa au soleil.

Encore aujourd'hui, les habitans de l'ileSocoîora et les Hotfentois conscrvonl l'ancien respect que les Africains eurent toujoius pour la lune, qu'ils repard;;ient coniuie le principe de In végétation suhlunaire; ils s'adressent à elle pour obtenir delà pluie, du beau temps et de bonnes récoltes. Elle est pour eux une divinité bienfaisante , telle que l'était Isischez les Egyptiens.

Tous les Afi-icains qui habitaient la côte d'Angola et du Congo révéraient le soleil et la lune. Les insulaires de l'ilc de Ténériiïe les adoraient aussi, ainsi que les planètes et les autres astres, lorsque les Espagnols y arrivèrent.

La lune était la grande divinité des Arabes. Les Sarrasins lui donnaient l'épilètc de Cal)ar ou de grande : son croissant orne encore les monuniens religieux des Turcs. Son exaltation sous le signe du taureau fut une des principales fêtes des Sarrasins et des Arabes sabécns. Chacune des tril)ns aralK's était sons l'invocation d'un astre ; la tribu Hamiar était consacrée au soleil : la tribu Ceimali l'était à la lune ; la tribu Misa éfaiî; sous la protection de l'étoile Aldebaran ; la tribu Taï, sous celle de Canopus; la tribu Kaïs , sous celle de Sirius; les tribus Lachamusetidamus honoraient la planète de Jupi-

DE TOUS LES Ct"I.TES. 17

fer ; la tribu Asad , celle de Mercure , et aiusi des autres. Ciiacune rcvt'rait un des corps célestes , comme sou génie tutélaire. Atra, ville d'Arabie , était consacrée au soleil, et renfermait de riclies oflfrandes déposées dans son temple. Les anciens Arabes donnaient souvent à leurs cnfans le titre de serviteurs du soleil.

La Caabah des Arabes, avant Mahomet, était un temple consacré à la Imie : la pieire noire que les Musulmans baisent avec tant de dévotion aujourd'hui est , à ce qu'on prétend, une ancienne statue de Saturne. Les murailles de la fraude mosquée de Koufali, bâties sur les fondemens d'un ancien Pyrée ou temple du feu, sontcharryées des fujurcsdes planètes arlislement sculptées. Le culte ancien des Arabes était le sabisme , relifjion universellement répandue en Orient : le ciel et les astres en étaient le premier objet.

Cette religion était celle des anciens Cbaldéens, et les Orientaux prétendent que leur Ibrahim ou Abraham fut élevé dans cette doctrine. On trouve encore à Heilé , sur les ruines de l'ancienne Baby lone, une mosquée appelée Meschcd Eschams , ou mosquée du soleil. C'est dans celte ville qu'était l'ancien temple de Bel ou du soleil, la grande divinité des Babyloniens; c'est le même dieuauquelles Perses élevèrent des temples et consacrèrent des images sous le nom de Milhra. ils honoraient aussi le ciel .sous le nom de Jupiter, la lune et Vénus, le feu , la terre, l'air ou le vent, l'eau, et ne reconnais-

salent pas d'autres dieux dès la plus haute antiquité. En lisant les livres sacrés des anciens Pei'ses, contenus dans la collection des livres Zends , on trouve à chaque page des invocations adressées à Mithra , à la lune , aux astres , aux élémens , aux montagnes, aux arbres, et à toutes les parties delà nature. Le feu éther qui circule dans tout l'univers, et dont le sole/l est le foyer le plus apparent , était représenté dans les Pyrées par le feu sacré et perpétuel entretenu par les mages.

Chaque planète , qui en contient une portion , avait son Pyrée ou son temple particulier, où l'on brûlait de l'encens en son honneur : on allait dans la chapelle du Soleil rendre des hommages à cet astre , et y célébrer sa fête; dans celle de Mars et de Jupiter, etc., honorer Mars et Jupiter, et ainsi des autres planètes. Avant d'en venir aux mains avec Alexandre, Darius, roi de Perse, invoque le soleil. Mars , et le feu sacré éternel. Sur le haut de sa tente était une image de cet astre, renfermée dans le cristal , et qui réfléchissait au loin des rayons. Parmi les ruines de Persépolis , on distingue la figure d'un roi à genoux devant l'image du soleil , tout près est le feu sacré conservé par les mages, et quePersée, dit-on, avait fait autrefois descendre sur la terre.

Les Parsis , ou les descendans des anciens disciples de Zoroastre, adressent encore leurs prières au soleil, à la lune, aux étoiles, et principalement au feu , eomme au plus subtil et au plus pur des élémens. On conservait surtout ce feu dans l'Aderbi-

ghiaû , où était le grand Pyrée des Perses , et à Asaac , dans le pays des Parthes. Les Guèbres établis à Surate conservent précieusement , dans un temple remarquable par sa simplicité, le feu sacré dont Zoroastre enseigna le culte à leurs pères. Niébui-p vit un de ces foyers oii l'on prétend que le feu se conserve plus de deux cents ans sans jamais s'éteindre.

Valarsacès éleva un temple a Armavir dans l'ancienne Pbasiane , sur les bords de l'Araxe, et il y consacra la statue du soleil et de la lune, divinités adorées autrefois par les Ibériens, par les Albaniens et les Colchidiens. Cette dernière planète surtout était révérée dans toute cette partie de l'Asie, dans l'Arménie et dans la Cappadoce , ainsi que le dieu Mois, que la lune engendre par sa révolution. Toute l'Asie mineure, la Phrygie, l'Ionie , étaient couvertes de temples élevés aux deux grands flambeaux de la nature. La lune, sous le nom de Diane, avait un magnifique temple à Ephèse. Le dieu Mois avait le sien près Laodicée et en Phrygie. Le soleil était adoré à Thymbrce , dans la Troade , sous le nom d'Apollon.

L'ile de Rhodes était consacrée au soleil , auquel on avait élevé une statue colossale connue sous le nom de colosse de Pihodes.

Au nord de l'Asie, les Turcs établis près du Caucase avaient un p,rand respect pour le feu , pour l'eau , pour la terre, qu'ils célébraient dans leurs liymnes sacrées.

^h ABRÉGÉ DE ï/ORIGIlVC:

Lès Xbàsges , relégués au fond de la mer Noire , révéraient encore, du temps de Juslinien, les bois, les forêts , et fais^aient des arbtes leurs principales divinités.

Toutes les nations scytbiques qui erraient dans les immenses contrées qui sont au nord do l'Europe et de l'Asie, avaient pour principale divinité la terre, d'où ils tiraient leur subsistance, eux et leurs troupeaux; ils la faisaient femme de Jupiter ou du ciel, qui verse en elle les pluies qui la fécondent. Les Tartàrés qui babitent à l'orient de ITmaiis adorent le soleil , la lumière , le feu , la terre, et offrent à ces divinités les prémices de leur nourriture, principalement le matin.

Les anciens Massagètes avaient pour divinité unique Te soleil , à qui ils immolaient des chevaux.

Les Derbices , peuple d'Hirdanie , rendaient un cuite à la terre.

Tous les Tartaies, en général, ont le plus grand respect pour le soleil; ils le regardent comme le père de la lune , qui emprunte de lui sa lumière ; ils font des libations en l'bonneur des élémens , et surtout en l'honneur du feu et de l'eau.

Les Votiaks du gouvernement d'Orenbourg adorent la divinité de la terre , qu'ils appellent Mont- Kalzin; le dieu des eaux qu'ils nomment Vou-Ymnar; ils adorent aussi le soleil comme le siège de leur grande divinité.

Les Tatars , montagnards du territoire d'Oudiusk, adorent le ciel et le soleil.

DE TOi;s LES CULTES. 2i

Les Moscanien& saccifiaient à un être suprême qu'ils appelaient Schkai , c'est le nom qu'ils doii,naient au ciel. Lorsqu'ils faisaient leuis prièx'es, ■ ils regardaient l'oricut, ainsi que tous les peuples d'origine Tchoude.

Les Tchouvaches mettaient le soleil et la kin,e au nombre de leurs divinités; ils sacrifiaient au soleil au commencement du printemps, au temps des semailles, et à la lune à chaque renouvellement.

Les ToDgouses adorent le soleil , et ils en Cwt leur principale divipité; ils le représentent par l'emblème du feu.

Les Huns adoraient i$ cieiet la teJH"e,etleurcliel* prenait le titre de Tanjanou ou de fils du ciel.

Les Chinois , placés à l'extrémité orientale de l'Asie , révèrent le ciel sous le nom du grand Tieu ; et ce nom désigne , suivant les uns, l'esprit du ciel; suivant d'autres, le ciel matériel : c'cçtl'Urauusdes Phéniciens, des Atlantes et des Grecs. L'Etre suprême, dans le Chou-King, est désigné par le nom de Tien ou de ciel, etdeChang-Tien, ciel suprême. Les Chinois disent de ce ciel quil pénètre tout et comprend tout.

On trouve à la Chine les temples du soleil et de la lune, et celui des étoiles du Nord.

On voit Thait-Tooum aller au Miao offrir une holocauste au ciel et à la terre. On trouve pareillement des sacrifices faits aux dieux des montagnes et des fleuves.

Agousta fait dfiS. MI^^UoRS à l'^iigli^ Wel §t $ |a terre reine,

22 ABRÉfiÉ DE l'origine

Les Chinois , ont élevé un temple au grand-être résultant de l'assemblage du ciel , de la terre et des ëlémens, être aui répond à notre monde , et qu'ils nomment Tay-Ki : c'est aux deux solstices que les Chinois vont rendre un culte au ciel.

Les peuples du Japon adorent les astres , et les supposent animés par des intelligences oupar des dieux. Ils ont leur temple de la splendeur du soleil . Ils célèbrent la fête de la lune le 7 septembre : le peuple passe la nuit à se réjouir à la lumière de cet astre.

Les habitansde la terre d'Yeço adorent le ciel.

Il n'y a pas encore neuf cents ans que les habitans de l'île Formose ne connaissaient point d'autres dieux que le soleil et la lune , qu'ils regardaient comme deux divinités ou causes suprêmes , idée absolument semblable à celle que les Égyptiens et les Phéniciens avaient de ces deux astres.

Les Arrakanois ont élevé dans l'île de Monay un temple à la lumière , sous le nom de temple des atomes du soleil.

Leshabitans dn Tunquin révèrent sept idoles célestes , qui représentent les sept planètes , et cinq terrestres consacrées aux élémens.

Le soleil el la lune ont leurs adorateui's dans l'île de Ceylau , la Taprobane des anciens : on y rend aussi un culte aux autres planètes. Ces deux premiers astres sont les seules divinités des naturels de l'île de Sumatra : ce sont les mêmes dieux que l'on honore dans l'île de Java, dans l'île de Célèbes , aux îles de la Sonde, aux Mol uques, aux îles Philippines.

Les Talapoins , ou les religieux de Siam , ont la

DE TOCS LES CITLTES. 28

plus grande vénération pour tous les élémens et pour toutes les parties du corps sacré de la nature.

Les Indiens ont un respect superstitieux pour les eaux du fleuve du Gange; ils croient à sa divinité, comme les Égyptiens à celle du Nil.

Le soleil a été une des grandes divinités des Indiens, si l'on eu croit Clément d'Alexandrie. Les Indiens, même les spiritualistcs, révèrent ces deux grands flambeaux de la nature , le soleil et la lune, qu'ils appellent les deux yeux de la divinité. Ils célèbrent tous les ans une fêle en l'honneur du soleil, le 9 janvier. Ils admettent cinq élémens, auxquels ils ont élevé cinq pagodes.

Les sept planètes sont encore adorées aujourd'hui sous différens noms dans le royaume de Repaie : on leur sacrifie chaque jour.

Lucien prétend que les Indiens, en rendant leurs hommages au soleil , se tournaient vers l'orient, et que, gardant un profond silence, ils formaicntune espèce de danse imitât ive du mouvement de cet astre. Dans un de leurs temples , on avait représenté le dicu de la lumière monté sur un quadrige ou sur un char attelé de quatre chevaux.

I es anciens Indiens avaient aussi leur feu sacré qu'ils tiraient des rayons du soleil , sur le sommet d'une très haute montagncqu'ils regardaient comme le point central de l'Inde. Les lîrames entretiennent encore aujourd'hui , sur la montagne de Tirounamaly, un feu pour lequel ils ont la plus grande vénération. Us vont, au lever du soleil, puiser de l'eau

24 ABRÉGÉ DE L'ORTGIKE

dans un étanfj, et ils en jettent vers cet astre , pour lui témoigner leur respect et leur reconnaissance de ce qu'il a voulu reparaître et dissiper les ténèbres de la nuit ; c'est sur l'autel du soleil qu'ils allumèrent les flambeaux qu'ils devaient porter devant Phaotès, leur nouveau roi, qu'ils voulaient recevoir.

L'auteur du Bagawadam reconnaît que plusieurs Indiens adressent des prières aux étoiles fixes et aux planètes. Aiusi le culte du soleil , des astres et des élcmens a formé le fond de la religion de toute l'Asie, c'est-à-dire des contrées habitées par les plus grandes, parles plus anciennes comme les plus savantes nations, parcelles qui ont le plus influé sur la religion des peuples d'Occident , et en général sur celle de l'Europe. Aussi , lorsque nous reportons nos regards sur cette dernière partie de l'ancien monde, y trouvons-nous le sabisme ou le culte du soleil, de la lune et des astres également répandu, quoique souvent déguisé sous d'autres noms et sous des formes savantes , qui les ont ïdH méconnaître quelquefois de leurs adorateurs.

Les anciens Grecs, si l'on en croit Platon, n'avaient d'autres dieux que ceux qu'adoraient les barbares du temps oii vivait ce pliilosophe, et ces dieux étaient le soleil , la lune , les astres , le ciel et la terre.

Epicharmis, disciple de Pythagore , appelle dieux le soleil , la lune, les astres, la terre, l'eau et le feu- Orphée regardait le soleil comme le plus grand des dieux, et montant avant le jour sur un lieu élevé, il y attendait l'apparition de cet astre pour lui cendre des hommages.

Agaïû^mnou , dans Hoipère, sacrilie ^^ &q1çU et à la terre.

Le chœur , dans l'OEdipi} de Sophocle , invoque le soleil, comme étant Iç premier de tous les dieux et leur chef.

La terre était adorée dans l'île de Cos : elle avait un temple à A(hènes et à Sparte , spii autel Qt son oracle à Olympie. Celuide Delphes lui futoçigin^irement consacvé. En lisant Pausanias , qui UPUB a donné la description de la Grèce et dq ses m;ppumcns religieux , on retrouve partout de$ traces du culte dq la nature; ou y voit des autçls, des tewples, des statues, consacrés au soleil, à la lune, à la terre , aux pléiades , au cocher céleste , à la chèvre, à l'ourse ou à Calisto , à la nuit, aux fleuves, etc.

On voyait en Laconie sept colonnes élevées aux sept planètes. Le soleil avait sa slatue, et la lune sa fontaine sacrée à Thalma , dans ce même pays.

Les habitaus de Méf^alopolis sacrifiaient au vent Borée, et lui avaient fait planter un bois sacré.

Les Macédoniens adoraient Estia ou le feu, et adressaient des prières à P.édy ou à l'élément de l'eau. Alexandre, roi de Macédoine , sacrifie au soleil, à la lune et à la terre.

L'oracle de Dodone , dans toutes ses réponses , exige que l'on sacrifie au fleuve Achéioiis. Homère donne l'épithètc de sacrées aux eaux de l'Alphée: Nestor et les Pyliens sacrifient un taureau à ce fleuve. Achille laisse croître ses cheveux en l'honneur du Spercius ; il invoque aussi \e vent Borée et le Zéphyr.

36 ABRÉGÉ DE L'ORTGINB

Les fleuves étaient réputés sacréset divins, tantà cause de la perpétuité de leur cours , que parce qu'ils entretenaient la végétation , abreuvaient les plantes et les animaux , et parce que l'eau est un des premiers principes de la nature, et un des plus puissans agens de la force universelle du grand-être.

En Thessalie, on nourrissait des corbeaux sacrés en l'honneur du soleil. On trouve cet oiseau sur les monumens de Mithra, en Perse.

Les temples de l'ancienne Byzaûce étaient consacrés au soleil , à la lune et à Vénus. Ces trois astres, ainsi que l'Acture ou la belle étoile du bouvier, les douze signes du zodiaque, y avaient leurs idoles.

Rome et l'Italie conservaient aussi une foule de monumens du cul le rendu à la nature et à ses âge ns principaux. Tatius, venant à Rome partager le sceptre de Romulus , élève des temples au soleil , à la lune, à Saturne, à la lumière et au feu. Le feu éternel ou Vesta était le plus ancien objet du culte des Romains : des vierges étaient chargées de l'entretenir dans le temple de cette déesse , comme les mages en Asie dans leurs Pyrées ; car c'était le même culte que celui des Perses. C'était, dit Jornandès , une image des feux éternels qui brillent au ciel.

Tout le monde connaît le fameux temple de Tcllus ou de la terre , qui servit souvent aux assemblées du sénat. La terre prenait le nom de mère, et était regardée comme une divinité avec les mânes.

On trouvait dans le Latium une fontaine du soleil , auprès de laquelle étaient élevés deux autels, sur

lesquels Énée , arrivant en Ualie , sacrifia. Romulus institua les jeux du cirque en l'honneur de l'astre qui mesure l'année dans son cours, et des quatre élémens qu'il modifie par son action puissante.

Aurélien fit bâtir à Rome le temple de l'astre du jour , qu'il enrichit d'or et de pierreries. Auguste , avant lui, y avait fait apporter d'Egypte les images du soleil et de la lune , qui ornèrent son triomphe sur Antoine et sur Cléopàtre.

La lune avait son temple sur le mont Aventin. Si nous passons en Sicile , nous y voyons des bœufs consacrés au soleil. Cette île elle-même porta le nom d'ilc du Soleil. Lesbœufs quemangèrent les compagnons d'Ulysse, en y arrivant , étaient consacrés à cet astre.

Les habitans d'Assora adoraient le fleuve Chrysas, qui coulait sous leurs murs, et qui les abreuvait de ses eaux. Ils lui avaient élevé un temple et une statue. A Enguyum, on adorait les déesses mères , les mêmes divinités qui étaient honorées en Crète, c'est-à-dire la grande et la petite ourse.

En Espagne, les peuples de la Bétique avaient bâti un temple en honneur de l'étoile du malin et du crtpuscule. Les Accitains avaient élevé au dieu Soleil , sous le nom de Mars, une statue dont la tête rayonnante exprimait la nature de cette divinité. A Cadix , ce même dieu était honoré sous le nom d'Hercule dès la plus haute antiquité.

Toutes les nations du nord de l'Europe, connues sous la dénomination générale de nations celtiques,

rendaient un culte religieux au feu, à l'eau, à l'air, à la terre, au soleil, à la lune, aux astres, à la voûte des cieux, aux arlires, aux rivières, aux fontaines, etc.

Le vainqueur des Gaules, Jules-César, assure que lesanciensGermains n'adoraient quela cause visible de sesprincipauxagens; que lesdieux qu'ils voyaient et dont ils éprouvaient l'influence, k- soleil, la lune, le feu ou Vulcain , la terre sous le nom d'Herta.

On trouvait dans la Gaule Narbonnaise un temple élevé au vent Circius, qui puritiait l'air. On voyait un temple du soleil à Toulouse. Il y avait dans le Gévaudan le lac Héladus , auquel on rendait les honneurs religieux.

Charlemagne , dans ses Capitulaires , proscrit l'usage ancien oii l'on était de placer des chandelles allumées auprès des arbres et des fontaines pour leur rendre un culte superstitieux.

Canut, roi d'Angleterre, défend dans ses états le culte que l'on rendait au soleil , à la lune, au feu, à l'eau courante, aux fontaines, aux forêts, etc.

Les Francs, qui passent en Italie sous la conduite de Theudibert, immolent les femmes et les enfans des Goths, et en font offrande au fleuve du Pô, comme étant les prémices de la guerre. Ainsi les Allemands, au rapport d'Agathias, immolaient des chevaux auxflcuves, et les Troycns au Scamandre,en précipitant ces animaux tout vivansdans leurs eaux.

Les habitans de l'île de Thulé, et tous les Scandinaves , plaçaient leurs divinités dans le firmament,

DE TOrs LES CCLTES. 29

dans la terre , clans la mer , dans les eaux courantes , etc.

On voit , par ce tableau abrégé de l'histoire religieuse de l'ancien continent, qu'il n'y a pas un point des trois parties de l'ancien monde où l'on ne trouve établi le culte de la nature et de ses agens principaux, et que les nations civilisées, comme celles qui ne l'étaient pas, ont toutes reconnu l'empire qu'exerçait siu' l'homme la cause universelle visible, ou le monde et ses parties les phis actives.

Si nous passons dans l'Amérique, tout nous pré-, cente sur la terre une scène nouvelle, tant dans l'ordre physique que dans l'ordre moral et politique. Tout y est nouveau : plantes , quadrupèdes, arbres , fruits , reptiles , oiseaux , mœurs, usages ; la religion seule est encore la même que dans l'ancien monde : c'est toujours le soleil , la lune , le ciel, les astres , la terre et les éli'mens qu'on y adore.

Lesincas du Pérou se disaient tils du soleil ; ils élevaient des temples et des autels à cet astre , et avaient institué des fêtes en son honneur : il y était regardé, ainsi qu'en Egypte et enPhénicie, comme la source de tous les biens de la nature. La lune , associé à son culte , y passait pour la mère de toutes les productions sublunaires ; elle était honorée comme la femme et la sœur du soleil. Vénus, la planète la plus brillante après le soleil , y avait aussi ses autels, ainsi que les météores, les éclairs , le tonnerre, et surtout la brillante Iris ou l'are-en-ciel. Des vierges étaient chargées , comme les vestales à

Rome, du soin d'entretenir le feu sacré perpétueL Le même culte était établi au Mexique, avec toute la pompe que donne à sa religion un peuple instruit. Les Mexicains contemplaient le ciel, et lui donnaient le nom de Créateur et d'admirable ; il n'y avait point de partie un peu apparente dans l'univers qui n'eût chez eux ses autels et ses adorateurs.

Les habitans de l'isthme de Panama, et de tout ce qu'on appelle terre-ferme , croyaient qu'il y a un dieu au ciel, et que ce dieu était le soleil , mari de la lune : ils adoraient ces deux astres comme les deux causes suprêmes qui régissent le monde. Il en était de même des peuples du Brésil, des Caraïbes, des Floridiens, des Indiens de la côte de Cumana , des sauvages de la Virginie , et de ceux du Canada et delà baie d'Hudson.

Les Iroquois appellent le ciel Garonhia ; les Hurons , Sironhiata , et les uns et les autres l'adorent comme le grand génie, le bon maître, le père de la vie ; ils donnent aussi au soleil le titre d'être suprême.

Les sauvages de l'Amérique septentrionale ne font point de traité sans prendre pour témoin et pour garant le soleil, comme nous voyons que fait Âgamemnon dans Homère, et les Carthaginois dans Polybe. Ils font fumer leurs alliés dans le calumet, et en poussent la fumée vers cet astre. C'est aux Panis , qui habitent le bord du Missouri , que le soleil a donné le calumet , suivant la tradition de ces sauvages.

Les naturels de l'ile de Cayenne adoraient aussi le soleil, le ciel et les astres. Eu un mot, partout où l'on a trouvé les traces d'un culte en Amérique, on a aussi reconnu qu'il se dirigeait vers quelquesunes des parties du grand tout ou du monde.

Le culte de la nature doit donc être regardé comme la religion primitive et universelle des deux mondes. A ces preuves tirées de l'histoire des peuples des deux continens, s'enjoignent d'autres tirées de leurs monumeus religieux et politiques , des divisions et des distributions de l'ordre sacré et de l'ordre social , de leurs fêtes , de leurs hymnes et de leurs chants religieux , des opinions de leurs philosophes.

Dès que les hommes eurent cessé de se rassembler sur le sommet des hautes montagnes pour y contempler et y adorer le ciel, le soleil, la luneet les autres astres, leurs premières divinités, et qu'ils se furent réunis dans les temples,ils voulurent retrouver dans cette enceinte étroite les images de leurs dieux et un tableau régulier de cet ensemble admirable, connu sous le nom de monde ou du grand tout qu'ils adoraient.

Ainsi le fameux labyrinthe d'Egypte représentait les douze maisons du soleil, auquel il était consacré pardouzcpaluis, qui communiquaient entre eux, et qui formaient la masse du temple de l'.istre qui engendre l'année et les saisons en circulant dans les douze signes du zodiaque. On trouvait dans le temple d'Héliopoiis, ou delà ville du tjolcil, douze co-

lonnes chargées de symbole relatifs aux douze signes et aux élémens.

Ces énormes masses de pierres consacrées à l'astre du jour avaient la figure pyramidale, comme la plus propre à représenter les rayons du soleil, et la forme sous laquelle s'élève la flamme.

La statue d'Apollon Agyeus était une colonne terminée en pointe, et Apollon était le soleil.

Le soin de figurer les images et les statues des dieux en Egypte n'était point abandonné aux artistes ordinaires. Les prêtres en donnaient les dessins, et c'était sur les sphères, c'est-à-dire d'après l'inspection du ciel et de ses images astronomiques, qu'ils eu déterminaient les formes. Aussi voyons-nous que dans toutes les religions les nombres sept et douze , dont l'un rappelle celui des planètes et l'autre celui des signes, sont des nombres sacrés, et qui se reproduisent sous toutes sortes de formes. Tels sont les douze grands dieux; les douze apôtres; les douze fils de Jacob ou les douze tribus; les douze autels de Janus ; les douze travaux d'Hercule ou du soleil; les douze boucliers de Mars ; les douze frères Arvaux ; les douze dieux consentes ; les douze membres de la lumière ; les douze gouverneurs dans le système manichéen ; les douze adectyas des Indiens; les douze azesdes Scandinaves ; la ville aux douze portes de l'Apocalypse ; les douze quartiers de la ville dont Platon conçoit le plan ; les quatre tribusd'Athènes.sous-diviséesen trois frateries, suivant la division faite par Cécrops : les douze cous-

sins sacres sur lesquels est assis le Créa leur dans la cosmogonie des Japonais ; les douze pierres du rational du grand-prêt re des Juifs, rangées trois par trois, comme les saisons; les douze cantons de la ligue étrusque, et leurs douze lucumous, ou chefs de cantons; la confédération des douzes villes d'Eolie; les douze Tcheou dans lesquels Cluin divise la Chine; les douze contrées entre lesquelles les habitans de la Corée partagent le monde ; les douze ofciers chargés de traîner le sarcophage dans les funérailles du roi de Tunquin: les douze chevaux de main, les douzeéléphans, etc., conduitsdans cette cérémonie.

11 en fut de même du nomhre sept. Tel est le chan-r^ "V-s--. délier à sept branches, qui représentait le système planétaire dans le temple de Jérusalem ; les sept enceintes du temple , celles de la vie d'Ecbatane , également au nombre de sept , et teintes de couleurs affectées avix planètes; les sept portes de l'antre de Mithraou du soleil; les sept étages de la tourdeBabylone, surmontés d'un h uitième qui représentait le ciel , et qui servait de temple à Jupiter; les sept portes de lavillede Thèbes, portant chacune le nom d'une pianote; laflùteauxhuit tuyaux, mise entre les mains du dieu qui représente le grand tout ou la nature, P«/? ; la lyre aux sept cordes, touchée par Apollon ou par le dieu du soleil ; le livre des destins, composé de sept tablettes; les sejtt anneaux prophétiques des Brachmanes, oii était gravé le nom d'une planète; les sept pierres consacrées

34 ABRÉGK DE L'ORIGÏNE

aux mêmes planètes en Laconie; la division en sept castes , adoptée par les Egyptiens et les Indiens de la plus haute antiquité; les sept idoles que les bonzes portent tous les ans en pompe dans sept temples différens ; les sept voyelles mystiques qui composaient la formule sacrée proférée dans les temples des planètes ; les sept pyrées , ou autels du monument de Mithra; les sept Amchaspands , ou grands génies invoqués par les Perses; les sept archanges desChaldéens et des Juifs; les sept tours résonnantes de l'ancienne Byzance; la semaine chez tous les peuples , ou la période de sept jours consacrés chacun à une planète; la période des sept fois sept ans chez les Juifs; les sept sacremens chez les chrétiens, etc. C'est surtout dans le livre astrologique et cabalistique, connu sous le nom d'Apocalypse de Jean, qu'on retrouve les nombre douze et sept répétés à chaque page. Le premier l'est quatorze fois, et le second vingt-quatre.

Lenombrede trois cent soixante, qui est celui des jours de l'année, sans y comprendre les épagomèncs, fut aussi retracé par les trois cent soixante dieux; qu'admettait la théologie d'Orphée ; par les trois cent soixante coupes d'eau du Nil , que les prêtres égyptiens vcrsaicni, une chaque jour, dans un tonneau sacré qui élaildans la ville d'Achante; parles trois cent soixante l>uons, ou génies des gnostiques; par les trois cen t soixanles idoles placées dans le palais du Daïri au Japon ; par les trois cent soixante petites statues qui entouraient celle d'Hobal, oudu

dieu Soleil, Bel, adoré par les anciens Arabes ; par les trois cent soixante chapelles bâties autour delà superbe mosquée de Balk , élevée par les soins du chef de la famille des Barmécides ; par les trois cent soixante génies qui saisissent l'âme a la mort , suivant la doctrine des chrétiens de saint Jean ; par les trois cent soixante temples bâtis sur la montagne Lowham, à la Chine; par le mur de trois cent soixante stades, dontSémiramis environna la ville de Bélus ou du Soleil, la fameuse Babylone. Tous ces monuraeus nous retracent la même divison du monde, et du cercle divisé en degrés que parcourt le soleil. Enfin, la division du zodiaque en vingtsept parties, qui exprime les stations de la lune , et en trente-six, qui est celle desdécaus, fut pareillement l'objet des distributions politiques et religieuses.

Non-seulement les divisions du ciel , mais les*^«^ constellations elles-mêmes furent représentées dans les temples,et leurs images consacrées parmi les monumcns du culte et sur les médailles des villes. La belle étoile de la chèvre, placée aux cieux dans la constellation du cocher, avait sa statue en bronze doré dans la place publique des Phliassicns. Le cocher lui-même avait'ses temples , ses statues , ses tombeaux , ses mystères en Grèce, et il y était honoré sous les noms de Myrlilc, d'Hypolite , deSphcrœus , de Cillas, d'Erecthcc , etc.

On y voyait aussi les statues et les tombeaux des Mluntidesoudes Pléiades, Stéropé, Phœdra, etc.

On montrait près d'Argos le tertre qui couvrait la tête de la fameuse Méduse, dont le type est aux cieux, sous les pieds de Persée.

La lune, ou la Diane d'Ephèse , para sa poitrine de la figure du cancer, qui est un desdouze signes, et ledomicile de cette planète. L'ourse céleste, adorée sous le nom de Calisto, et le bouvier sous le nom d'Arcas, avaient leurs tombeaux en Arcadie, près des autels du soleil .

Ce même bouvier avait son idole dans l'ancienne Byzance , ainsi qu'Orion , le fameux Nembrod des Assyriens ; ce dernier avait son tombeau àTanagrc, en Béotie.

Les Syriens avaient consacré dans leurs temples les images des poissons , un des signes célestes.

Les constellations Nesra ou l'aigle, Aiyûk ou la chèvre, Yagutbo ou les pléiades, et Su^aba ou Albauwaba, le serpenlaire, eurent leurs idoles chez les anciens Sabéens. On trouve encore de ces noms dans le commentaire de Hyde sur Ukig-Beigh .

Le système religieux des égyptiens était tout entier calqué sur le ciel, si nous en croyons Lucien, et comme il est aisé de le démontrer.

En général, on peut dire que tout le ciel étoile était descendu sur le sol de la Grèce et de l'Egypte, pour s'y peindre, et y prendre un corps dans les images des dieux, soit vivantes, soit inanimées.

La plupart des villes étaient bâties sous l'inspection et sous la protection d'un signe céleste. Ou tirait leur horoscope ; de là les images des astres em-

preiutes sur leurs médailles. Celles d'Antioche sur rOronte représentent le bélier avec le croissant de la lune; celles des Mamertins , l'image du taureau; celle des rois de Komagène , le tj'pe du scorpion ; celles de Zeugma et d'Anazarba, l'image du capricorne. Presque tous les siy nés célestes se trouvent sur les médailles d'Antonin; l'étoile Hespérus était le sceau public des Locriens, Ozoles et Opuntieus.

Nous remarquons pareillement que les fêtes an-*''VO ciennes sont liées aux grandes époques de la nature ef au système céleste. Partout on retrouve les ietes solsticiales et équinoxiales.Ou y distingue surtout celle du solstice d'hiver : c'est alors que le soleil commence à renaître et reprend sa route vers nos climats: et celle de l'équinoxe du printemps : c'est alors qu'il reporte dans notre hémisphère les longs jours et la chaleur active et bienfaisante qui met en mouvement la végétation, qui en développe tous les germes, et qui mûrit toutes les productions de la terre. Noël et Pâques, clicz les chrétiens adorateurs< /»^ du soleil sous le nom de Christ, substitué à celui de Mithra , quelque illusion que l'ignorance ou la mauvaise foi cherche à se faire, en sont encore une preuve subsistante parmi nous. Tous les peuples ont eu leurs fêtes des quatre temps ou des quatre saisons. On les retrouve jusque chez les Chinois. Un de leurs plus «nciens empereurs, Fohi , établit des sacrifices dont la célébration était fixée aux deux équinoxes et aux deux solstices. On éleva quatre pavillons aux limes des quatre saisons.

38 AlîRÉGÉ DE L'ORIGtIVE

Les anciens Chinois, dit Confucius, établirent un sacrifice solennel en l'honneur du Chang-Ty, au solstice d'iiiver, parce que c'est alors que le soleil, après avoir parcouru les douze palais, recommence de nouveau sa carrière pour nous distribuer sa bienfaisante lumière.

Ils instituèrent un second sacrificedanslasaison du printemps, pour le remercier en particulier des dons qu'il a fait aux hommes par le moyen de la terre. Ces deux sacrifices ne peuvent être offerts que par l'empereur de la Chine , fils du ciel.

Les Grecs et les Romains en firent autant, à peu près pour les mêmes raisons.

Les Perses ont leur Ncurouz ou fêles du soleil dans son passafjc sur le bélier ou sous le sifjne de l'équinoxe du printemps, et les Juifs leur fête du passage sous l'agneau. Le Neurouzestunedcs plus grandes fèics de la Perse. Les Perses célébraient autrefois l'entrée du soleil dî'.ns chaque signe, au bruit des instrumcns de musique.

Los anciens Egyptiens promenaient la vache sariéc sept fois autour du temple, au solsliced'hiver.A. l'équinoxe du printemps, ils célébraient l'époque heureuse où le feu céleste venait tous les ans embraser la nature.

'■•O- Cette fête du feuet de la lumière triomphante, dont notre feu sacré du samedi-saint et notre cierge pascal retracent encoi'c l'image, existaitdans la x'ille du soleil, en Assyrie, souslenomdefêtesdcsbùchers.

Les fêles célébrées par les anciens Sabéeusenhoji-

neur des planètesélaient fixées sous le signe de leur exaltation ; quelquefois sous celui de leur domicile, comme celle de Saturne chez les Romains l'était en décembre sous le capricorne, domicile de cette planète. Toutes les fêtes de l'ancien calendrier des pon- yf^s. tifcs sont liées au lever ou au coucher de quelque constellation ou de quelque étoile, comme on peut s'en assurer par la lecture des fastes d'Ovide.

C'est surtoutdansles jeux du cirque, institués en honneurdudieu qui distribue la lumi-ôre, que le génie religieux des Romains elles rapports de leurs fêtes avec la nature se manifestent. Le soleil, la lune, les planètes, les élémens, l'univers etscspartieslcs plus apparentes, tout y éfait représenté par des emblèmes analogues à leur nature. Le soleil avait ses chevaux qui, dans l'Hippodrome, imitaient les courses de cet as're dans les cieux.

Les champs de l'Olvmpe étaient représentés par une vaste arène consacrée au soleil. Ce dieu y a\ ait au milieu son temple, surmonté de son image. Les limites de la course du soleil, l'orient et l'occident, y étaient tracées et marquées par des bornes placées vers les extrémités du cirque.

Les courses .se faisaient d'orient en occident, jusqu'à sept tours, à cause des sept planètes.

Le soleil et la lune avaient leur char, ainsi que Jupiter et Vénus. Les conducteurs des chars étaient vêtus d'habits de couleur analogue à la teinte des divers élémens. Lechardusoleilétaitattelédequa^ tre chevaux, et celui de la lune, de deux.

40 ABRÉGÉ DE L'ORIGIKE

On avait figuré dans le cirque le zodiaque par douze portes .: on y traça aussi le mouvement des étoiles circompolaires ou des deux ourses. y#^' *0 Dans ces fêtes tout était personnifié : la mer ou Neptune , la terre ou Cérès, ainsi que les autres éléniens. Ils y étaient représentés pardes acteurs qui y disputaient le prix.

Ces combats furent, dit-on, inventés pour retracer l'iiarnionie de l'univers, du ciel, de la terre et de la mer.

On attribue à Piomulus l'institution de ces jeux chez les Romains, et je crois qu'ils étaient une imitation des courses de l'Hippodrome des Arcaditns et des jeux de l'Elide.

Les pluises de la lunefurentaussi l'objetdes fêles, et surtout la néoménie ou la lumière nouvelle dont se l'evêt cetteplanète au commencement de chaque mois; car le dieu Mois eut ses temples, ses images et mysItrcs.Tout le cérémonial de la procession d'Isis, décrite dans Apulée, se rapporte à la nature, et en retrace les diverses parties.

Les liymnes sacrés des anciens ont le même objet , si nous en jugeons par ceux qui nous sont restés, et qu'on attribue à Orphée. Quel qu'en soit l'auteur, il est évident qu'il n'a chanté que la nature.

Un des plus anciens empereurs de la Chine, Chun, fit composer un grand nombred'hymnes qui s'adressent au ciel, au soleil, à la lune, aux astres, etc. lien estdemèmedcpresquetoutesles prières des Perses conten ues dans les li vres Zends . Les chants poé ii q ues

DE TOUS LES «ut TES. 41

des anciens auteurs, de qui nous tenons les théogonies connues sous le nom d'Orphée, de Linus, d'Hésiode, etc., se rapporîent à la nature et à ses ageus. « Chantez, dit Hésiode auï Muses, les dieux ininjoru tels, cni'ans delà terre et du ciel étoile, dieux nés « du sein de la nuit, et qu'a nourris l'Océan, lesas- « 1res J)nllans, l'immense voûte des cieux et des dieux « qui en sont nés, la mer, les fleuves, etc. »

Les chants d'Iopas , dans le repas que Didon donne aux Troyens, contiennent lessuhlimcs leçons du savant Allas sur la course de la lune et du soleil, sur l'origine des hommes, des animaux, etc. Dans les pastorales deVirgile, le xieux Silène chante le chaos et l'organisation du monde; Orpliée en fait autantdans les Argonautiquesd'Apollonius; lacosmogoniedeSanchoniatonou des Phéniciens cache, sous le voile de l'allégorie, les grands secrets de la nature que l'on enseignait aux initiés. Lespliilosophes ([ui ont succédé aux poètes, qui les précédèrent dans la carrière de lapiiilosophie , divinisèrent toutes les parties de l'univers, et ne cherchèrent guère les dieux que dans les membres du grand Dieu ou du grand tout appelé monde, tant l'idéede sa divinité a iï-appé tous ceux qui ont voulu raisonner sur les causes de notre organisation et de nos destinées.

Pythagore pensait que les corps célestes étaient immortels et divins; que le soleil, la lune, et tous les astres étaient autant de dieux qui renfermaient avec surabondance la chaleur, qui est le principe

de la vie. Il plaraitl.i substance de la divinité dails ce feu Ether, dont le soleil est le principal foyer.

Parménide iniajjinait une couronne de lumière qui enveloppait le monde, et il en faisait aussi la substance delà divinité, dont les astres par taf^caicnt la nature. Alcméon de Crotone faisait résider les dieux dans le soleil, dans la lune et dans les autres astres. Antisthèmc ne reconnaissait qu'une seule divinité, la nature. Platon attribue la divinité au monde, au ciel , au\ astres et k la terre. Xénocrate admettait liuitfjrands dieux, le ciel des fixes et les sept planètes : Héraclide de Pont professa la même doctrine. Théopliraste donne le titre de causes premières aux astres et aux signes célestes. Zenon appelait aussi dicul'Ether, les astres , le temps et ses parties. Cléante admettait le dogme de la divinité de l'univers, et surtout du feu Ether qui enveloppe les sphères et les pénètre. La divinité tout entière, suivant ce philosophe, se distribuait dans les astres, dépositaires d'autant de portions de ce feu divin. Diogène le Babylonien rapportait toute la mythologie à la nature ou à la physiologie. Chrysippe reconnaissait le monde pour Dieu : il faisait résider la substance di\ inc dans le feu Ether, dans le soleil , dans la lune, etdans les astres, enfin dans la nature et ses principales parties.

Anaximandre regardait les astres comme autant de dieux; Anaximènc donnait ce nom à l'éther et à l'air ; Zénou , au monde en général , et au ciel eu particulier.

DE TOUS LES CULTES. 4â

Nous ne pousserons pas plus loin nos recherclies sur les dogmes des anciens philosophes, pour prouver qu'ils ont été d'accord avec les plus anciens poètes, avec les théologiens qui composèrent les premières théogonies, avec les législateurs qui l'égièrent l'ordre religieux et iiolitique, et avec les artistes qui élevèrent les premiers des temples et des statues aux dieux.

Il reste donc démontré, d'après tout ce que nous venons de dire, que l'univers et ses parties, c'està-dire la nature et ses agens principaux, ont nonseulement dû être adorés comme dieux, mais qu'ils l'ont été effectivement, d'oii il résulte une conséquence nécessaire, savoir : que c'est par la nature et ses parties , et par le jeu des causes physiques, que l'on doit expliquer le système théologique de tous les anciens peuples; que c'est sur le ciel, sur le soleil , sur la lune, sur les astres, sur la terre et sur les élémens que nous devons porter nos yeux, sinous voulons retrouver les dieux de tous les peuples et lesdécouvrir sous le voile que l'allégorie et la mysticité ont souvent jeté sur eux, soit pour pi- I quer notre curiosité, soit pour nous inspirer plus ' de respect. Ce culte ayant été le premier et le plus 1 universellement répandu, il s'ensuit que la méthode ' d'explication qui doit être employée la prcmièreet ' le plus universellement, estcelle qui porte tout en- I tière sur le jeu des cau.ses physiques et sur le mécanisme de l'organisation du monde. Tout ce qui recevra un sens raisonnable, considéré sous ce point

44 ABRÉGÉ DE L^ORIGIiVE

de vue; tout ce qui, tlaiis les poëraes anciens sur les dieux et dans les légendes sacrées des différeus peuples, contiendra un tableau in*;énieu\ de la nature et de ses opérations, est censé appartenir à cette religion que j'appelle la religion universelle. Tout ce qui pourra s'expliquer sans efforts par le système physiqueetastronoinique, doit être regardé comme faisant partie des aventures factices que l'allégorie a introduites dans les chants sur la nature.

(^'est sur cette base que repose tout le système d'explication que nous adoplons dans notre ouvrage On n'adora, avons-nous dit, on ne chanta que la nature, on ne peignit qu'elle : donc c'est par elle qu'il faut tout expliquer ; la conséquence est nécessaire.

Page 1