‹ Abrégé de l'origine de tous les cultes [microform]Chapitre 5 sur 70 · NOTICE VII · texte numérisé non relu

NOTICE VII

duîsit des sensations très différentes, dit la Bibliographie universelle : « Il souleva, comme l'auteur l'avait prévu, les partisans de l'érudition et de la critique historique et littéraire. Les esprits religieux lui reprochèrent de saper les fondements de la religion chrétienne ; les incrédules, d'un autre côté, crurent y trouver des arguments irréfragables contre les ennemis de l'incrédulité. Cet ouvrage fut un livre de parti que les uns défendirent avec acharnement, que les autres réfutèrent avec avantage... » Ici l'on traite Dupuisde «phyrrhonien outré », d' ic insensé » ; il est taxé de matérialisme, d'athéisme, et sous le rapport littéraire, on plaisante sur la sécheresse de son style, la confusion qui règne dans son œuvre, qui lui attirent les plus acerbes et les plus dédaigneuses épithètes; là, il passe au rang des grands écrivains et des grands hommes. Quoi qu'il en soit, l'Origine de tous les Cultes reste un remarquable ouvrage d'érudition ; mais il n'afait aucun tort à la religion chrétienne, pas plus que lui en avaient fait autrefois Celse, Porphyre, Julien l'Apostat. L'abbé Leblond alla dire au club des Cordeliers que cette publication intéressait l'esprit humain; on devine que le sens de ses paroles était que ce livre amènerait la destruction de la superstition. Superstition étant ici synonyme de religion chrétienne, un livre aurait donc suffi pour abolir cette religion 1 ! En certaines époques favorables aux changements sociaux, un homme au puissant esprit peut surgir, comme Luther, qui la transforme ou la réforme. L'extirper d'une nation tout entière est une tâche qui reste au-dessus des efforts humains *. « C'est une erreur de quelques philosophes modernes, dans laquelle j'ai été moi-même entraîné «, dit Fourcroy dans un de ces curieux rapports qui furent adressés en l'an VIII par les conseillers d'Etat chargés d'une enquête sur la situation de la République, « que de croire, à la possibilité d'une instruction assez répandue pour détruire les préjugés religieux. Ils sont pour le plus grand nombre des malheu-

* M. Thiers disait en 1845 ^Histoire honteuses comme en Chine, agitent ou du Consulat et de l'Empire) : « Il faut dégradent l'esprit humain. Ou bien, si aux hommes un culte... Partout, en tous comme en France en 93, une commotion temps, dans l'antiquité comme dans les passagère a emporté l'antique religion temps modernes, dans les pays civilisés du pays, l'homme, à l'instant même où comme dans les pays sauvages, on les il avait fait vœu de ne plus rien croire, voit au pied des autels, les uns vénéra- se dément après quelques jours, et le Mes, les autres ignobles ou sanguinaires, culte insensé de la déesse Raison, inau- Quand une croyance établie ne règne guré à côté de l'échafaud, vient prouvespas, mille sectes acharnées à la dispute que ce vœu était aussi vain qu'il était comme en Amérique, mille superstitions impie. »

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reux une source de consolation ; ils l'ont même été pour quelques esprits très éclairés de tous les siècles *-» Parmi les hommes instruits, capables de réflexion et de raisonnement scientifique, les athées forment un nombre imperceptible, et dans ce nombre que de fanfarons d'athéisme ! La science est loin de conduire toujours à la négation d'un Être suprême. Leybnitz, Newton, Descartes, Pascal, étaient religieux. Des savants et des professeurs du Collège de France qui ont étudié avec tant de profondeur et d'érudition les religions assyriennes et celles de la Perse et de la vieille Egypte, le polythéisme des Hindous et le polythéisme gréco-romain, Burnouf, Letronne, Lenormand, Guignaux, etc.^ etc., et le titulaire actuel de la chaire d'histoire des religions, bannissant toute idée de matérialisme et d'athéisme, ont proclamé que la religion est partout, avec des formes diverses, des caractères particuliers, mais aussi avec des principes fondamentaux qu'il est impossible de contester. Les esprits forts ne veulent pas se contenter, pour reconnaître la Divinité, de. preuves d'un ordre moral, telles que la révélation, la tradition, le sentiment universel, l'Evangile, l'inspiration prophétique ; mais s'ils n'est pas donné à certains hommes qui possèdent la science au plus haut degré de pouvoir accepter comme absolument prouvées l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, quel est l'audacieux qui prétendra fournir de ce terrible problème, dans le sens du néant, une valable solution ? La première vaut au moins autant que la seconde hypothèse, et l'incertitude même n'est nullement défavorable aux religions, l'humanité préférant toujours, et par instinct, à l'idée désespérante celle qui console et laisse entrevoir une vie nouvelle.

Si nous avons fait suivre ce livre d'un opuscule sur le Christianisme, nous n'avons voulu que mettre sous les yeux du lecteur, sans en faire un objet de comparaison, un écrit remarquable de Benjamin Constant, ce grand libéral, dont le voisinage n'aurait pu offusquer de son vivant l'homme juste, probe, modéré et désintéressé qui eut peut-être le tort d'écrire VOrigine de tous les Cultes, s'il est vrai qu'il eût

* On sait que ces conseillers enquê- leurs missions qui précédèrent le Conteurs étaient outre l'illustre Fourcroy, cordât avaient pour but de faire conmembre du conseil des Cinq-Cents, plus naître au chef de l'Etat les besoins du tard directeur général de l'instruction pays, et de lui permettre de préparer publique, Barbé-Marbois, Regnault de en parfaite connaissance de cause les ma- Saint-Jean d'Angély, Lacuée... et que tières réparatrices qu'il méditait.

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