‹ Abrégé de l'origine de tous les cultes [microform]Chapitre 4 sur 70 · NOTICE V · texte numérisé non relu

NOTICE V

Ea i 809, Dupuis se retira dans une petite maison de campagne qu'il avait en Bourgogne, près de Dijon, à Is-sur-Tille, où, atteint d'une fièvre putride, il mourut, le 20 septembre de la même année, à l'âge de 67 ans. Né pauvre, ij ne laissa à sa mort aucune fortune ; sa veuve, qui publia sur lui un petit mémoire, dans le but évident d'attirer l'attention de l'Empereur et d'obtenir un secours, ne recevait qu'une pension de douze cents francs de l'Institut. Il a laissé en manuscrit un travail sur les Hiéroglyphes égyptiens, et un autre intitulé : Recherches sur les Gosmogonies et les Théogonies. On a encore de lui des Lettres sur la Mythologie, adressées à sa nièce, et une traduction des discours choisis de Cicéron.

Les divers travaux de Dupuis ont donné lieu à quelques ouvrages importants : tels sont l'Analyse raisonnée de l'Origine de tous les Cultes, par le comte Destutt de Tracy ; des Cultes qui ont précédé et amené l'idolâtrie et l'adoration des figures humaines, par Dulaure ; Introduction au Tableau de la littérature, par Chénier ; le commentaire de Pierre Brunet, de l'ancienne maison de Saint-Lazare ; la réfutation de l'abbé Du Glot et celle du dominicain Bernard Lambert. Ce fut, dit-on, à la suite d'une conversation avec Dupuis que Volney composa son ouvrage des Ruines.

L'idée dominante de l'Origine de fous les Cultes, celle où viennent se rattacher tous les détails, est que le christianisme ne peut être qu'une fiction, une chimère, une erreur ; que la religion judaïque n'est elle-même qu'une superstition, et la Genèse, qui lui sert de fondement, qu'une suite de pures allégories. C'est, d'après l'auteur, de la philosophie orientale, de Zoroastre surtout, que les Juifs ont emprunté leurs dogmes de la création du monde, de la tentation et de la chute de l'homme, de la promesse d'un réparateur, leurs rites, leurs cérémonies, etc. D'où il résulterait que la religion judaïque n'est qu'une fable ou une pm'e allégorie copiée sur les fictions sacrées des Orientaux. Mais les Hébreux n'auraient pas pu prendre dans la cosmogonie de Zoroastre, qui vivait, suivant l'opinion commune (si tant est qu'il ait existé), sous Darius, fils d'Hystaspe, moins de six cents ans avant Jésus-Christ, une croyance et des dogmes dont ils étaient en possession plusieurs siècles avant ce célèbre réformateur du magisme. Dupuis prétend que les chrétiens qui ont le mieux connu leur religion n'ont, sous le nom de Christ, entendu adorer

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que le soleil, parce que tous les mystères et tous les événements delà vie du Christ, tels qu'ils sont racontés dans l'Évangile, ne sont, sous ces emblèmes, que les phénomènes annuels ou journaliers de la nature, les courses du soleil dans les différents signes du zodiaque et les effets qui en résultent pour les régions suhlunaires. Il soutient que le christianisme, pris dans le sens que lui a donné le commun des chrétiens, dans tous les lieux et dans tous les temps, n'est qu'une institution bizarre, folle, révoltante, qu'on ne peut assez proscrire et exterminer. En un mot, tout ce que l'Evangile nous raconte de la naissance, de la mort et de la résurrection du Christ ne serait qu'une suite de fictions mystiques en l'honneur du soleil ; et le christianisme n'aurait été, dans sa première origine, qu'une secte de mythriaques. Comme Dieu, comme seul Dieu, il ne faudrait reconnaître que l'âme du monde, ou, selon le mot de Dupuis, le feu Ether, qui anime et vivifie toute la nature.

« Les légendes, les fictions, les allégories, les symboles, les traditions, tous ces mythes dont l'ensemble constitue le polythéisme, sont de natures si diverses, qu'il est impossible de les rapporter à une source commune, dit la Nouvelle Biographie générale. C'est pourtant ce qu'a tenté Dupuis, et il est parvenu à dissimuler, par un prodigieux étalage d'érudition, l'absurdité ridicule de son système. »

« Evhémère chez les anciens, l'abbé Bauër parmi nous, dit le Dictionnaire de la Conversation, avaientvoulu expliquer toute la mythologie par l'histoire ; Dupuis la renvoie au ciel matériel avec toutes les religions. Son explication reproduit, en l'exagérant, le sabéisme antique des Arabes, de Zoroastre et des Mages, depuis longtemps aussi systématisé par Macrobe dans ses Saturnales. »

Mais Dupuis se met en désaccord avec les plus éclairés des philosophes de l'antiquité, qui, « plus sages que beaucoup de nos modernes, selon M. de Vitry, s'étaient bien gardés de ne voir que dans les sphères célestes l'origine et la réalité des religions. Nous nous bornerons à invoquer Platon dans les deux Timées, dans le Cratyle, dans le Phèdre, et surtout Plutarque dans son curieux traité à'Isis et d'Osiris. »

Le grand ouvrage de Dupuis, annoncé longtemps avant sa publication, et qui n'est pour le fond que la suite et le développement du système dont il avait jeté les bases dans son Mémoire sur l'explication de la Fable par l'Astronomie, pro-

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