ALGÉRIE ET COLONIES
En 1874- et 1875, trois lignes d'intérêt local furent concédées, avec des garanties départementales, aux compagnies de Bône-Guelma, de l'Est Algérien et de l'Ouest Algérien. Bientôt, ces lignes furent classées dans le réseau d'intérêt général, et servirent de point de départ à la création de trois réseaux étendus, auxquels on accorda des garanties d'intérêt portant sur un capital important, quoique le produit net dût être à peu près nul, comme l'a prouvé l'expérience. Ces garanties, basées presque toutes sur le régime des forfaits, donnèrent lieu à tous les inconvénients que nous signalions plus haut à propos de ce régime. La France étendit même sa garantie à une ligne reliant Tunis à l'Algérie, construite par la compagnie de Bône-Guelma avant l'établissement du protectorat. Les conventions passées avec l'Ouest Algérien ont été améliorées déjà, dans le sens indiqué à propos des réseaux secondaires métropolitains ; mais on a vainement cherché à arriver à une entente, pour modifier celles des compagnies de Bône- Guelma et de l'Est Algérien.
La compagnie Franco-Algérienne avait établi, en 1875, pour l'usage de ses exploitations d'alfa, la ligne d'Arzew à Saïda et Kralfallah, sans garantie d'intérêts. Depuis lors, elle a été chargée de construire ou d'exploiter diverses autres lignes à très faibles recettes ; elle a obtenu, à cet effet, des garanties forfaitaires qui, en raison de sa situation financière, ont dû être affectées, par un privilège légal, au service des obligations émises pour l'établissement de chacune de ces lignes. Tombée en faillite, la compagnie a continué pendant plusieurs années son exploitation, avec un concordat ; son réseau vient d'être racheté par l'Etat, qui l'exploite en régie.
Dans l'ensemble, les chemins de fer algériens, presque entièrement garantis, donnent environ 30 millions de recettes. Ce produit brut dépasse de 7 à 8 millions seulement les dépenses d'exploitation; les charges incombant à l'Etat, à titre de fonds de concours, d'annuités de rachat ou d'avances de garantie, atteignent actuellement une
somme de 17 à 18 millions par an, qui ne diminue que très lentement.
Le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, au Sénégal, long de 264 kilomètres et ouvert de 1883 à 1885, jouit également d'une garantie forfaitaire de l'Etat : mais il n'y fait plus appel et rembourse même les avances antérieurement reçues.
Le chemin de fer de la Réunion (126 kilomètres), ouvert en 1882, a été établi clans les mômes conditions; mais à la suite de la déchéance de la compagnie il a fait retour à l'Etat, qui assure le service des obligations.
Les lignes actuellement en cours d'exécution en Tunisie, au Tonkin, au Soudan et dans la Guinée, présentent une étendue assez considérable ; elles sont construites aux frais des budgets locaux, avec affermage de l'exploitation, sans concours direct de la métropole.