‹ Abrégé de la vie de Jésus-ChristChapitre 1 sur 35 · PÉRIER · texte numérisé non relu

PÉRIER

Ce manuscrit autographe de V Abrégé de la vie de Jésus est actuellement perdu : et, jusqu'en 1846, on a pu désespérer de connaître jamais cet opuscule. Heureusement, un Hollandais. M. Van der Hœven, en retrouva une copie dans la bibliothèque janséniste de l'abbé d'Etemare, conservée à klarenbourg. en Hollande : c'est ainsi que Faugère put le publier pour la première fois 184 ans après la mort de Pascal (Andrieux. Paris. 1846). Je n'en connais qu'une autre édition, celle de M. Molinier (Lemerre. Pans. me II des Pem

Le ' manuscrit de Klarenbourg, — un cahier de \ ingt-sil pages

i Cf La Pré/ace de Faugère, où ces détails sont pris.

in-4% écrit de la même main et sur même papier que les Mémoires de Mademoiselle Périer (B. N., f. franc., i 2,988), — porte en tête ces mots : Copie du manuscrit de la main et de la composition de M. Pascal. On y relève, surtout vers la lin, un certain nombre de lacunes, sans doute parce que le copiste n'a pas pu déchiffrer partout l'écriture de Pascal ; et quelques erreurs y sont corrigées de la main de M'" de Thémericourt. C'est vraisemblablement cette fervente janséniste — Marie- Scolastique Le Sesne de Thémericourt Ménilles — amie et correspondante de Marguerite Périer. qui aura fait faire pour elle-même cette copie, et qui, à sa mort, en 1 745, l'aura laissée à l'abbé d'Etemare, son cousin. L'authenticité de l'A brégé de la ine de Jésus paraît donc incontestable, puisque M"e de Thémericourt a été à même de s'en assurer auprès de la nièce de l'auteur.

Mais cet Abrégé, écrit "par Pascal, a-t-il été réellement composé par lui, ou ne serait-il, comme le croit M. Molinier (t. II, p. 353), qu'une traduction d'un ouvrage antérieur,

probablement du Moyen Age ? M. Molinier allègue « le

style négligé et qui semble calqué sur une autre langue ». — Que le style soit négligé, cela n'est pas extraordinaire : nous n'avons là évidemment qu'un premier jet, qui n'a point subi de revision ; qu'il soit calqué sur un texte en une autre langue, cela me paraît certain, mais cette autre langue n'estelle pas tout simplement le latin du Nouveau-Testament ?

M. Molinier dit encore qu' « on y trouve de nombreuses citations d'auteurs canoniques que Pascal ne connaissait probablement pas ». — Mais, tout nous porte à croire au contraire que Pascal, dans les dernières années de sa vie, s'est fort occupé des auteurs canoniques ; Port-Royal et Arnauld surtout l'ont pu mettre au courant de cette littérature : ainsi la paraphrase, que Pascal donne d'après saint Chrysostome, du discours de Jésus à Marie (verset 3 2 3) est justement citée par Arnauld (Historia et Concordia evangelica. Ed. Migne. Scripturœ sacrœ cursus completus, t. XXI, p. 2 5o), et ce peut être lui qui l'a fait connaître à Pascal ; puis n'est-ce pas M. Molinier lui-même qui a montré le premier combien Pascal a profité du Pugio Fidei, livre spécial, s'il en fût ? — — Enfin, M. Molinier remarque que « le ton général de l'ouvrage... languissant et terne... ne rappelle nullement le Mystère de Jésus». Cela est vrai, mais n'a rien de surprenant. Dans le Mystère de Jésus, Pascal n'avait qu'à se laisser aller à l'ardeur de ses

sentiments : ici, il était asservi à un texte, qu'il voulait rendre le plus littéralement possible : et d'ailleurs, je le répète, nous n'avons là sans doute qu'un premier jet, un brouillon. Quant à la division en paragraphes, elle se trouve, je le veux bien, dans les traités du Mojl'tm Age. mais elle se trouve aussi dans l'Evangile : ce sont les versets.

Nous pouvons donc croire — jusqu'à preuve du contraire

— que V Abrégé a bien été composé par Pascal lui-même. Et cela, naturellement, donne bien plus de valeur à cet opuscule. D'abord, nous pouvons penser qu'il représente une tentative personnelle de Pascal pour établir la concordance des quatre évangélistes. Ainsi, on admet généralement que Matthieu, iv, 12. Marc, i, 14, Luc. iv, 14. Jean, iv. 43 parlent d'un même retour de Jésus en Galilée, quoique Luc et Jean d'une part. Matthieu et Marc d'autre part allèguent des motifs différents à ce voyage: Pascal, lui, pense qu'il y en a deux (cf les versets 28 a 3o. a: et" aussi les versets 72-7? où il distingue deux fuites au désert). Et cette opinion est bien certainement de lui, puisque Arnauld (qu'il eut assurément suivi de préférence s'il eut suivi quelqu'un) ne la partage pas. Peut-être aussi serait- il intéressant de rechercher dans V Abrégé s'il n'y a pas des traces de Jansénisme : y a-t-il uneraison qui ait déterminé Pascal à développer plus td verset que tel autre, à mettre plus en lumière telle parole ou tel acte de Jésus ? ce serait une recherche curieuse à faire, mais qu'un théologien seul peut faire. D'ailleurs, à lui tout seul, le nom de l'auteur suffirait à recommander l 'Abrégé, et à justifier, je l'espère, cette nouvelle édition.

Il me reste maintenant à expliquer comme je l'ai conçue.

La copie de klarenbourg, que je désigne par < ;. est

naturellement la base du texte : n'ayant pu l'examiner moi-même, je me suis servi de la collation de Faugère, en mettant entre crochets ] toutes les leçons et corrections que j'ai cru devoir introduire dans le texte, en désignant par F les variantes de Eaugère. et par M les quelques divergences que j'ai relevées dans l'édition Molinier. \ chacun des

versets de Pascal, j'ai ajouté l'indication des versets \ - Nouveau Testament, puisque l'auteur lui-même, d'après sa Préface, avait l'intention de le faire. M. Molinier avait déjà donné ces références, je les ai vérifiées, et. quelquefois, corrigées. — Quant au texte lui-même, j'y ai cru naître, et l'y ai typographiquement distingue trois éléments .

r Pascal traduit les versets du Nouveau Testament, ou les résume : cela, je l'ai imprimé en caractères ordinaires. 2° Pascal complète les versets par une paraphrase, ou par une addition qui fait corps avec la traduction : cela, je l'ai imprimé en italiques. 3° Pascal commente, c'est-à-dire que, de son chef ou d'après divers auteurs, il explique ou interprète les paroles ou les actes de Jésus : ces commentaires, qui interrompent la suite du récit, je les ai imprimés en italiques, et placés entre tirets. Il me semble qu'à cette disposition la clarté gagne beaucoup, et que le caractère propre de Y Abrégé ressort mieux pour le lecteur.

Fribourg, novembre 1896.

G. Michaut.

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