CHAPITRE PREMIER
Depuis la naissance de M. Olier jusqu’à son entrée dens f« Cure de Saint-Sulpice.
M. Ozter, d’une famiile illustre dans la haute ma-
gistrature et la guerre, eut pour père Jacques Olier
de Vérneuil, Membre du Parlement de Paris et Se-.
crétaire de Henri IV, ct pour mère ‘Marie Dolw d’Ivoi. Îl naquit à Paris, un samedi, 20 septembre 1608, et fut baptisé le même jour, dans l’église de
Saint-Paul, paroisse de ses parents, où il reçut le :
nom de Jear, auquel plus terd il ajouta celui de J'ucques. . Peu après son baptême, on le porta au
faubourg Saint-Germain, pour être nourri sur cette. paroisse même de Saint-Sulpice dont il devait devenir un jour le pasteur. -Ce fut là que, tout petit :
enfant, il donna les premiers indices de sa vocatioi 8 l’état ecclésiastique, et de cette religion profonde qui parut en lui avec tant d’éclat dans ja suite.
Nous lisons de saint Thomas d'Aquin, que l'unique :
moyen d’errêter ses pleurs dans son enfance était de lui mettre quelque livre entre les mains ; il suf-
fisait xussi de porter le jeune Olier à l’église pour ..
faire cessér ses larmes et ses cris. Dieu lui inspira dès ses prémiers ans une si haute idée du sacrifice
a dediens. ve ;
ET TT PRE one LR Se 8° 0 . LA
de la messe et de la sainteté des prêtres chargés de l'offrir, qu’il s’étonnait et s’affigeait de les voir quelquefois, pendant cette action divine, cracher ou tourner la tête. Dès Lors aussi il ee fit remarquer par une grande dévotion envers la Mère de Dieu. Tout ce qui lui rappelait son souvenir excitait sa joie ou ga reconnaissance. Îl l’invoquait avec beaucoup d’affection et de confiance pour le succès de ses études, et comptait beaucoup plus sur sa protection que sur ses talents naturels pourtant très distingués. Sa piété envers cettedouce Mère des Chrétiens allait jusqu’à ne rien entreprendre sans l’avoir priée auÿaravant de le lui commander ; s jusqu’à lui offrir les prémices de tout ce qu’on lui donnait. %“ Je “ n’ai jamais osé, dit-il lui-même dans ses mémoires, qu’il composa par ordre de son confes- ‘: seur, je n’ai Jamais osé me servir d’aucun vêteue ment, sans lui en consacrer lepremier usage, en ‘6: m’allant présenter à elle, à Notre-Dame, (Eglise ‘6: Cathédrale de Paris,) avec mes nouveaux habits, la priant de ne pas souffrir que, pendant qu'ils seraient à mon usage, j’eusse le malheur d’offenser jamais son Fils? S'il manquait quelquefois à cette pratique, il ne tardait pas à en être puni. Ses religieux parents avaient sans doute beaucoup contribué à lui inspirer de si belles dispositions. -Vers l’âge de huit ans, ils le mirent au cullége, et le‘consacrèrent à Dreu dans l’état ecclésiastique, auquel ils l’avaient toujours cru appelé. Mais la vivacité de son naturel se développant, avec l’âge, jusqu’à la violence et à l’emportement, ils commencérent à douter de sa vocation. 6 Au rapport de
er mo M Ce Sn =
glise bits, u’ils enfois uni, oup
' et
ma mère, dit-il lui-même, mille et mille lois j’au- 4 rais Cà périr sans le secours particulier de Dieu, ‘6 à cause d’une humeur violente et bouillante qui ‘6 m’empêchait de regarder où je marchais ni où ‘6 j’allais, si bien que souvent je roulais du haut ‘6 des montées, je me blessais, je me heurtais à ‘ tous moments.” Il raconte lui-même un trait singulier de son étourderie. ‘ Etant écolier, dit-il, ‘6 je jouais un jour avec un oiseau qui s’échappa ‘ de mes mains et s’énvola sur les toits. Aussitôt, 66 ayant récité mon .Ængele Lei, (la prière Ange 6 ‘de Lieu,) et fait le signe de la croix, je sautai ‘ sur le toit voisin avec tant de hardiesse que,quand ‘ jy pense, je frémis encore ; car je sautai d’une ‘6 fenêtre qui é‘ait au troisième étage, sur un toit ‘6 plus élevé que la fenêtre même. Dreu me fasse 66 ]a grâce d’exposer un jour ma vie aussi librement ‘6 pour son service, que je le fis alois pour mon plaisir.” Les craintes de ses parents par rapport à sa vocation devenaient de plus en plus à rieuses, à mesure qu’il ayançait en âge, et ils pensaient même à lui faire abandonner l’état ecclésiastique lorsqu’une circonstance, heureusement ménagée par la Providencé, les fixa définitivement dans leur première résolution. Saint François de Sales, qui allait quelquefois à Lyon, s’était lié d’une étroite amitié avec le père du jeune Olier, nommé depuis peu intendant de cette ville. Madame Olier résolut de consulter sur la vocation de son fils, un personnage si éclairé et si vér.rable. Le saint évêque, après avoir recommandé l'affaire à Dreu pendant plusieurs jours, rassura pleinement,
sur l’avenir de son fils, cette mère désolée. Comme elle lui présentait un jour trois de ses enfants, et qu’elle se plaignait fort de la conduite de Jean-Jacques,ie pieux évêque lui dit avec beaucoup d’assurance et de bonté : Jfé, madame, un peu de palience, el ne vous affligez pas, car Dieu prépare, en la personne de ce bon enfunt,un grand serviteur en son église : et, ayant mis les mains sur la tête de l'enfant, il l’'embrassa fort tendrement et lui donna sa bénédiction. Bien plus, il pria madame Olier de lui confier son fils, pour qu’il le formât lui-même aux vertus et à la science ecclésiastique. Mais déjà ce grand serviteur de Dieu touchait à :a fin de son existence ici-bas, et sa mort, qui arriva peu de jours après, fit succéder les regrets les plus amers à de trés douces espérances. La seule consolation que M. et madame Olier purent goûter, fut de lui présenter encore leur fils qu’il bénit pour la dernière fois M. Olier conserva toujours pour ce saint évêque une tendresse toute filiale et une ferme confiance en sa puissante protection, et 1] avait coutume dans la suite de l’appeler sor père.
Déjà il avait atteint sa quatorzième année. Son naturel bouillant et son tempérament sanguin. de- 1 m vaient l’exposer plus que beaucoup d’autres aux ! }e dangers et aux surprises de cet âge. Mais sans d doute que Saint François de Sales, comme un ange ! ,