B) De la grâce de chef
— Cette grâce ne se distingue de la grâce habituelle, que par la raison qui considère la grâce habituelle de N. S., comme se répandant sur les autres. T.III ,q.
P. Jésus-Christ est le chef de l Eglise. C'est certain. Dieu., dit S. Paul, Va placé comme chef audessus de toute V Eglise. Eph. I.
Quand on dit que Jésus-Christ est la lète ou le chef de l'Eglise, cela signifie : 1) qu'il est placé plus haut que tous les membres de l'Eglise, 2) qu'il est plus parfait que tous, car la tète est le siège où se réunissent tous les sens intérieurs et extérieurs. Et il est certain que N. S. est chef de l'Eglise, dans ces deux premiers sens, car il est plus près de Dieu ; il a une perfeclion de grâce supérieure à celle des anges. Tanto melior angelis effectus. Jleb. l.A. — 3)Gela signifie que, comme la tète influe sur tout le corps, ainsi N. S. répand la grâce sur tous les membres de l'Eglise, selon cette parole :
Nous avons tous reçu de sa plénitude Et N. S. influe par son humanité, soit par son âme, soit par son corps, sur les âmes principalement et secondairement sur les corps, en ce sens que les corps, par la grâce répandue dans l'âme deviennent des instruments de justice, et que la vie de la gloire de l'âme rejaillira sur le corps. T. III, q. S, a. 1 et a. 2.
594. Mais précisons d'une manière nette, la manière dont N. S, est le chef de l'Eglise, dans ce troisième sens. {a). Par rapport aux hommes. C'est de foi qu'il répand la grâce sur
tous les fidèles; c'est voisin de la foi qu'il la répand sur les infidèles adultes. (Quant aux enfants qui meurent sans baptême voir 11» G4'J). C'est l'opinion commune (lu'il a répandu la grâce sur Adam dans l'état d'innocence.B. 220. (iependant J.-C.
n'est actuellement et réellement le chef que des bienheureux, des justes, et de ceux qui ont la foi; en dehors d'eux, ce n'est qu'en puissance qu'il est le chef de tous les prédestinés et de tous ceux qui doivent être damnés.
Ceux qui déjà sont damnés ne sont plus, mais ont été pendant leur vie, en puissance de devenir membres de J.-C. D. T.
595. {b). Par rapport aux anges. Ce n'est pas douteux que N. S. soit le chef des anges dans les deux premiers sens que nous avons indiqués. // est, dit St Paul, le chef de toute principauié et de toute puissance. Col. 2; mais il s'agit ici du troisième sens. Tous admettent que quelques biens ont découlé du Christ sur les anges, par ex. : la connaissance de l'Incarnation, la joie du salut des hommes; mais les anges ont-ils obtenu leur grâce et leur gloire par les mérites de J.-C. ? Les uns l'affirment, les autres le nient B.2'i7.
506. Si vous demandez comment le Christ, avant d'exister comme homme, a répandu la grâce sur les anges et sur Adam, nous répondrons que ce n'est pas plus difficile de l'expliquer que pour les saints de l'Ancien Testament et pour Adam coupable, comme nous allons le voir aussitôt.
597, La prédestination.^ c'est la disposition éternelle faite par Dieu, des choses que la grâce opère dans le temps. Or, J.-C.
a été prédestiné de toute éternité à être Fils de Dieu. On ne peut
DIEU REDEMPTEUR
pas dire en eïïet, que Dieu n'a pas disposé de toute éternité l'union des deux natures, qui s'est accomplie dans le temps, en J.-C. ; autrement il s'en suivrait qu'il surviendrait quelque chose de nouveau à l'intelligence divine.
Et N.-S. a été prédestiné comme homme, et non comme Dieu, car la prédestination regarde les choses de la grâce; et ce n'a pas été une grâce pour la nature divine de s'unira la nature humaine ; mais c'a été une grâce pour la nature humaine d'être unie au Verbe. (T. III, q. 24, a.
Si on considère la prédestination de J.-C. dans l'acte de Dieu prédestinant, il est clair que ce seul et même acte a prédestiné J.-C. et les hommes; mais, si on considère l'effet et le terme de la prédestination de J.-C, cette prédestination est le modèle et la cause de la nôtre : le modèle, car la prédestination de J.-C. a été gratuite comme la nôtre, il a été prédestiné à cire Fils unique de Dieu, comme nous sommes prédestinés à être les enfants adoplifs de Dieu. La prédestination de J.-C. est la cause de la nôtre: car Dieu a disposé éternellement notre salut, en prédestinant qu'il serait opéré par J.-C; car la prédeslinalion atteint non seulement ce qui se fait dans le temps, mais encore la manière dont cela se tait. T.
III, q. 2i, a. 3 et 4. Et il est clair que tout ce que dit St Thomas de l'homme déchu peut s'appliquer parfaitement à Adam inlïocent et aux anges.
598. (c) Comment le Christ, comme homme, confèret-il la grâce à ses membres ? Il est certain que la cqmsq efficiente principale de la grâce, c'est Dieu qui l'a produite dans l'âme de N.-S.
Il est certain que J.-C. est la cause méritoire de la grâce pour tous les hommes et la cause instrumentale et secondaire de la grâce. V. n. 711.
Mais les théologiens se demandent si J.-C, comme homme, répand la grâce physiquement, comme cause physique, comme par exemple une hache fend le bois, ou seulement, s'il répand la grâce d'une manière morale, comme par ex : le commandement du chef produit la manœuvre du soldat, de telle sorte qu'à la voix, ou à la prière de N.-S., Dieu sanctifie les âmes. Tous s'accordent à dire que N.-S. n'a pas produit physiquement la grâce dans les hommes qui ont précédé sa venue sur la terre ; mais, après sa venue, les thomistes pensent que N.-S. influe la grâce |)hysiquement, comme cause instrumentale et secondaire ; les autres, tout en attribuant à N.-S. une vraie efficacité dans la production de la grâce, di.sent qu'il ne la répand que moralement. V. S. des Sacrements, no 118 et suiv. et -140. V. ci-dessus no 583.
I.e pouvoir que J.-C. comme homme a de produire physiquement la grâce, soit par les sacrements, soit d'une auti'e manière, s'appelle puissance d'excellence. T. III, (j. G4, a. 3.