I II. De la grâce de l'ame du Christ. I De la grâce
QUI LE REND AGRÉABLE A DiEU,
gratum faciente. Cette grâce est triple en N. S.
1° La GRACE d'union. Par cette grâce, il faut entendre, non l'acte par lequel le Verbe a pris la nature humaine, acte que les théologiens appellent unition et qui est commun aux trois Personnes ; mais la grâce à'élre uni personnellement au Verbe de Dieu, comme parle St Thomas, ou l'être personnel qui est donné gratuitement âla nature humaine en la personne du Verbe; et il est certain que celle grâce est iniinie, puisque la personne du Verbe est infinie. T. 3, q. 6, a.
6, q. 7, a. 11. Celte union est une grâce, car elle n'a été méritée condignement ni par le Christ, ni par personne; elle est au-<lessus de tout l'objet du mérite, qui est l'union des bienheureux avec Dieu; et elle est elle-même le principe de toute
grâce; et la grâce est le principe du mérite. Cependant les saints patriarches et la Vierge Marie, ont mérité l'incarnation d'un mérite de convenance par leurs désirs et leurs prières. T. 3, q.
2, a. 11. La grâce d'union a fait J.-C. Fils de Dieu et par conséquent souverainement agréable à son Père. C'est là mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. Math. III. 17.
C'est la grâce absolument propre à N. S. qui n'esl communiquée à personne autre.
La grâce d'union, et la grâce habituelle de N. S., dont nous allons parler, ne peuvent être appelées naturellt3s, en ce sens qu'elles constituent en lui la nature humaine ; mais seulement en ce sens qu'elles ont été produites par la nature divine du Verbe, ou encore en ce sens que le Christ les a eues, dès sa conception. T. 3, q. 2, a. 12.
588. La GRACE habituelle, qui sanctifie la nature humaine de J.-C. est un effet qui découle de l'union de cette nature à la personne du Verbe. Il était nécessaire que le Christ eût la grâce habituelle, pour trois raisons : â cause de son union avec le Verbe; à cause de la noblesse de son âme, dont les opérations touchaient de si près la Divinité; et parce qu il fallait que sa grâce rejaillît sur les autres.
Si on considère, celle grâce comme sanctifiant l'âme de l\. S.
elle s'appelle simplement habituelle ; et si on la considère comme rejaillissant sur les autres, on la nomme grdcedechef.
Parlons : (A) de toutes deux en général, et (B) de la grâce de chef en particulier.
(A). Or, l'une et l'autre peuvent être considérées : l)comine un être, et il est nécessaire que cet être soit fini ; car il est dans
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DIEU REDEMPTEUR
Tàme de N. S., comme dans son sujet ; et l'âme de N. S. est une créature, qui a une capacité limitée. 2) On peut les considérer au point de vue de la j^ràce ellemême, et de ce qu'elle comporte ; et ainsi on peut dire que cette grâce est infinie dans le Christ, parce que rien ne lui manque de tout ce que la grâce comporte, de la même manière qu'on peut dire que la lumière du soleil est infinie, non pas selon son être, mais parce qu'elle a tout ce que comporte la lumière. T. 3, q. 7, a. 11.
589. (a). J.-C. a eu dejmis sa conception la plénitude de la grâce, soit d'une manière intense en lui-même, soit d'une manière extensive pour la communiquer aux autres. C'est certain. Pr. l) Nous l'avons vu plein de grâce et de vérité. (Jean. 1). 2) Plus un récipient s'approche de la source, plus il reçoit abondamment. Or, l'âme du Christ est unie à Dieu plus intimement que toute autre ; donc elle a eu la grâce au plus haut degré et de la manière la plus parfaite qu'on puisse l'avoir. De plus, l'âme du Christ recevait la grâce pour la répandre sur les autres, et il a fallu par conséquent, qu'il eût une très grande grâce, comme le feu qui est la cause de la chaleur est luimême très chaud. 3. q. 7, a. 9. et q. 34, a. A.
590. (6). Seul N. S. J -C. a eula plénitudede la grâce, d'une manière intense, c'est-à-dire, le plus excellent et le plus haut degré de l'essence de la grâce, et d'une manière extensive, c'està-dire pour la répandre sur tous et en produire en tous les effets; mais il y a une autre plénitude de grâce, considérée, non en ellemême, mais dans le sujet qui la reçoit; et ainsi, on dit que quelqu'un a la plénitudede la grâce,
quand il possède pleinement la grâce vu sa condition, soit d'une manière intense, selon la mesure marquée par Dieu, soit d'une manière étendue, par rapport à ceux auprès desquels il a une mission à remplir. Et cette dernière sorte de plénitude est communiquée par J.-C. aux autres et surtout à la B. Vierge Marie. Ibid. a. 10.
Comme J.-C. a eu toute la plénitude de la grâce dès le commencement, il est impossible que la grâce ait augmenté en lui de quelque manière. Ibid, a. 12.
591. (c). Jésus -Christ arec la grâce a eu toutes les vertus qui convenaient à sa dignité. C'est certain. De même que la grâce perfectionne l'essence de l'âme, de même les vertus perfectionnent ses puissances; et de même que les puissances de l'âme découlent de l'âme elle-même, de même les vertus découlent delà grâce. Donc, puisque la grâce de J.-C. a été 1res excellente, il s'ensuit que toutes les vertus en ont découlé. Cependant X. S. n'a pas eu la foi, car il voyait, ni l'espérance de la vision béatifique, dont il jouissait. Il espérait cependant ce qu'il ne possédait pas encore, comme la gloire de son corps. Il n'a pas eu non plus pour lui-même la vertu de pénitence, puisqu'il était impeccable. Voir nos 2028 et 2036. T. 3, q. 7, a. 2, a. 3, a. 4.
592. (rf) Puisque J.-C. était parfaitement guidé par le St- Esprit, il a eu d'une manière très excellente les dons de cet Esprit divin. C'est certain par ces paroles d'Isaïe : L'Esprit- Saint reposera sur lui,elc., v. n" 574. Sans doute il n'a pas eu la crainte d'être séparé de Dieu par une faute, ni la crainte d'être puni pour un péché, puisqu'il était sans souillure ; mais per-
JESUS-CHUIST. SON AME
sonne n'a eu, au même dei,'ré que lui, un sentiment de religion et de respect pour Dieu. ï.