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720. Cependant un homme peut conjecturer, dit St Thomas, qu'il a la grâce, s'il sent par exemple qu'il trouve son plaisir en Dieu et qu'il méprise les choses de ce monde, et s'il ne sent sur sa conscience aucun péché mortel. T. 1.2. q. 112.
721. 2° De l'inégalité de la justification. La grâce sanctifiante, ou la justice, si on la considère dans son objet ou dans sa fin, ne peut être ni moindre, ni plus grande, parce que la grâce en eîle-même unit l'homme au Souverain bien qui est Dieu.
Mais dans son sujet, c'est-à-dire, dans l'homme qui la possède, elle est susceptible d'accroissement, ou de diminution. Celui qui se prépare mieux à la grâce, la reçoit avec plus de plénitude, et Dieu dispense de diverses mauières les dons de sa grâce, afin de procurer par ces divers degrés la beauté de son Eglise. 1.2. q.
722. C'est de foi, que la grâce est conservée et augmentée par les bonnes œuvres : « Si quelqu'un dit que la justice, une fois reçue, ne se conserve pas et ne s'augmente pas devant Dieu par les bonnes œuvres, mais que les bonnes œuvres ne sont que les fruits et les signes de la justification obtenue, et non la cause de son accroissement, qu'il soil anat. )i T. Sess. 6, can. 24. Cet anathème est porté contre les protestants. Que celai qui est jusle, se justifie encore., d'il leSt-Esprit.
Ap. XXII. 1 1 . Il est donc au moins certain de par la foi, que la justice est inégale, v. n^Tll. Il est bien clair que du moment qu'elle augmente parles bonnes œuvres, et que les bonnes œuvres ne sont pas égales chez tous, la grâce ne peut pas l'être non plus.
723. 3" De l'Amissidilité de la Justice. — La justice se perd par tout péché mortel. C'est de foi contre Luther, qui enseignait qu'elle ne se perd que par Tinfidélité, et contre Calvin, qui prétendait qu'elle ne se perd pas même par l'infidélité. Pr. 1) Du jour où il aura péché, le juste ne pourra pas vivre dans sa justice.
£z. XXIII. 12. 2) Quelles horribles conséquences que celles de la doctrine contraire ! 3) « Si quelqu'un dit que l'homme, une fois sanctifié, ne peut plus pécher, ni per«lre la grâce, et que par conséquent celui qui tombe et pèche n'a jamais été justifié, qu'il soit anal. »Tr.Sess.6,can. 23.
72i. La charité kabituelle qui petit certainement augmenter, peut-elle diminuer? St Thomas enseigne qu'elle peut se perdre, comme c'est certain ; mais qu'elle ne peut proprement diminuer. Cette charité est l'œuvre de Dieu et non celle de l'homme. L'acte de l'homme s'il est gravement coupable, ruine la charité, à la(|uelle le péché morte! est contraire ; et il mérite que Dieu retire la charité du cœur de celui qui l'olTense gravcmenl ; mais ni la
LA GRACE HABITUELLE
cessalion des actes de charit(5 en dehors d'un précepte grave, ni les péchés véniels ne diminuent point la cliarité.
La charité, c'est l'amour de la lin dernière; le péché véniel, qui est un désordre dans l'emploi des moyens, qui tendent à la lin dernière, ne lui est pas contraire; c'est ainsi qu'un malade qui aime fort la santé, ne perd pas cet amour pour avoir un peu négligé de garder la dièic prescrite. D'ailleurs celui qui pèche véniellement ne mérite |)as que Dieu lui relire la charité, car il ne se détourne pas de sa lîn der- "nière; et Dieu ne se détourne pas plus de nous, que nous nous détournons de lui. Donc à proprement parler, la charité ne diminue pas directement; on peut cependant appeler diminution indirecte de la charité, la disposition à la perdre qu'amène le péché véniel, ou la cessation des œuvres de charité. T.
725. i II. Du MÉRITE. — Considéré d'une manière abstraite, le mérite, c'est la valeur d'une œuvre bonne, qui rend cette œuvre digne de récompense. L'œuvre qui a cette valeur s'appelle œuvre méritoire. Les philosophes prouvent que l'homme étant libre peut mériter ; mais si une œuvre est purement naturelle, sa récompense ne peut être que naturelle. Il s'agit ici du mérite surnaturel qui, envisagé d'une manière concrète, se définit : Une œuvre bonne faite pour le service de Dieu, et capable de porter Dieu à donner une récompense surnaturelle. On distingue le mérite essentiel qui n'est autre que le mérite de J.-C, et le mérite participé, qui est celui que l'homme peut acquérir; et c'est de ce dernier que nous devons parler ici, d'abord en général, et ensuite en particulier.