II. A la société elle-même
Article I". — La religion avec le calte intérieur et extérieur est nécessaire à l'homme privé.
55. Celte proposition eslincontestable, si : 1° Dieu existe, et 2° si l'hommepeut etdoitlui rendre le culte soit intérieur, soit ex-
RELtGIOX
lérieur ; or, il en est ainsi.
i^Prouvons d'abord la première partie de la mineure: Dieu, c'està-dire un être indépendant^ nécessaire, cause de tous les autres êtres, existe. On l'élablit par plusieurs sortes d'argu men ts : 1 ) .Parmi les arguments métaphysiques londés sur la nature des choses, nous en choisissons deux seulement, {a) Tout être en ce monde est contingent, ou non nécessaire ; il ne porte pas en luimême la raison suffisante de son existence, il fautdonc absolument qu'il existe un être nécessaire qui ait produit tous les êtres contingents ;
(b). Il n'y a point d'effet sans cause, or le monde est plein d'effets. Ils ont donc une cause, qui est elle-même l'effet d'une autre cause, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on arrive à la cause première, qui n'est effet d'aucune autre cause, et sans laquelle il n'y aurait aucune autre cause, ni aucun effet .
2). Argument physique. — Il règne dans le monde un ordre admirable, une beauté qui ravit; donc si une maison bien disposée, si une horloge bien réglée supposent un être intelligent qui les a faites, à plus forte raison la structure merveilleuse du monde suppose-t-elle une intelligence suprême! Le même argument peut se tirer de l'admirable disposition du corps humain.
o). Arguments moraux. — Le premier se prend de la conscience humair.e qui se sent réglée par une loi, et celle loi suppose nécessairement un législateur qui domine l'homme. Le second se tire du consentement de tous les peuples, soit anciens, soit modernes, soit civilisés, soit barbares. L'athée abdi(iue donc le sens commun et la raison universelle.
2" Prouvons la seconde partie de la mineure, savoir que l'homme peut et doit rendre à Dieu un cul te soit intérieur, soit extérieur.
1). // le peut. De l'acte on peut conclure à la possibilité, or tous les peuples et tous les hommes sages rendent à Dieu l'un et l'autre culte. Donc l'homme peut le faire. Du reste qui empêche l'homme de se servir de sa raison pour connaître Dieu à l'aide de ses œuvres admirables, de se servir de sa volonté pour l'aimer, de sa langue pour le bénir?
Non seulement rien ne s'y oppose; mais l'homme acquiert, par ce culte, sa perfection, en connaissant la vérité suprême, en aimant le souverain bien, ce qui le préserve de l'amour charnel, et en réglant ses actes selon cette connaissance et selon cet amour divin.
2). L'homme doit à Dieu ce double culte. C'est ce qui ressort de la nature même des choses.
Dieu est le premier maître, il a donc droit à l'obéissance. Il est le premier Père, on lui doit donc le respect ; il est tout-puissant et nous sommes faibles, il faut donc réclamer son secours ; il est ' le bienfaiteur suprême, il mérite donc la reconnaissance ; il est le souverain bien, il est donc digne de toul amour. Et ces sentiments, l'homme, à moins qu'il ne soit hypocrite, doit les manifester extérieurement. C'est dans sa nature, en effet, d'exprimer au dehors les sentiments qui l'animent. Du reste, puisqu'il est âme et corps, il doit par l'âme, comme par le corps rendre à Dieu ses devoirs.
Une seconde preuve nous est fournie par le sens commun de tous les hommes, qui tous, sauf de monstrueuses exceptions, partout et toujours, en rendant à la divinité un culte intérieur et ex-
RELIGION
térieur, ont reconnu la nécessilé (le l'un et de l'autre. D'ailleurs, Dieu lui-même ne peut dispenser l'homme de lui rendre des devoirs qui sont fondés sur la nature même des choses : Dieu ne peut pas changer la nature.
Art. II. La religion est nécessaire à la société.
56. La nature de l'homme demande qu'il vive en société; et la société humaine dépend de Dieu comme un individu; donc, en tant que société, elle lui doit un culte d'obéissance^ de respect et de gratitude. L'homme a d'ailleurs besoin d'un culte public pour alimenter en lui le culte intérieur. Il doit à ses semblables l'exemple de la vertu, de la religion par conséquent. — En outre, que deviendraient les lois sans les mœurs? De l'aveu des incrédules et des païens eux-mêmes, sans religion la société est impossible; donc les athées et les panthéistes sont les ennemis et de Dieu, et de leur âme, et de la société.