TRAITÉ IL DE LA VRAIE RELIGION
59. La religion peut être divisée en naluvelle et en surnalurelle. ha première serait celle qui nous fournirait par rapport à Dieu, des connaissances et un culte conformes à la raison. La seconde est celle qui nous est connue d'une manière surnaturelle, et qui nous révèle des dogmes ou des devoirs que la raison ne saurait découvrir.
Quoi qu'en pensent les déistes, nous n'avons pas à nous occuper de la religion naturelle, car 1) elle n'a jamais existé, comme nous nous en convaincrons en parlant de la révélation ; et elle n'existe pas davantage de nos jours. 2) Bien qu'absolument parlant la raison humaine puisse découvrir sur Dieu et nos devoirs envers lui, certaines con naissances naturelles, de fait les philosophes (mt errépresquesur toutes les plus importantes vérités de l'ordre naturel. Il est très difficile, en efîet, à la raison immaine, obscurcie par les passions et les préjugés, de connaître facilement, sûrement, et fermement les vérités de l'ordre naturel. Nous avons à ce sujet l'aveu du fameux déiste Rousseau :
« Je consultais les philosophes, je feuilletais leurs livres ; j'examinais leurs diverses opinions ; je les trouvais tous fiers, affirmatifs, dogmatiques même dans leur scepticisme prétendu ; n'ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns des autres, et ce point commun à tous, me paraît le seul sur lequel ils ont tous raison. » (Em., tom. II[, p. 21).
Il faut donc rechercher la religion surnaturelle ou révélée qui fait l'objet de ce traité, et nous devons la considérer d'abord d'une manière abstraite, c'est-à-
dire indépendammentde son existence, et ensuite d'une manière concrète, c'est-à-dire en tant qu'existante.