‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 245 sur 459 · LE CIEL · texte numérisé non relu

LE CIEL

en lui-même.

1700. Or, I cette vision est possible dans la patrie, puisque c'est de foi que les bienheureux en jouissent; et même dans la voie, puisque Jésus-Christ en a joui sur la terre.

Il est probable que Marie, pendant sa vie mortelle, a joui (juelâuefois de la vision intuitive de ieu. Quelques-uns l'affirment même de St Paul et de Moïse ; mais d'autres le nient. Quoiqu'il en soit, c'est de foi que l'homme ne peut pas en celte vie atteindre la béatitude finale, au même degré que dans l'autre. Le contraire a été condamné dans les Béguards par le Concile devienne ; et c'est certain que sans un privilège spécial de Dieu, un homme ne peut pas voir l'es-

sence divine, à moins qu'il ne soit sépar 13, a. H

soit séparé de celte vie.

qu H T. I,

1761. Uintellect créé ne peut pas voir Dieu intuitivement, sans une lumière, qui l'élève et le fortifie. C'est de foi, d'après le Concile de Vienne contre les Béguards, qui disaient querâme n'a pas besoin d'être élevée par la lumière de la gloire pour voir Dieu et jouir bienheureusement de lui; proposition qui a été condamnée par le Concile. Puisque la vertu naturelle d'une intelligence créée, ne suffit pas pour voir l'essence de Dieu, il faut donc que, par une grâce divine, une puissance de comprendre lui soit surajoutée. Celle augmentation de la puissance de comprendre, s'appelle illumination, et c'est celle lumière qui rend les bienheureux déiformes, c'est-à-dire semblables à Dieu, d'après ces paroles : « Lorsqu'il aura apparu nous serons semblables à lui. » T. I, q. 12, a. 5.

1762. l\ faut remarquer, comme l'observe le saint Docteur,

que celle lumière de la gloire, n'est pas une espèce, ou une représentation de Dieu : car rien ne peut représenter Dieu ; celle lumière ne rend pas non plus Dieu intelligible, car Dieu est souverainement intelligible; elle n'est pas une intermédiaire entre Dieu et l'àme, car la vision est immédiate, cependantelleest un moyen qui aide l'àme et la rend capable de voir Dieu, et par lequel l'intelligence est disposée, élevée et fortifiée pour la vision de Dieu. Ce n'est pas quelque chose d'incréé, comme le veulent quelques-uns, car tout ce qui existe est ou une créature ou Dieu ; et comme cette lumière n'est pas Dieu lui-même, mais un don gratuit de Dieu, c'est donc nécessairement quelque chose de créé. Ce n'est pas non plus quelque chose d'actuel , comme le soutiennent quelquesuns, mais quelque chose d'habituel. De là, il ressort que la gloire est le complément de la grâce et du même genre que la grâce.

Comme la grâce, la gloire élève l'âme à la connaissance et à l'amour surnaturels; mais elle diffère de la grâce quant à la manière, car elle est plus parAiile, et elle est la consommation de la grâce. Maintenant nous voyons à travers un miroir ; mais alors, nous verrons face à face. (I. Cor.

1763. II. Les bienheureux jouissent, aussitôt après le jugement particulier, ou aprèsle purgatoire, de la vision bcalifique, claire et immédiate d'un seul Dieu en trois Personnes. Toutes les parties de celte proposition sont de foi. Voy. n" 1717. Pr.

1) Nous le verrons tel qu'il est.

I Jean, III, 2. V. aussi le texte cité au n" 1762. 2) Par la définition suivante de lienoîl XII : « Les Bienheureux voient la divine es-

DIEU CONSOMMATEUR

sence, sans qu'aucune créature serve d'intermédiaire entr'eux et l'objet vu ; mais la divine essence se montre elle-même à nu à eux, immédiatement, clairement et ouvertement. En voyant ainsi cette divine essence, ils en jouissent ; et cette vision et cette jouissance rendent leurs âmes vraiment bienheureuses; et bannissent d'elles les actes de foi et d'espérance. Cette vision et cette jouissance se prolongent, sans interruption et sans relâche ; et elles se continuent ainsi jusqu'au jugement et après le jugement durant toute l'éternité ».

176-4. III. Des conséquences de cette vision. 1) Non seulement la vision de Dieu exclut l'ignorance et l'erreur; mais encore les bienheureux voient en Dieu, tout ce qui est nécessairement en Dieu, comme la Trinité, l'Unité et tous les attributs ; et c'est là l'objet priiy^ipal de la vision.

Ils ne comprennent pas cependant toute l'essence divine; car il est de foi que Dieu est incompréhensible. Mais avec Dieu, ils voient toutes les créatures qui existent, et tout ce qui se rapporte à leur propre état. Ils ne connaissent pas cependant toutes les créatures possibles, car ce serait comprendre Dieu entièrement ; ils ne connaissent pas non plus les secrets des cœurs, à moins que Dieu ne les leur révèle, S. 95 ; c'est l'opinion commune. Les bienheureux voient tout ce qu'ils connaissent dans le Verbe, c'est-à-dire, dans l'essence divine,en laquelle préexiste la ressemblance de toutes choses. T. I, q. 12, a. 9.

1765. 2) Connaissant Dieu parfaitement, ils l'aiment nécessairement d'un amour surnaturel ; c'est pourquoi ils sont impeccables. D'après quelques-uns, celte impeccabilité vient de la

vision béatifique elle-même ; selon d'autres, elle vient d'un privilège spécial de Dieu. En Dieu, ils aiment les autres bienheureux et se réjouissent de leur béatitude. Ils jouissent donc des biens de Dieu et de tout le ciel ; par conséquent là-haut, il n'y aura plus ni deuil, ni douleur, ni crainte de perdre le souverain Bien. Seigneur, montrez-nous votre Père et cela nous suffit. Je serai rassasié lorsque apparaîtra votre gloire !

1766. IV. Des propriétés de la vision de Dieu et de la béatitude.

1) La vision est éternelle et continue, c'est de foi. Je crois à la vie éternelle. V. n° 1763. Les justes iront à la vie éternelle. Marc.

XXV, 46. La béatitude parfaite est la fin de l'homme, à laquelle il tend nécessairement. Or, Dieu ne donne pas aux créatures une inclination vaine, car il n'y a rien de vain dans les œuvres d'un sage. Et d'ailleurs, il n'y a point de béatitude parfaite, si on peut la perdre, ou l'interrompre; donc la béatitude est éternelle et continue.

1767. Les dots, ou les qualités des bienheureux, d'après bl Thomas, sont des ornements de l'àme, que l'Epoux divin donne à ses épouses, en les introduisant au ciel, et qui les disposent à l'opération en laquelle consiste leur béatitude essentielle. Ces qualités sont au nombre de trois, répondant aux trois vertus théologales, la vision qui correspond à la foi; la compréhension qui succède à l'espérance ; et la fruilion qui couronne la charité. Ces qualités de l'âme, en rejaillissant sur le corps, lui communique les qualités des corps glorieux.

T. suppl. q. 95, a. 5

1768. 2) La béatitude n'est pas égale ; c'est de foi contre Jovinien et Luther. Pr. 1) Dans

Lès SaInïs

ta maison de mon Père, il y a plmieurs demeures. Jean. XlV, 2. Ces diverses demeures sont, d'après St Thomas, les divers degrés de la béatitude ; 2) par le concile de Florence, qui définit que « les bienheureux voient Dieu plus parfaitement les uns que les autres, selon la diversité des mérites, » 3) par la raison :

le Seigneur est juste. D'où naît l'inégalité de la vision béatifique?

Les uns disent, comme les Thomistes, qu'elle vient seulement 'de l'inégalité delà lumière; d'autres avec les Scotistes disent qu'elle vient et de l'inégalité de la lumière de la gloire et en même temps de la perspicacité, plus ou moins grande de l'intelligence.

1769, Outre la gloire essentielle qui consiste dans la jouissance de Dieu et qui est commune à tous les saints, bien qu'inégalement, quelques saints auront de plus que les autres une gloire acddenlelle. qui comme le dit St Thomas, I, q. 96, a. 4., est la joie que cause un bien créé.

Or, une des gloires accidentelles est Vauréole, mot qui signifie petite couronne d'or. C'est la joie qu'auront les bienheureux des œuvres saintes qu'ils ont faites, et qui leur ont fait remporter des victoires excellentes. T.

suppl. q. 96, art. 1.)

Gomme l'enseignent communément les théologiens, après St Thomas, il y a trois auréoles ; celle des martyrs qui ont triomphé du monde, celle des vierges qui ont triomphé de la chair, et celle des docteurs qui ont vaincu le démon. L'auréole qui, comme la gloire essentielle, est propre à l'àme rejaillira sur le corps glorieux après la résurrection. Sur les fruits, voir le n° 2093.

mo. I II. Des rapports des

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