LES SUFFRAGES
au moins efficaces en tant qu'impétratoires, et probablement en tant que salisfactoires. T. sup. q. 71. a. 'A.
B. no 67. Quelques-uns disent qu'il suffit, pour que les prières aient cette valeur, qu'elles soient instituées par l'Eglise ; d'autres veulent de plus qu'elles soient récitées au nom de l'Eglise, par un ministre députépar elle. (Cr. 4511.^
1740. Le docteur angélique ajoute, que les suffrages des pécheurs ne servent pas aux morts, à moins qu'ils ne soient ordonnés par un autre ayant la charité, par l'Eglise par exemple, ou par quelque homme privé. Mais bien que la prière d'un pécheur ne soit pas méritoire, elle peut cependant être impétratoire, parce que le mérite repose sur la justice, mais l'impétration sur la grâce. T. 2. 2. q. 83, art. 1(5, ad. 2. Voilà pourquoi il faut exhorter vivement tous les fidèles à prier pour les défunts. Est-il louable d'appliquer toutes ses satisfactions à d'autres 1 Plusieurs le nient ; mais plusieurs l'affirment plus probablement. Pie IX a enrichi d'indulgences l'acte que l'on appelle vœu héroïque, et par lequel on renonce à toutes ses satisfactions pour les appliquer aux défunts. (1)
Il fautajouter que plus probablement les âmes du purgatoire prient pour ceux qui les aident, et que certainement elles prieront encore, lorsqu'elles seront dans le ciel. Donc, donnez et l'on vous donnera.
1741. Donnez en appliquant aux défunts le fruit de vos bonnes œuvres, car il est requis que l'application des suffrages spéciaux, soit faite par quelqu'un qui soit encore dans la voie; et cette application doit précéder l'acte salisfactoire ; cet acte doit être nécessairement bon, et par conséquent volontaire. De plus, le catéchisme romain ajoute « Que les œuvres que l'on entreprend en vue de satisfaire pourles autres doivent être capables de nous imposer quelque douleur et quelque peine. Or, outre le sacrifice de la messe que le concile de Florence indique expressément, v. n" 1732, toutes les œuvres salisfactoires peuvent se rapportera trois classes principales, savoir : la prière, le jeûne et l'aumône qui correspondent
(1) Par ce vœu, on renonce, au profit des âmes du purgatoire, à toutes les indulgences applicatiles aux défunt.s ou non; mais on y satisfait lors même qu'on no remet pas tout enti'i' les mains de la Ste Vierge et qu'on fait soi-même l'application à une âme quelconque ; un prêtre qui a la faveur de l'autel riviléi^id doit même en appliquer l'indiilpence à l'âme pour qui il célèbre. D. C. In. B. U. 1048.
aux trois biens que nous avons reçus de Dieu, et qui sont les remèdes les mieux appropriés à la triple concupiscence » Cat. R. ibid lOi. Les indulgences applicables aux défunts, leur servent aussi comme il a été dit no 1171 etsuiv.
1742. De la part de celui qui reçoit les suffrages, il est nécessaire qu'il en ait besoin au moment même, où les suIVrages lui sont appliqués, et non à l'avenir. Il faut en outre qu'il soit en état de grâce, et que le péché véniel pour lequel il a besoin de satisfaction soit remis. Mais, d'après un grand nombre de théologiens, il n'est pas nécessaire qu'il connaisse, ni qu'il accepte ces suffrages. Les suffrages qui ne sont appliqués à personne, servent à celui qui les offre, ou entrent dans les trésors de l'Eglise. Cr. 4518.
Art. II. — De l'enfer.
1743. L'enfer est un lieu oi^i sont renfermés les réprouvés aussitôt après leur mort, pour subir des peines éternelles. On ne sait pas d'une manière certaine où est l'enfer ; mais on enseigne communément qu'il est sous terre. D. T. suppl.q.07.a.7.
Nous allons parler de l'existence de l'enfer et des supplices des damnés.
17i4. § I. De l'existence de l'enfer, [j'en fer existe et les peines de V enfer sont éternelles. Les deux parties de la proposition sont de foi; la première contre les rationalistes et les Sociniens, d'après le Concile de Florence n" 1717, et la seconde contreles Origénisles condamnés par le cinquième Concile général. — Pr. 1) : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel.
Mat. XXV, 41.; 2)Par renseignement de tous les saints Pères et par la tradition manifeste ; 3) Par le symbole de St Athanase :
Ceiix qui ont fait le bien, iront à la vie éternelle, ceux qui ont fait le mal iront dans le feu, éternel ; 4) Par la raison : Dieu est juste, les méchanis ne sont pas toujours punis dans cette vie, il faut donc qu'ils le soient dans
DIEU CONSOMMATEUR
l'autre. Le péché, à cause de la dignité de Dieu qu'il offense, a quelque chose d'infini ; donc il lui faut une peine proportionnée et par conséquent éternelle. Ensuite, la peine n'est pas remise, sans que la faute soit effacée par la pénitence; or, les damnés étant en dehors de la voie, ne peuvent plus se repentir : donc leur peine demeurera autant que la coulpe, c'est-à-dire éternellement. Quelle serait la sanction suffisante de la loi divine, s'il n'y avait pas un enfer éternel?
Le pécheur pourrait mépriser les volontés de Dieu , et cependant être heureux un jour. D'ailleurs la bonté de Dieu n'est autre chose qu'une aversion souveraine pour le mal, et la miséricorde divine n'enlève pas à la justice ses droits. Aussi l'existence de l'enfer est-elle attestée par la tradition de tous les peuples.
1745. § IL Des peines de l'enfer. L Des diverses espèces de peines. « Dans le péché, dit St Thomas (1,2, q. 87, a. 4),ilya deux choses, d'abord l'aversion du bien immuable, et ensuite la conversion désordonnée vers le bien muable. A l'aversion correspond la peine du dam, qui est la perle du bien infini, c'est-àdire de Dieu ; à la conversion désordonnée correspond la peine du sens. »
1746. \^ De la peine du dam.
Celte peine est certaine, d'après ce que nous avons dit : Relirezvous de moi, maudits, etc. Le pécheur s'est éloigné de Dieu par le péché, et le péché n'a pas été détruit; donc l'éloignement reste. Et cette peine est infinie, comme nous l'enseigne le St Docteur, elle est donc de toutes la plus grande ; elle est indicible; elle est aussi grande que Dieu est grand. Les damnés ont
conscience de cette perle (car celle perte ne peut faire leur tourment, qu'autant qu'elle est connue); et c'est la conscience qu'ils en ont qui fait leur peine essentielle.
174.7. Il faut remarquer que, d'après St Thomas, les entants morts sans baptême ne souffrent
Eas de la privation de la vue de ieu ; car ils ignorent la gloire ; et ils ne blasphèment pas Dieu ; laproposiliondanslaquelleBaïus affirmait que les enfants blasphèment Dieu a été condamnée.
Voyez ï\^ 546. Quant aux damnés, dit St Thomas, la détestation de la justice divine est, en eux, un blasphème intérieur; et il est à croire qu'après la résurrection, la langue des damnés blasphémera Dieu, comme celle des saints le bénira. » (2, 2, q.
1748. En perdant Dieu, les damnés perdent tous les biens surnaturels. Les dons naturels, comme l'intelligence et la volonté leur restent, comme nous l'avons dit des démons n° 451 ; mais ayant perdu irrévocablement leur fin dernière, ils sont éloignés du bien ; ils s'attristent du bonheur des élus, quoiqu'ils ne le voient que d'une manière imparfaite; ils désirent que tous soient damnés, et s'attristent davantage lorsqueles étrangers sont sauvés, que lorsque leurs parents le sont. Ils connaissent le mal qu'ils ont fait et le bien qu'ils ont perdu ; et ils en sont tourmentés. Ils ne pensent à Dieu qu'en tant qu'il les punit ; et ils haïssent les effets de sa justice.
Ils cherchent toujours le mal (sans démériter néanmoins); et c'est là un de leurs châtiments.
(T. III suppl. q. 98).
Par rapport à leur fin dernière, ils n'ont pas la liberté de nécessité ; mais ils sont affranchis de
LENFER
la coaction, et aussi en une certaine manière de la nécessité, puisqu'ils peuvent faire certaines choses, ou ne pas les faire, et vouloir des actes didérents : V.
1749. Le lien de la charité étant rompu, pour eux, avec Dieu, il est rompu avec toute l'Eglise du ciel, de la lerre et du purgatoire. Ils ne peuvent donc pas, sans la permission de Dieu, apparaître aux vivants; les bienheureux n'ont pas compassion de leurs peines, et c'est en vain que les vivants prient pour les réprouvés.
1750. 2° De la peine du sens.
C'est le juste châtiment de l'attachement du pécheur au bien muable. Lacrea/M;'c,aiméed'une manière coupable^ s'armera contre les insensés; en sorte que leur peine sera multiple, comme l'a été la créature aimée d'une manière criminelle. T. suppl.
q. 97, a. 1. (a) La principale peine est celle du feu. Les damnés seront tourmentés par le feu; quoique ce ne soit pas de foi, c'est certain d'après tous les arguments rapporlés au n" 1744-.
iloi. Est-ce que ce feu sera corporel ? Si Thomas l'affirme, car il n'y a point de peine quipuisses'adapterconvenablemenlau corps, si elle n'est corporelle; et il ajoute, que la nature du feu de l'enfer est de la même espèce que celle du feu terrestre, bien que le feu de l'enfer ail des propriétés diflërentes; car il n'a pas besoin d'être allumé, ni entretenu pardes combustibles. (Sup.q.
97, a. 0, et a. 6). C'est le même feu qui tourmente les démons et les âmes séparées; bien que ces dernières n'aient pas leurs puissances sensitives, d'après ce que nous avons dit au no 17^4; et il tourmentera leur corps, après le jugement général. La diversité dénature entre l'àme et le corps, n'empêche pas l'âme d'être la forme du corps ; donc elle ne doit pas empêcher non plus qu'un corps fasse soulfrir l'àme. Ibid.
70, a. 3. Mais comment l'àme sans la puissance sensitive peut-elle souffrir d'un feu corporel ? SI Thomas répond . « que, par sa nature, le feu peut être
uni à un esprit, comme le lieu est uni à ce qui est placé dans ce lieu; et en tant qu'il est instrument de la justice divine, ce feu a le pouvoir de retenir l'àme comme enchaînée ; et par là, il est nuisible à l'âme qui, voyant que ce feu lui est nuisible, en est par là-même tourmentée. >> Quelques-uns soutiennent que le feu des damnés leur est intrinsèque; mais nous ne savons si cette opinion a quelque probabilité. B. de angelis. 74. Qu'on remarque, du reste, que d'après une décision de la S. Pénitencerie, en date du 30 avril 1890, on ne peut absoudre un pénitent, qui après avoir été instruit, persisterait à soutenir, que le feu de l'enfer n'est pas réel ; mais métaphorique.
1752. (b) Outre la peine du feu, il y a dans l'enfer d'autres peines. St Thomas dit qu'après le jugement général, Dieu jettera dans l'enfer toutes les choses ignobles, pour servir de supplice aux damnés. L'«nù"(??'s combattra avec lui contre les insensés. Sap. V. Le saint Docteur dit que le ver, dont parle l'Evangile, n'est autre que le remords de la conscience; tandis que d'autres l'entendent d'un ver réel.
Mais en enfer il y aura vraiment des pleurs, qui viendront du trouble de la tête et des yeux, mais sans que les damnés répandent des larmes ; car les corps des damnés seront incorruptibles; et si leurs humeurs se répandaient en larmes, leurs corps seraient détruits.
1753. Il y aura en enfer des ténèbres corporelles ; mais par la disposition de la Providence, il y aura suffisamment de lumière pour voir ce qui peut tourmenter l'àme. Ibid. q. 97, a. 1 et suiv.
1754. 11. Des propriétés des PEINES. 1° Sont-elles égales? En durée, elles sont cerlainement égales, puisqu'elles sont éternelles ; mais en intensité, elles ne sont pas égales, c'est certain.
Dieu est juste; donc il rendra à chacun selon ses œuvres.
1755. 2° Ces peines seront-elles mitigées? Elles ne seront pas mitigées en ce sens qu'elles cesseront, cesl de foi ; mais ces peines demeurant éternelles, subiront-elles quelque miligalion?
On peut l'affirmer sans hérésie; mais c'est à peine probable. 11 est plus vrai qu'il n'y aura aucune miligatioti future. E7i enfer il n'y a aucune rédemption.
Et jamais une goutte d'eau ne
DIEU CONSOMMATEUR
descendit sur la langue du mauvais riche. « Cependant on peut dire probablement que la miséricorde divine s'exerce, même à l'égard des damnés, en ce sens qu'ils ne sont pas punis en rigueur de justice. » T. sup. q. 99, a. 2, ad. 1. Délivrez-moi Seigneur de la mort éternelle dans ce jour redoutable, où les cieux et la terre seront ébranlés !
Art. m. — Du ciel.
1756. Le ciel est un lieu, où Dieu manifeste sa gloire, et se fait voir lui-même dans son essence à ses saints. L'Ecriture atteste manifestement que le ciel est un lieu défini ; mais elle n'indique pas précisément où il se trouve. Cependant les Saints Livres indiquent, en divers endroits, que le ciel est un lieu élevé au-dessus de la terre. Si par le ciel, on entend la béatitude, la béatitude est partout où se trouve le bienheureux ; et comme les damnés portent avec eux leurs tourments sur la terre, de même partout les anges gardiens voient toujours la face du Père.
Nous allons parler Lde la béatitude des élus, II de leurs rapports avec les hommes.
1757. § I. De la béatitude DES Elus. La béatitude, c'est l'état parfait par l'assemblage de tous les biens. La béatitude de l'homme suppose et exige le bien de l'àme et celui du corps. Nous parlerons de la béatitude du corps au n^ 1805. Il est question ici de la béatitude de l'àme séparée. Cette béatitude de Tàme séparée pourrait être naturelle; et la béatitude naturelle consiste dans une possession du souverain bien , proportionnée aux forces naturelles , c'est-à-dire, dans une connaissance de Dieu abstraite des créatures , mais
plus ))arfaite qu'en ce monde, et dans l'amour naturel de Dieu par-dessus tout, accompagné de la cessation de toute douleur. L'àme séparée a une béatitude surnaturelle, qui consiste dans la vision intuitive, (non pas des œuvres de Dieu) , mais de son essence même, et dans l'amour et la jouissance qui suivent celte vision.
1758. La béatitude objective n'est autre chose que ce qui rend l'homme heureux. Or, il est philosophiquement certain que Dieu est la béatitude objective de l'homme. Dieu seul, en effet, est le souverain bien de l'homme et sa fin dernière, comme il est son premier principe. Il est démontré du reste, par l'expérience, que l'homme ne peut pas trouver sa béatitude dans un être créé, ni dans la fortune, ni dans les plaisirs du corps, ni dans les honneurs du monde. A plus forte raison. Dieu seul est-il la béatitude surnaturelle de l'homme.
1759. La béatitude subjective est le repos de l'àme, qui possède la béatitude objective; et c'est d'elle qu'il est question ici.
La principale béatitude de l'homme est dans l'intelligence; car c'est principalement par l'intelligence que l'homme est homme. Les Thomistes disent, qu'elle est entièrement dans l'intelligence ; d'autres disent que la béatitude n'est pas seulement dans la vision, mais encore dans l'amour de Dieu, et la jouissance qui en résulte. En tant que surnaturelle, la béatitude ne consiste pas dans la connaissance de Dieu abstraite des créatures, cest de foi contre les Palamites; et c'est ce qui ressortira encore mieux de ce que nous dirons; mais bien dans la vision intuitive de Dieu, ou dans la vision de l'essence de Dieu tel qu'il est