DU GOUVERNEMENT DU MONDE
401. Il est de foi que la Providence conserve et gouverne tout, V. n" 34(>. Le gouvernement, suppose la disposition des choses, par rapport à leur fin.
Celte disposition est en Dieu, qui connaît dans ses idées ce qui, dans son essence, est communicable aux créatures, quelle est la fin de tout être créé, et quels moyens doivent le mener à cette fin. Cette disposition considérée en Dieu est une conception divine, et par conséquent éternelle; c'est la loi éternelle, car la raison de celui qui gouverne une communauté s'appelle loi. Or, comme Dieu gouverne l'univers, sa raison est la loi éternelle des êtres. Le gouvernement, c'est l'application de la loi éternelle, ad extra, au monde.
Dans l'être intelligent, celle application se fait par la raison qui est une sorte de participation à la raison de Dieu ou à la loi éternelle, dictant à cet être ce (ju'il doit faire et ce qu'il doit éviter pour atteindre sa fin ; et elle s'appelle loi naturelle, car c'est la nature qui l'a mise dans l'être raisonnable ; elle incline du reste cet être à tendre vers une fin conforme à sa nature. Mais celle participation à la raison éternelle ne peut être que limitée dans un être fini tel que l'homme.
40"2. De même que l'intellect spéculatif connaît seulement les premiers principes, et que l'homme a besoin du raisonnement pour découvrir les sciences ; de même l'intellect pratique ne connaît que les premiers principes, qui doivent diriger l'homme vers sa (in; en sorte que l'homme, pour en bien tirer les conclusions, a besoin du raisonnement, ou d'une autre loi positive, qui lui soit tracée par la raison mieux cultivée d'autres hommes.
40;). Dieu gouverne aussi ies êtres»
sans raison ; mais comme ils sont incapables de connaître leur lin, et les moyens de l'atteindre : ce gouvernement fondé aussi sur la loi éternelle ne peut s'appeler loi que par analogie. Les animaux sont conduits par l'estimative,
DIEU CREATEUR
ou par la connaissance sensitive, qu'on nomme vulgairement l'inslinct. et par rai)iiétit sensitil' (|ui agit nécessairement. Les corps participent aussi d'une certaine manière à la loi éternelle, en tant que sous l'impression de cette loi, ils ont des inclinations non libres, mais ni'cessaires qui les])ortftnl aux actes et aux lins qui leui- sont propres. Tout ce que nous disons ici est de St Thomas. •), 2, q. 111, a. 2. 11 e.st donc clair i|ue la loi éternelle est !a règle et la mesure de fous les êtres, et que toute loi doit lui être conforme, sans quoi elle serait injuste.
404. Le jronvernement de Dieu, si on le considère du côté de Dien lni-m(*'mft est libre comme In création et non nécessaire; mais supposé la créalion, il est impossible qu'un être se puisse soustraire au ç^ouvernejnent divin, autrement il ne serait plus un être.
■iO."). Dieu ne peut pas clian.çer la nature des clioses corporelles d'après ce que nous avons dit n°o38; mais il peut changer leurs opérations qui se distinguent réellementde leur nature.
Il peut donc, l'essence du monde étant sauvegardée, changer Tordre du monde, car cet ordre n'est aulre chose «pie l'opération régulière et conslanle des choses contingentes de ce monde, opération qui se distingue de leur essence, et qui, par là même qu'elle est régulière et constante prend le nom de loi, mais dans un sens impropre ; et le monde, qui subit, par des miracles, ce changement accidentel, bien loin de s'écarter de sa fin, qui est la manifestation de la gloire de Dieu, l'atteint d'une manière plus efficace.
406. Quant à la loi naturelle, comme elle dirige l'homine vers sa fin nécessaire, (jui est Dieu, elle est absolument immuable dans ce qui regarde directement cette fin. Ainsi Dieu ne peut pas faire que le blasphème, ou que la haine de Dieu, s«it j)ermis.
Quant aux choses, qui ne s'opposent pas directement à la fin de l'homme, la loi naturelle ne peut changer non plus, puisqu'elle est l'ondée sur la nature raisonnablede l'homme, laquelle est une participation à l'élernelle raison de Dieu. Et Dieu ne peut changer la nature des choses.
V. n"^ 328 et 338. Dieu ne peut donc pas faire que l'homme agisse licitement, en allant contre sa raison. Mais commel'acle de l'homme a ordinairement un objet extérieur. Dieu peut écarter de cet objet extérieur les conditions qui le rendent contraire à la raison, par exemple il peut enlever à un homme le droit qu'il a sur cet objet; et, ce droit une fois enlevé, la raison n'empêche plus à un aulre boinmede s'emparer de ce même objet. Les Hébreux ne se rendirent donc point coupables de vol, quand, par ordre de Dieu, ils emportèrent les vases précieux des Egyptiens.
407. Quel(|uefnis aussi l'obligation d'un précepte de droit naturel cesse, (et c'est la raison qui le fait comprendre), quand un autre précepte d'un ordre supérieur oblige en même temps ; par ex. je ne suis pas tenu de rendre une épée à celui qui l'a déposée chez moi, et, qui la réclame pour me tuer; car l'obligation de conserver ma vie l'emporte sur celle de rendre un dépôt; cependant les circonstances changeant, je serai obligé de rendre l'épée. Les circonstances changent, la loi ne change pas.
408. Ainsi donc dans l'ordre de la nature, tout est gouverné par Dieu; tout tend vers sa lin, qui est la gloire de Dieu. Si un être particulier s'en écarte, cela ne (ait point une objection contre la providence de Dieu, qui da mal physique sait tirer le bien de
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la créature raisonnable, el qui fait éclalersa jiislice à propos du mal moral lui-même, v. n^ 312, et suiv. Cependant il ne peut pas se faire que tous les êtres de même espèce n'alteie:nent pas leur fin, autrement les vues de la sagesse divine ne seraient pas atteintes. Ainsi il ne peut pas se faire que tous les yeux soient aveugles.
409. Ce que nous avons dit de l'ordre naturel s'applique cà pius forte raison à l'ordre surnaturel, qui est la direction de l'être intelligent vers une fin qu'il ne peut atteindre par ses forces naturelles, puisqu'elle est la participation à la Béatitude divine,
en voyant face à face l'essence divine. Fin sublime à laquelle ni l'homme ni l'ange ne peuvent avoir, par nature, aucu-n droit, et qui exige des moyens en rapport avec son élévation, et surnaturels par conséquent. L'état surnaturel se nomme aussi l'état de grâce et le concours de Dieu nécessaire pour y élever, pour le conserver et le perfectionner s'appelle la grâce. Dieu seul est l'auteur, le conservateur, le gouverneur, et la fin dernière de l'ordre surnaturel.
Heureux ceux qui sont immaculés dans leur voie, et qui marchent dans la loi du Seigneur !
Ps. CXVIII. I.