I. Des sens extérieurs
Ils sont au nombre de cinq : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher, qui sont en harmonie avec les cinq qualités sensibles des corps, (voir n^473). Les sens s'exercent par des organes corporels ; nous voyons par lesyeux, nous entendons par les oreilles, etc.. Les corps qui sont hors de nous, par la vertu active qui leur est propre, impriment dans ces organes, comme une image d'euxmêmes, ce qu'il est facile de constater par les yeux, où se forme une image des choses extérieures. Par le moyen de cette image, que les philosophes appellent esprce spiisihlc, et qui s'imprime dans l'organe, l'àme permit non point cette image, mais rnbjet extérieur lui-même et le'connaît.
1-4. Tous les sens sont reliés entr'euxparun autre sens, qu'on appelle commun, dont le siège est dans le cerveau, et d'où partent tous les nerfs, qui aboutissent à chacun des sens extérieurs. On l'appelle sens, parce qu'il s'exerce sur les sensations, on l'appelle î??/ér?>«r parce qu'il n'a pas d'organe apparent, et commun, parce qu'il perçoit, distingue et sent toutes les sensations des autres sens. Or, il est certain que les sens extérieurs, sont un critérium de certitude ; et cette vérité sert de base à celle de la foi. Elle est prouvée par la conscience et la persuasion de tous; et les animaux eux-mêmes sont plus philosophes que ceux qui la nient. Un chat qui voit un rat, ne doute pas que ce rat n'existe.
C'est donc plutôt avec un bâton, qu'avec des raisonnements, qu'il faudrait réfuter les sceptiques, qui en doutent. En outre, l'apôtre dit : Que la foi vient pur Vou'ie. Si l'ouïe nous trompe, la certitude de la foi s'écroule. Il est nécessaire toutefois que les sens se trouvent dans les conditions voulues, pour nous donner la certitude.
15. II. De la mémoire. Le sens commun, dont nous venons de parler, transmet les images des choses à l'imagination. L'imagination est un sens interne, qui n'appartient pas à l'intelligence, attendu qu'il est aussi le propre de quelques animaux.
L'imagination, selon saint Thomas, c'est le trésor des espèces, ou des images transmises à l'âme par les sens extérieurs. Cette facuUé s'exerce sur ces images et n(!'i sur les corps eux-mêmes.
Elle les conserve comme présen-
INTRODUCTION
les à elle-même, et elle y puise ses connaissances; elle n'a rien qu'ellen'ait reçu des sens; mais elle peut, par sa propre vertu, allier une image à une autre, et se représenter ainsi un être qui n'existe pas dans la nature, par exemple un cheval ailé.
16. La mémoire sensible est aussi un sens intérieur, ou une faculté sensible, qui se souvient d'avoir perçu les images des corps extérieurs, dans un temps passé. Je dis la mémoire sensible qui s'exerce sur les choses sensibles, et qui nous est commune avec les animaux; (on sait que l'oiseau se souvient de la roule qui mène à son nid. elc.j; mais il y a en l'homme, une autre mémoire, qui n'est point une faculté distincte de l'intelligence, mais bien un acte de l'intelligence, par lequel cette faculté conserve ses idées, et se les rappelle comme étant passées. Or, l'une et l'autre mémoire sont un critérium de cei'titude, comme en convainc l'intime persuasion de chacun.
D'ailleurs, enlevez la certitude de la mémoire, il n'y aura plus de devoirs certains à remplir à l'égard d'un père, d'un bienfaiteur ; et il sera impossible de faire un raisonnement fondé ; car les prémisses du raisonnement sont déjà passées, quand on tire la conclusion. C'en est fait de la foi, si on ne se souvient pas avec certitude que Dieu a parlé.