DES CORPS INANIMÉS
46;2. Nous ne devons point Iraiter ici des corps particuliers, comme l'or, le fer, etc. mais des corps en général, c'està-dire de ce qui est commun au fer, à
l'or, à tous; et nous dirons quels sont les principes constitutifs, ou l'essence des corps, et qu'elles sont leurs propriétés.
AuT. l. — Des principes intrinsèques et universels des corps.
468. Il ne s'agit pas ici des causes extrinsèques, ou efficientes, qui produisent les corps, mais des causes intrinsèques, des premiers principes. Or les premiers principes intrinsèques des corps sont ces éléments qui, n'étant pas constitués par d'autres causes intrinsèques, constituent eux-mêmes tous les corps; s'ils étaient constitués par d'autres principes, ils ne seraient pas cuxnièmcs les premiers principes.
4G4. Us sont donc en dehors de la question philosophique ceux qui disent, avec Epicure, que les premiers principes des corps sont des atomes, ayant déjà une étendue, ou avec les physiciens et les chimistes modernes que ce sont des molécules étendues ; car de leur propre aveu ces atonies, ces molécules sont déjà des corps dont ils ne nous disent pas les principes constitutifs.
46o. Ceux (|ui avec Leibnilz l'ont con- ■ sister les principes des corps dans des monades simples et sans étendues, douées d'une force inlrinsè(iue, n'expl!- ([uenl pas la formation des corps; car le siuq)lc qui n'a point d'étendue, ajouté
DIEU CKEATEUR
à un autre, ne l'ait pas plus une étendue réelle, (lue deux anges ajoutés ensemble ne font un corps; et si nous leur concédons (|ue deux monades simples peuvent faire une étendue, ils devront, au moin*, nous dire si ces simples sont de même nature, ou non. S'ils sont de nature différente, chacun a donc des principes propres, dont les fauleurs de ce système devi'aient nous indi(iuer la nature, ce (|u'ils ne font i)as. S'ils sont de même nature, un corps n'est donc qu'une aggrégation accidentelle de principes de même nature ; il n'a donc point d'unité ; il n'est donc point distinct d'un autre corps, sinon accidenleliemenl, ce qui est contraiie au sens commun ; car tous admelient (|ue les corps sont des substances diverses, qui ont des opérations dillerentes.
461). Il en faut donc venir à la doctrine de St Tliumas et desScolastiques:
Tout corps se compose de matière et de forme. Mais |iar matière gardonsnous d'ciiiendre ce qu'on entend communément, car vulgairement le mot matière désigne un corps déjà constitué. Les philosophes chrétiens distinguent la malièrc première, qui en réalité n'existe pas dans la nature ; car tout être corporel a une matière unie à la forme ; et la matière unie à la. forme est ce qu'ils appellent matière seconde. La matière première, considérée comme séparée du corps, est une abstraction de notre esprit, qui a son fondement dans les corps, ut elle se définit : Quelque chose, qui étant dépourvu (le toute essence, et de toute propriété, est en puissance de recer^oir une essence, ou une propriété quelconque. Et comme elle est par elle-même indilTérente à recevoir une essence ou une autre, elle a besoin d'une forme substantielle, qui la détermine. La forme considérée ahstractivement est l'acte premier de la matière ; car la matière est une puissance, et la forme la détermine à avoir actuellement une espèce déterminée, ou particulière. Je dis considérée abslraclireuient, car quand nouspailonsde matière première et d'acte premier de la matière, ou de la forme première, nous les considérons en dehors de leur existence réelle, comme quand nous disons que l'animalité et la raison constituent l'essence de l'homme. Car si nous considérons un corpsexistanl réellement avec sa matière et sa forme unies ensemble, la matière devient la matière seconde, comme nous l'avons déjà reniari|ué ; et la forme prend le nom d'acte second de la matière. Toutefois, gardons-nous de confondre la forme substantielle, dont il est iiuestion, et ijui détermine la matière à une essjncj particulière,
avec la forme accidentelle, qui modifie une substance déjà existante, tout en la laissant dans la même essence.
La forme d'une table, ou d'un banc de bois, n'affecte pas la substance du bois, dont cette table ou ce baiic sont faits. Cette forme est donc accidentelle. La forme substantielle fait que ce bois est bois, et non pas pierre.
467 Pour constituer réellement les premiers corps. Dieu a ûv\ créer en même temps la matière et la forme substantielle ; car la matière, n'étant qu'une puissance, ne peut pas être en acte, sans un autre principe ; et la forme substantielle, étant l'acte de la malière, ne peut exister sans la matière dont elle est l'acte, à moins que celte forme ne soit un ange, ou une autre forme subsistant, indépendamment du corps.
468. Mais Dieu n'a créé qu'une fois, et il n'anéantit rien. Les choses corporelles s'engeniirent pai- la transformation, c'est-à-dire par le passage d'une forme à une autre forme. De nouvelles formes substantielles sont engendrées de la matière par la corruption ; c'est ainsi que la coiTU|)tion des chairs engendre des cendres, qui sont une nouvelle substance, ayant une nouvelle forme dillérente de la forme des chairs: et la forme des chairs ne pourrait pas se transformer en forme de la cendre, si elle avait déjà celle forme de la cendre. Pour qu'une substance corporelle en engendre une autre, il est nécessaire qu'elle n'ait pas la fonne qu'elle engendre: la [irivalion de la forme nouvelle à produire, est donc la condition sine qua non de la transformation. La matière de la cendre n'était qu'en puissance dans les chairs, avant la transformation; puisque la forme n'y était pas ; il n'y avait donc dans les chairs qu'une matière capable de prendre la forme de la cendre, ou la matière première île la cendre. Une même chose n'a jamais deux formes ; et la matière n'est jamais sans forme ; donc, quand une foime manque, il est nécessaire que la matière en prenne une nouvelle; de là l'axiome: La corruption d'une chose est la génération d'une a;t^/"«.Etpourledire en deux mots: tout corps a une matière déterminée ; quand il perd la forme qu'il avait, il en prend une autre qu'il n'avait pas, sans que la matière soit anéantie ; mais elle est transformée par une forme nouvelle.
L'engendrant engendre un composi-, qui lui est semblable ; car l'engendré est, lui aussi, composé de matière et de forme ; mais dans les êtres inanimés l'engendré n'est pas toujours de la même substance, que l'engendrant : le fou n'est pas de la même substance que