‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 110 sur 170 · COMMUN · texte numérisé non relu

COMMUN

Adversaire plus que personne de la propriété, puisque dès 1840, j'ai écrit : La propriété, c'est le vol, plus que personne j'ai le droit d'exprimer mon opinion sur la possibilité d'une organisation communiste. Raisonnons : Le soleil, l'air et la mer sont communs, la jouissance de ces objets présente le plus haut degré de communisme possible. La propriété est tout ce qui se définit ; la communauté, tout ce qui ne se définit pas. Quel peut être d'après cela le point de départ du communisme? L'usage de toutes les places publiques, églises, musées, bibliothèques, etc., est commun. Les frais de leur construction sont faits en commun, bien que la répartition de ces frais soit loin d'être égale, chacun y contribuant en raison ifiverse de sa fortune. Ce qui prouve, chose précieuse à noter, qu'égalité et communauté ne sont pas même chose. — La vie militaire se fait en commun, mais l'argent que le soldat reçoit de sa famille lui est personnel. — Le mariage est, de tous les états, celui qui offre le plus de ressources pour une communauté, mais la famille est essentiellement exclusive de toute personne étrangère ; c'est à peine s'il admet le père et la mère des conjoints, et aussitôt leur majorité, les enfants demandent le partage. Quelle est donc la mesure d'application du principe communiste? Voilà ce que personne encore n'a su dire. La vie sociale oscille entre ces extrêmes : la propriété et la communauté.

Les salariés de l'Etat, ayant un traitement fixe, pourraient facilement avec avantage centraliser leur consommation ; il est certain qu'ils répugnent comme tout le monde au régime communiste, et qu'ils regardent la vie de famille comme la plus agréable de toutes.

Dans l'industrie, le commerce et l'agriculture, l'homme devient tout à fait propriétaire. Il produit, échange et

consomme d'une manière exclusivement privatrice et ne conserve que de rares relations avec la communauté. Par l'effet d'un instinct irrésistible ou d'un préjugé fascinateur qui remonte aux temps les plus reculés de l'histoire, tout ouvrier aspire à entreprendre, et cependant, personne n'ignore le désavantage du morcellement, les charges du ménage, l'imperfection de la petite industrie, les dangers de l'isolement. La personnalité est plus forte que toutes les considérations.

La communauté se distingue de l'association et touche à l'égoïsme. La communauté n'est pas la même chose que l'égalité. A peine l'industrie commence à naître, et le travail produit ses premières ébauches, la personnalité entre en lutte avec la communauté qui nous apparaît dès lors sur le seuil domestique et jusqu'au mariage, déjà imparfaite et décroissante. Plus tard nous la trouvons incompatible avec une éducation libérale et vigoureuse, elle décline rapidement dans les fonctions salariées et disparaît tout à fait dans le travail libre. Si le travail est exécuté en commun, ainsi que la recette et la dépense, la vie devient insipide, fatigante et odieuse. Tel est le préjugé anti-communiste, préjugé qu'aucune éducation n'ébranle, qui se fortifie même par l'éducation. Qui donc empêche les communistes de réaliser leurs idées? — Qu'est-ce qu'ils attendent? Voyons une épreuve. Qu'on me montre deux familles, maris, femmes, enfants, vivant ensemble confondus dans une parfaite communauté. — L'humanité, comme un homme ivre, hésite et chancelle entre deux abîmes : d'un côté la propriété avec la rente, de l'autre, la communauté.

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