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POSITION DU PROBLÈME COMMUNISTE — LA COMMUNAUTÉ

Quelques disciples de Gabet lui demandèrent, en 1844, d'exposer le dogme communiste; il leur répondit : a Mon principe, c'est la fraternité; Ma théorie, c'est la fraternité ;

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Mon système, c'est la fraternité ;

Ma science, c'est la fraternité. »

La fraternité, voilà donc, suivant M. Gabet, le fond, la forme et la substance de l'enseignement communiste. M. Gabet, comme Saint-Simon et Fourier, est chef d'école.

Les disciples de Gabet le prient de leur indiquer la ligne de démarcation qui sépare les choses communes des choses propres ou personnelles. Mais voilà justement ce que les communistes ne peuvent indiquer sans manquer à leur drapeau. Gar si la communauté est mêlée ou pénétrée de possession individuelle, si elle est limitée par la propriété, elle cesse d'être la communauté.

Mais comment la fraternité engendre-t-elle la communauté? Tous les réformateurs du communisme répondent dans une synthèse unanime ; Pour régénérer la société et organiser le travail, il faut remettre aux hommes qui possèdent la science de cette organisation, la fortune et l'autorité publiques. Toutes les écoles sont unanimes sur ce point, parce que tous les hommes sont frères, dit Gabet.

« La fraternité ou la mort, » avait dit Robespierre. — Mais la fraternité n'est pas le principe des perfectionnements de la société, elle en est simplement le but et le fruit. La question est de savoir comment, étant frères par la nature, nous le deviendrons encore par les sentiments; comment nos intérêts, au lieu de nous diviser, nous réuniront. Voilà ce que le simple bon sens révèle à tout homme que l'utopie n'a pas rendu myope. Gar ce n'est pas chose facile de poser entre les hommes la base d'un traité de paix.

Gomment sera distribué le travail? Quelle est la loi de l'échange? Quelle est la sanction de la justice? Où commence la possession exclusive? où finit-elle? Jusqu'où s'étend la communauté? Dans quelle proportion cet élément fait-il partie de l'organisme collectif? Telle est à la fois la questionpréalable et le but final de la communauté.

La communauté est incompatible avec la famille, image et prototype de la communauté.

Il est prouvé que la communauté de certaines choses est physiquement nécessaire ; de même la communauté de certaines autres est physiquement impossible. Jamais la propriété ne fut entière et absolue ; jamais aussi la communauté ne fut complète. Prenons comme exemple la famille : certains communistes se déclarent pour la communauté des femmes. M. Gabet déclare qu'il maintenait provisoirement le mariage et la famille. Gomment la communauté sera-t-elle appliquée en matière d'amour? et quel sera le rapport des sexes, la loi de convenance? Si vous maintenez l'inviolabilité du mariage, vous créez au sein de la grande communauté une communauté nouvelle; vous intronisez la famille et, comme attributs inséparables de la famille, la propriété, l'hérédité, toute une série d'incompatibilités et de contradictions. La communauté des femmes est l'organisation de la peste. Loin de moi, communistes! votre présence m'est une puanteur et votre vue me dégoûte. — Passons vite sur les constitutions des saint-simoniens et fouriéristes et autres prostitués se faisant fort d'accorder Tamour libre avec la pudeur, la délicatesse, la spontanéité la plus pure. Tristes illusions d'un socialisme abject, dernier rêve de la crapule en délire.

Au phalanstère le travail s'accomplit en commun, en dehors de l'initiative individuelle ; au lieu de propriétaires, il n'y a plus que des actionnaires ; l'habitation est commune, le ménage commun, les repas communs, le mariage facultatif.

A quel degré d'abaissement faut-il que nous soyons parvenus pour que la critique se croie obligée, en 1846, de remuer tout ce fumier? Mais patience ! Ges misères sont la vermine dont la société se purifiera aux flammes de la controverse.

La communauté est impossible sans une loi de répartition, et elle périt par la répartition. — Avec la commu-

nauté périt la famille ; avec la famille disparaissent les noms d'époux et d'épouse. La formule communiste : «A chacun selon ses besoins », implique élimination du travail, du capital et du talent. La hiérarchie et la concurrence sont supprimées; tout le monde est fonctionnaire. La monnaie est proscrite et tout signe de valeur. C'est la simplicité du néant. C'est la négation dans la nature et dans l'esprit, au passé, au présent et au futur.

La communauté est impossible sans une loi d'organisation, et elle périt par l'organisation. M. Gabet permet le soir la collation en famille. En outre, le dimanche tout le monde est libre/ Chacun dîne où il veut : chez soi, au restaurant, à la campagne. Le législateur d'icarie a senti la nécessité de se relâcher de temps à autre de la rigueur communiste. Il a voulu rappeler aux citoyens qu'ils ne sont pas seulement des frère?, qu'ils sont aussi des personnes : le dimanche il leur donne la liberté.

LA COMMUNAUTÉ EST IMPOSSIBLE SANS LA JUSTICE ET ELLE PÉRIT AVEC LA JUSTICE

La communauté a horreur des chiffres, Tarithmétique lui est mortelle. La communauté nie la justice, elle ne connaît que la fraternité, et cette niaiserie compte parmi ses apologistes des hommss de beau joup moins d'innocence que M. Cabet. Ils affirment que l'égalité et la justice doivent disparaître sous la loi d'amour et de dévouenoent. Dans ce nouvel état, donner est synonyme de recevoir ; le bonheur consiste à se prodiguer ; à l'émulation des égoïstes succède l'émulation du dévouement. Telle est l'idée supérieure du communisme, que nous devons approfondir; car, grâce *à cette idée supérieure, nous perdons nécessairement les idées de juste et d'injuste, de droit et de devoir, d'obligation et de dommage. Avant de s'entredévouer, les hommes commencent par s'entre-dévorer : le sacrifice du prochain précède toujours le sacrifice au prochain. La fraternité, par laquelle s'exprime en nous le

triomphe de l'ange sur la brute, doit, selon les communistes, naître uniquement de la persuasion. Jésus-Christ et les apôtres prêchaient la fraternité; mais entre « la fraternité ou la raort », l'homme a toujours choisi la mort. Est-ce sa faute ? — Les hommes passeront de la discorde à l'harmonie grâce aux conditions économiques, politiques ou autres qui, dans la société, constituent l'harmonie. A la voix du Christ, l'humanité tressaillit d'amour et pleura de tendresse; une sainte ferveur s'empara des âmes. Cette émotion fut de courte durée. Les discordes chrétiennes surpassèrent les haines de l'idolâtrie; la fraternité se dissipa comme un rêve, parce que rien n'était prévu pour la soutenir ; elle manquait, à vrai dire, d'aliment. La situation est encore la même aujourd'hui. La fraternité, comme toujours, attend pour exister, un principe qui la produise. La fraternité n'existe pas, cela est universellement reconnu ; le communisme, au lieu d'en rechercher les éléments, s'imagine qu'il lui suffit de parler. Que la fraternité soit I dit-il. Mais la fraternité ne peut être. Ce qui fait naître l'amitié, l'estime, la confiance, l'empressement à obliger, c'est la certitude de la réciprocité.

Le communisme, plus ignorant mille fois encore que l'économie politique, n'a pas vu qu'en faisant entrer dans l'Etat toutes les catégories du travail, par cela seul il changerait les producteurs en improductifs; il n'a pas compris que les services publics, précisément parce qu'ils sont publics, ou exécutés par l'Etat, coûtent fort au delà de ce qu'ils valent ; que la tendance de la société doit être d'en diminuer incessamment le nombre ; que, bien loin de subordonner la liberté individuelle à l'Etat, c'est l'Etat, la communauté qu'il faut soumettre à la liberté individuelle. Le communisme agit de même pour la famille envoûtant supprimer le mariage. Nous ne rencontrons dans le communisme autre chose que la vanité et la bêtise. Le communisme a fait une découverte, celle du travail attrayant. Oui, mais, en attendant, il le rend obligatoire sous peine

de censure et de prison. Nous savons, d'après les économistes et l'expérience, que le travail est nécessaire à la société et à l'homme ; il fortifie l'esprit et le corps, il est le gardien des mœurs et de la santé, il produit la richesse, principe de progrès et manifestation de l'activité humaine. Il n'a rien en soi d'affligeant; si quelquefois il se trouve accompagné de fatigue et de dégoût, cela provient uniquement de la qualité des choses auxquelles s'applique le travail, ou d'un défaut de mesure dans l'exécution.

Pour le travail, pas n'est besoin d'organiser la musique,, la procession. Faites que pour chacun de nous le bien-être résulte exclusivement du travail, de telle sorte que la mesure de tout travail devienne la mesure exacte du bienêtre. Constituez la valeur en général; ne supprimez pas la monnaie, mais dressez une échelle ou tableau comparatif des valeurs qui montre tout à la fois les oscillations antérieures et les oscillations futures, au moyen de laquelle le producteur puisse toujours diriger ses opérations de la manière la plus avantageuse, sans craindre jamais ni surproduction ni désastre. Donnez enfin à toutes les valeurs une expression commune, déduite de leur comparaison avec l'une d'elles et qui serve de mètre pour toutes les transactions. Qu'on prenne ensuite toutes les mesures de prévoyance et de charité qu'appelle l'infirmité de la nature et que l'honneur de l'humanité commande. Mais sans une exacte définition du lien et du mien, la charité devient une exaction et la fraternité est impossible. L'idéal de la communauté est l'absolutisme, elle supprime toutes les volontés individuelles.

Le communisme, c'est la religion de la misère.

Le luxe est proscrit par M. Gabet. Le costume sera réglé une fois pour toutes par conseil souverain. Que devient la coquetterie des femmes et la galanterie des jeunes gens? — Mais toute mesure de valeur est interdite et la monnaie est l'extrait mortuaire du communisme. — M. Rossi est dans le vrai quand il recommande aux pauvres de mettre leurs dépenses en commun. — La communauté, comme

application de la théorie de la réduction des frais généraux, n'est admissible que dans les limites de la misère, n'est bonne que pour le pauvre ; encore n'y doit-il mettre ni son travail, ni sa famille, ni son gain, mais seulement une partie de sa dépense. Mais une fois mis à l'aise par l'épargne, il doit fuir la communauté, parce qu'elle est la forme du prolétariat. (Et encore là, il sera exploité.)

Le problème économique ne consiste pas à diminuer les frais généraux, mais à faire produire et consommer le plus possible par le plus grand noabre possible d'hommes. Voilà ce que les communistes ne comprennent pas quand ils disent : A quoi bon ces millions de ménages ayant chacun pendules, montres, armoires, chaises, etc., tandis qu'en communauté nous aurions une seule horloge, une table de cinq cents couverts, un pot-au-feu de trente hectolitres, etc. ? »

Voilà une partie des griefs que Proudhon émet contre le communisme ; mais je dois ajouter deux mots à sa critique à propos d'une nouvelle secte qui a pris naissance chez les Allemands depuis la critique de Proudhon : je veux dire le collectivisme — qui n'est qu'un communisme honteux — et pour cela je donnerai la critique que les communistes ont faite du collectivisme.

Voici ce qu'en dit Kropotkine :

« Le collectivisme maintient le salariat ; l'Etat ou la Commune se substitue au patron. Ce sont les représentants de la nation et de la commune et leurs délégués, leurs fonctionnaires qui deviennent gérants de l'industrie; ce sont eux aussi qui se réservent le droit d'employer dans l'intérêt de tous la plus-value de la production, en distinguant le travail manuel du travail intelligent, le manœuvre, de celui qui a fait un apprentissage, le travail simple, du tr'avail composé. — Le collectivisme conserve le gouvernement représentatif et le salariat ; il supprime la monnaie et la remplace par des bons de travail, relatant le nombre d'heures de travail fourni à la société ; au lieu de dire un franc de bougie, on dindt deux heures de

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bougie etc. — Quant au régime politique du collectivisme ce serait le parlementarisme avec mandat impératif. Pa de propriété privée, disent-ils, et ils s'empressent de h maintenir. Une heure de travail du médecin vaudrai trois heures de travail du forgeron. C'est maintenii toutes les irrégularités de la société actuelle. Ils veuleni conserver le principe ; A chacun selon ses œuvres — mai^ pour tempérer les inégalités ils organisent la charité. Ih blessent pour guérir ensuite. Et ce serait là la Révolution sociale si chère aux affamés? Non, car le jour où les vieilles institutions crouleront, on entendra des voix qu] crieront : Le pain, le gîte et la propriété à tous. — En un mot, le collectivisme n'a été qu'un dérivatif pour faire oublier au peuple les vraies réclamations qu'il avait formuler. «C'est pour cela que, depuis vingt ans de république, les meneurs de ce parti, soutenus indirectement par la critique bourgeoise, et autrement, peut-être par les Prussiens, ont pu tromper une petite portion du peuple, qui ne peut encore comprendre les problème difficiles à résoudre pour l'organisation de la justice. Mais, patience! et espérons que d'ici peu.de temps la lumière se fera, et notre grand socialiste Proudhon apparaîtra avec la science sur laquelle on a toujours fait le silence, et que l'on comprendra enfin que son critérium était j uste quand il disait : « Qaiconq ue , pour organiser le travail, fait appel au pouvoir et au capital, a menti. »

Parce que l'organisation du travail doit être la déchéance du capital (de l'usure, de l'intérêt et du pouvoir) remplacé par la propriété individuelle, du principe de l'autonomie communale, de la cité autonome et du principe fédératif.

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