‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 151 sur 170 · DÉCENTRALISATION GOUVERNEMENTALE · texte numérisé non relu

DÉCENTRALISATION GOUVERNEMENTALE

Discuter l'impôt, c'est discuter tout ce qui concerne l'organisation de l'Etat,

Il faut que Lausanne paye pour Lausanne, et non pour Zarich, Fribourg, etc. — En France, le gouvernement a toujours marché à l'envers de ce principe. Si vous ne voulez point entendre parler de décentralisation politique, vous n'aurez point de modération dans la dépense, point de justice dans l'Etat, point de liberté pour les citoyens. Abjurez votre Révolution et retournez au droit divin; vous aurez du moins le mérite de la franchise et vous vous ferez justice.

(Cette critique des impôts est très utile à étudier pour éviter l'utopie et pour que le peuple ne prenne pas une fausse piste en poursuivant la réforme de la société.

C'est le capital qui exploite le travail par l'usure : il ne faut pas chercher ailleurs la réforme. C'est par l'organisation du crédit gratuit et la suppression de l'usure que nous donnerons au travail son compte exact. C'est par la décentralisation que nous diminuerons les frais du gouvernement et que nous établirons le règne de la liberté.

L'exemple du canton de Vaud et de la Suisse nous prouve l'exactitude de ce principe.

Ajoutons à la constitution suisse, pour la France, une constitution socialiste, et nous aurons enfin la solution définitive du problème de la suppression de la misère.)

Dans toutes les œuvres précédentes, nous avons eu, par des exemples tirés de l'histoire et par la science, la démonstration la plus claire, que l'autorité ou le gouvernement ne nous donnera jamais aucun progrès. Nous pourrions nous arrêter et dire : La science de la liberté existe; ceux qui ne veulent pas la reconnaître ne sont pas de bonne foi, ou le jugement leur fait défaut.

Pour compléter l'abrégé des œuvres de Proudhon,nous allons encore étudier son livre deldi Capacité politique des classes ouvrières. Il corroborera sa critique de la centralisation; il nous montrera la vertu du système fédéral, et son application politique et économique au moyen, du contrat social basé sur la mutualité sociale, et votée directement par le peuple. Proudhon l'a surtout écrit pour l'instruction du peuple. Avecce volume, nous posséderons pour ainsi dire toute la théorie de Proudhon sur l'organisation politique et économique de la France et même de l'Europe. Après avoir étudié cette démonstration magistrale et irréfutable sur la théorie de la liberté, il sera impossible de conserver la moindre illusion sur le résultat que pourra nous donner la République parlementaire centralisée.

Nous avions vu, par les exemples puisés dans les Confessions d'un révolutionnaire et dans la Révolution démontrée par le coup d'Etat du 2 décembre^ que la République de 1848 avait sombré par la faute de la centralisation jacobine et l'absence d'une science socialiste. Depuis vingt-cinq ans que nous avons la même République, nous voyons les effets désastreux de ce même gouvernement centralisé, et, si un dictateur n'en a pas encore pris la place, restons sur nos gardes autant que possible, et établissons bien vite les cahiers de la République démocratique et sociale, qui remplacera la constitution actuelle.

Ce volume, publié après la mort de Proudhon par les soins de sa famille et de ses amis en 1865, donne la synthèse de toute son œuvre. Il devra être lu en entier, mais je vais l'analyser pour en faire connaître l'esprit et en montrer l'importance pour 1 éducation du peuple. 11 ne suffit pas que le peuple possède le suffrage universel; il faut qu'il s'instruise et qu'il vote en connaissance de cause.

PRÉFACE, PAR UN AMI DE PROUDnON

Les classes ouvrières ont des intérêts distincts de la bourgeoisie capitaliste.

Dans l'état actuel des choses, avec la complication du système électoral, en l'absence de garanties qui assurent la préparation sérieuse de l'électeur; en l'absence d'une presse vraiment indépendante et amie du peuple; en face d'une centralisation implacable qui brise tous ceux qui dénoncent les abus, les classes ouvrières ne sont pas en mesure de donner une expression positive à leurs idées, à leurs réclamations et à leurs intérêts. De là, un tiers du corps électoral s'abstient à chaque élection ; les deux tiers au plus prennent part au vote, les autres protestent par l'abstention, l'électeur ouvrier ne devant pas aller aux urnes préparées par la bourgeoisie. Avec la centralisation et les fonds secrets, dès que l'Etat prend parti pour une

des idées, un des intérêts ou un des candidats en latte, soit ouvertement ou secrètement, il lui communique une force artificielle qui fausse tous les rouages du scrutin. Il faut donc que les individus et les groupes gagnent en liberté politique tout ce qu'il y a d'excessif dans les attributions de l'Etat. C'est à ce prix seulement que la liberté sera fondée en France. Par ce moyen, nous aurons des relations vraies entre toutes les idées, entre tous les intérêts, entre tous les candidats; ce sera la vraie mutualité, qui ne peut être librement établie que par l'autonomie. On peut s'en taire une idée par les innombrables garanties que trouvent la liberté individuelle et la liberté collective dans les institutions suisses et américaines, sans que la véritable unité soit compromise. La mutualité en politique devient un contrat, une constitution, un pacte de garantie, et doit s'intituler la Fédération.

Il tant que les classes ouvrières méditent sur ce grand sujet et qu'elles abandonnent toutes les fausses idées du temps.

1° Elles aiment trop le militarisme.

2° Dans les rapports de nation à nation, elles ne veulent pas comprendre cette idée de justice, de pondération, d'équilibre qu'elles approuvent pour les individus.

3° Elles tombent en admiration devant des orateurs qui ne concluent pas, devant des avocats, cette peste des vraies démocraties.

4° Elles sont dupes de tous les sentiments affectés, de toutes les déclamations.

5" Elles manquent de sagacité pour déjouer le charlatanisme, et elles veulent être flattées, courtisées.

Il faut qu'elles quittent la passion de l'apparat, des uniformes, du luxe dans le gouvernement. Elles s'imaginent que ce luxe est à elles parce qu'elles le payent; elles y mettent de la vanité. Elles sont fières de payer de gros budgets, de gros intérêts, espérant en profiter un jour à leur tour, tandis que ce sont elles qui les payent et les payeront toujours, par leurs sueurs et leur travail.

Il appartient à la démocratie de développer chez le peuple le sentiment de la justice, et d'élever en lui le sentiment de la dignité individuelle et collective. La charité a lait son temps, surtout avec les institutions politiques transformées en moyens d'influence; elle n'est plus une vertu, mais de l'égoïsme. Il faut que le peuple tire de son droit le soulagement qu'il tirait autrefois de la compassion : la justice sera plus efficace que la charité.

Les classes ouvrières commencent à avoir le sentiment de leur importance sociale ; il faut donc qu'elles acquièrent la science, le droit, la justice dans son sens le plus rigoureux, et qu'elles rejettent les utopies égalitaires et communistes qui enlèvent à l'homme sa dignité et sa responsabilité. A ces conditions, leur prépondérance est assurée, car à ces conditions elles auront pour alliés toute la bourgeoisie du travail, c'est-à-dire tous les industriels, tous les agriculteurs, qui relèvent aussi plus du travail que du capital; tous les lettrés, les artistes, les savants, qui vivent d'idées, inclinant au progrès et formant l'élite de la nation.

Leur force ne sera de la force politique que si elle est de la raison. Leur avancement ne sera un fait consacré, une révolution, une rénovation sociale que s'il est le résultat d'une science irréfutable, la conséquence de principes certains, la victoire d'une vraie logique sur les sophismes des différentes écoles. Il faudra que les instincts vaincus soient forcés de faire place à la vertu ; que les ambitieux déçus soient forcés d'abandonner la poUtique à bascule. Puisque le peuple a la conscience de sa force, sentant qu'il peut être son maître, il voudra le devenir.

(Voilà pourquoi nous exposons la doctrine du plus grand penseur socialiste et logicien- du siècle ; le plus grand ami du peuple, puisqu'il a osé lui dire ses vérités. L'ami qui flatte n'est pas toujours un ami sincère, tandis que celui qui critique et ne craint pas les ennuis qu'il peut s'attirer, est bien le véritable ami du peuple.

Si Ton étudie ce livre de Proudhon et les précédents,

la science pour le peuple sera bientôt développée. C'était l'espoir de Proudhon en l'écrivant.

Analysons-le aussi brièvement que possible, et d'abord exprimons notre reconnaissance à ceux qui Tont publié.)

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