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LE PROBLÈME DE LA LIBERTÉ ET DE L'ORDRE

C'est le régime de mutualité qui résout le droit économique. En dehors de la mutualité les faits économiques ne sont qu'un imbroglio de manifestations contradictoires, produit du hasard, de la fraude, de la tyrannie et du vol. Le droit économique donné par la mutualité, le droit politique va aussi s'en déduire immédiatement.

Le même principe de garantie mutuelle qui doit assurer à chacun le travail, l'instruction, la libre disposition de ses facultés, l'exercice de son industrie, la jouissance de sa propriété, l'échange de ses produits et services as-

surera également à tous la liberté, l'ordre, lajastice, l'égalité, la modération du pouvoir, le dévouement à tous.

Selon le nouveau pacte, la souveraineté politique, l'autorité civile se coordonnent entre les régions cités et .communes, la vieille loi d'indivision est abrogée ; chaque arrondissement, chaque commune, chaque groupe, ancienne province française ou chaque variété de population, chaque race, chaque langue est maîtresse sur son territoire; chaque cité garantie par ses voisines est reine dans le cercle formé par son gouvernement. L'unité n'est plus marquée, dans le droit, que par le contrat que signent les unes envers les autres les diverses cités souveraines : 1° pour se gouverner elles-mêmes mutuellement et pour traiter avec les voisines selon certains principes; 2° pour se protéger contre l'ennemi du dehors et la tyrannie du dedans ; 3° pour se concerter dans l'intérêt de leurs exploitations et de leurs entreprises respectives comme aussi de se prêter assistance dans leurs infortunes; — dans le gouvernement, que par un conseil national formé des députés des Etats, et chargé de veiller à l'exécution du pacte et à l'amélioration de la chose commune. Ainsi transporté dans la sphère politique, le mutualisme prend le nom de fédéralisme. Aussi nous pouvons affirmer que la démocratie ouvrière ne veut plus de la république unitaire et dictatoriale, ni de la monarchie constitutionnelle, ni de l'autocratie impériale centralisatrice, pas plus que de la communauté du Luxembourg ou de la communauté Icarienne (1).

Les bases du mutualisme sont posées et cela suffit. La

(11 Sans doute le parti ouvrier est loin d'avoir compris en entier cette doctrine, et aujourd'hui encore ce parti semblerait se laisser mener par une secte qui n'est même pas française, mais prussienne et juive; cette miséralDle école, qui profite de l'absence de liberté du régime centralisé pour tromper, avec l'appui caché du pouvoir et de l'étranger, la bonne foi du peuple français, est maintenant démasquée

logique des masses leur donnera raccroissement. On peut affirmer que le socialisme de 1848 s'est enfin débrouillé- Le mutualisme a résolu son problème complètement. La révolution démocratique et sociale ne saurait se faire longtemps attendre. Le matuellisme ne détruit pas l'unité française, le lien social, la vie collective, ce qui donne à la France sa force de cohésion et assure sa puissance et sa gloire, comme la possèdent la Suisse et TAmérique.

L'esprit humain tend essentiellement à Tunité : dans la religion, dans la science, dans le droit; il la veut en politique. L'unité est la loi de tout ce qui a vie et qui est organisé. Voyons donc ce que c'est que l'unité ; mais tout d'abord remarquons qu'il n'y a pas d'unité sans variété, sans pluralité, sans divergence; pas d'ordre sans protestation, contradiction et antagonisme; mais ces deux mots: liberté, unité et ordre sont adossés l'un à l'autre comme le corps et l'âme. On ne peut ni les séparer, ni les absorber l'un dans l'autre. Il faut donc se résigner à vivre avec toutes deux, mais en les équilibrant. L'ordre et la liberté n'attendent pas le concours ou la permission l'un de l'autre. Ils restent indissolublementliés l'un à l'autre par eux-mêmes. Il s'agit de découvrir quelle est leur mesure respective. Aucun gouvernement en France n'a encore donné la vraie solution de l'accord de la liberté et de l'ordre tel que le demandent des âmes raisonnables. C'est que l'unité française n'est que factice, artificielle, une unité de coercition et de contrainte par la raison d'Elat. Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est une unité qui exprime l'âme de la société; ce qu'il nous faut, c'est une unité qui, ajoutante toutes nos libertés, s'accroisse à son tour et se fortifie de ces libertés elles-mêmes, et qui nous donne la liberté et l'ordre. Eh bien! cette unité est précisément ce que nous donne l'organisation mutuelle. Qu'est-ce que la mutualité en effet? Une formule de justice en vertu de laquelle les membres de la société, de quelque rang, fortune ou condition qu'ils soient : industriels, agriculteurs ou fonctionnaires publics, se garantissent réciproquement service pour

service, crédit pour crédit, liberté pour liberté, propriété pour propriété. Que ce mutualisme existe, et nous avons le lien le plus fort et le plus subtil, l'ordre le plus parfait et le moins incommode, l'unité la plus complète et la plus indestructible qui puisse unir les hommes, la plus grande somme de liberté à laquelle ils puissent prétendre. Dans ce système, la part de l'autorité sera de plus en plus faible. Qu'importe si l'autorité n'a rien à faire ? puisque les citoyens dans la cité feront leurs affaires eux-mêmes; organiseront eux-mêmes l'instruction, la justice, la police, le travail, l'échange, le crédit, le loyer, la garantie du travail, le droit à l'existence et au capital. Le parti démocratique socialiste ouvrier fera bien de se mettre en garde contre ceux qui lui diront que cette liberté et cette égalité ne sont pas la vraie fraternité, annoncée par les réformateurs antiques qui ont prêché le communisme. Cette objection ne prouve qu'une chose : c'est que chez la plupart de nos agitateurs et de nos hommes politiques, les demandes de réformes sont des prétextes. Ils n'y croient pas et ne s'en soucient guère. Ils sont fâchés qu'on leur en démontre la possibilité, qu'on les mette en demeure de procéder à l'exécution. Quoi, parce que les hommes de la mutualité, au lieu de faire chambre commune, auront tous leur chez-soi; parce que le service de l'Etat, réduit de son côté à son expression la plus simple, ne pourrait plus être un objet d'ambition, vous nous accusez d'individualisme? Oh I nous le savons depuis longtemps, il faut à votre collectivité, à votre communauté, soi-disant laborieuse et démocratique, de l'autorité, des distinctions, de l'autocratie, du charlatanisme; l'exploitation de l'homme par l'homme, de l'industriel par l'artiste, et l'amour libre? honte! Pour ce régime de fausse unité, un singe suffirait au commandement. La machine montée, tout obéit. Pour l'action centrale et même ses subordonnées, il n'est besoin ni d'intelligence, ni de garantie, ni de moralité. Mais le produit se fait bientôt sentir: la centralisation nous a amené le

18 Brumaire et Waterloo, le 2 décembre et la défaite; tandis que le principe fédératif nous aurait donné la liberté, Tunité, l'ordre, la paix, l'économie et la prospérité et, en cas d'attaque de l'étranger, la force et la victoire.

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