‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 156 sur 170 · DU CRÉDIT MUTUEL · texte numérisé non relu

DU CRÉDIT MUTUEL

L'intérêt de l'argent et de la propriété est la plus lourde entrave qui pèse sur le travail; et, pour la consommation, le prélèvement le moins justifié et le plus désastreux montant . à plus de 4 milliards par an, et 8 milliards avec l'impôt.

Le crédit est une opération essentiellement mercantile et intéressée qui se fait sur gage, hypothèque, nantissement ou caution, et moyennant une prime que l'on appelle intérêt. Le prêteur i^'a de confiance en personne; il ne se fie qu'aux choses.

Les opérations de crédit se divisent en deux grandes catégories : lo escompte des valeurs de commerce; 2° avances du capital à l'agriculture et à l'industrie. Chacune de ces deux opérations implique un gage positif, une hypothèque réelle. L'intérêt est ordinairement, avec les frais, de 10 pour 100. C'est cet intérêt qu'il s'agit de réduire au moyen de la mutualité. En 1848, on ne s'occupa que de politique; on ne fit rien pour organiser le crédit mutuel gratuit à prix de revient. Il y a ici comme partout un triple abus à détruire : violation du principe économique; prélèvement d'une partie de la richesse sous forme d'intérêt; développement d'un parasitisme effréné. Ainsi, ce qui distingue les réformes mutuellistes, c'est qu'elles sont à la fois de droit strict et de haute sociabilité. Elles consistent à supprimer les tributs de tout genre prélevés sur les travailleurs. L'organisation d'une banque générale du crédit mutuel, en ce qui concerne l'émission du papier-monnaie, est nécessaire, pourvu que cela ne coûte presque rien au peuple; quant à l'organisation des succursales, elles peuvent être indépendantes les unes des autres en chaque cité ou arrondissement communal, rien ne s'y oppose; l'œuvre collective ne peut être taxée de centralisation pourvu qu'elle soit gratuite. Pour les chemins de fer, on pourrait obtenir ce résultat comme pour le crédit.

Moïse disait aux Juifs : a Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, mais seulement à l'étranger. » Et il ordonnait la remise des dettes tous les cinquante ans. Jésus dit plus : « Tu prêteras à ton frère, Israélite ou étranger, sans intérêt. » L'auteur de l'Evangile fermait ainsi l'âge de l'égoïsme et ouvrait la période d'amour, l'ère de l'humanité, c'est-à-dire n'entraînant pour Temprunteur d'autres frais que ceux d'administration, évalués à 1/2 pour 100. Pour le crédit entre simples particuliers, nou& convenons que le capitaliste n'est pas obligé, sans rémunération, de se dessaisir de ses capitaux, pas plus que l'assureur ne pourrait assurer une seule maison sans une

forte prime; mais l'intérêt particulier doit être très faible, 1 pour 100 pour tous intérêts, frais, impôts, etc.; tandis qu'en régime mutuelliste, la presque gratuité pourrait être établie : 1/2 pour 100. (En 1848, la Banque du peuple créée par Proudhon devait servir à l'instruction de la classe ouvrière pour arriver à la transformation de la Banque de France, afin d'organiser le crédit mutuel gratuit. Voilà pourquoi Proudhon en avait fait l'essai partiel.)

Partout le droit économique est violé et entraine à notre détriment soustraction de richesse, développement du parasitisme et corruption des mœurs publiques.

DE l'association DANS LA MUTUALITÉ

Dans l'intérêt des sociétés ouvrières, il faut étudier l'association.

Par la division du travail et la séparation des industries^ on obtient la force économique. Les ouvriers, se partageant un travail d'une manière systématique, produisent quatre fois plus et même dix fois plus que travaillant séparément. L'application des machines à l'industrie est une force économique. La concurrence est une force économique aussi par la surexcitation qu'elle donne à l'ouvrier. L'échange, le crédit, la monnaie, la propriété elle-même, sont des forces économiques ; mais la plus grande est la mutualité. L'association est très bonne, mais à condition que le droit et la justice la dominent, tandis que les grandes associations capitalistes actuelles sont organisées selon l'esprit de la féodalité mercantile et industrielle pour accaparer la fabrication et les échanges à leur profit, pour exclure la petite industrie et tuer le petit commerce ; pour transformer en salariés la partie la plus intéressante de la bourgeoisie, le tout au profit de soi-disant organisateurs, fondateurs, directeurs, administrateurs et actionnaires de cette gigantesque spéculation. Ces associations sont fondées dans des vues égoïstes. Il n'y a pas

dans ces associations le moindre souci de la destinée générale. Gela n'est pas ce que le peuple attend de l'association. Le principe de mutualité, en ce qui concerne l'association, est de n'associer les hommes qu'autant que les organes de la production, le bon marché des produits, les besoins de la consommation, la sécurité des producteurs eux-mêmes le requièrent. S'agit-il de la production manufacturière, extractive, métallurgique, chemins de fer, établissements de crédit, docks, etc., il est clair que là il y a lieu à association. Il a été prouvé ailleurs, et nous y reviendrons, que la loi de mutualité est que tous ces services, excluant tout profit de capitaux, soient livrés au public à prix d'exploitation et d'entretien. Dans ce cas encore, il est de toute évidence que la garantie de bonne exécution et de bon marché ne peut être donnée ni par des compagnies de monopoles, ni par des communautés patronnées par l'Etat, exploitant au nom de l'Etat, pour le compte de l'Etat. Cette garantie ne peut venir que de sociétaires libres, engagés d'une part avec le public, par le contrat de mutuahté, et les uns envers les autres par le contrat d'association.

Maintenant est-il question de ces mille métiers et commerces qui existent en si grand nombre dans les villes et jusque dans les campagnes. Là, on ne voit plus la nécessité, l'utilité de l'association. Organisons le droit, le contrôle, et laissons faire la boutique. Au plus diligent et au plus probe la faveur des chalands. Là donc doivent se trouver les éléments de l'alliance de la petite bourgeoisie industrieuse et commerçante, et des classes ouvrières. Répétons-le : il ne saurait être question ici de défaire des positions acquises. Il s'agit simplement par la réduction des loyers des capitaux, des logements, et de la terre ; la facilité et l'insignifiance du taux de l'escompte, l'élimination du parasitisme, l'extirpation de l'agiotage, la police des entrepôts, marchés et denrées, la diminution du prix de transport, la prépondérance du travail sur le capital, la juste mesure à accorder au talent et à la fonction ; il

s'agit, dis-je, de restituer au travail et à la probité ce que leur enlève indûment la prélibation capitaliste, d'augmenter le bien-être en général en assurant les existences, en un mot de mettre fin à toutes les anomalies et perturbations que la saine critique signale comme les causes de la misère du prolétariat. L'association que le peuple veut, ne peut être la communauté ou société universelle de biens. Non, ce n'est pas le communisme : c'est la mutualité.

La mutualité est le contrat social par excellence, à la fois politique et économique, qui embrasse l'individu, la famille et la cité ; le crédit, l'assurance, le travail, l'instruction, la propriété; qui, dans sa baute portée régénératrice, exclut tout égoïsme, tout parasitisme, tout arbitraire, tout agiotage. N'est-ce pas là vraiment cette association mystérieuse rêvée par les utopistes, et que nous définissons en deux mots : contrat de mutation ou de mutualité. Voilà la formule générale et vraie de la Révolution économique. Et en politique, c'est le principe fédératif appliqué à la cité, synonyme de garantie réciproque, qui sera le véritable organe du contrat ou de la mutualité.

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