‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 162 sur 170 · EST INCOMPATIBLE AVEC LE SYSTÈMK UNITAIRE · texte numérisé non relu

EST INCOMPATIBLE AVEC LE SYSTÈMK UNITAIRE

La question des libertés municipales est une des plus compliquées et des plus vastes; elle touche essentiellement au système fédératif, elle est même toute la fédération : ceux qui, sous le prétexte d'opposition, font le plus de bruit autour des libertés municipales, et qui, néanmoins, demeurent attachés au système de centralisation unitaire, sont en contradiction avec eux-mêmes. La liberté municipale est incompatible avec l'unité gouvernementale, telle que l'ont voulue et définie jusqu'à ce jour toutes nos constitutions. La bourgeoisie a établi la centralisation politique et l'insolidarité économique comme les

deux colonnes de la société et de l'Elat; la liberté municipale leur faisant obstacle, la vie communale dut se subordonner à l'action du centre. Certains bourgeois soidisant libéraux admirent volontiers en théorie la liberté suisse et américaine, mais pour rien au monde ils ne toucheraient à cette belle unité qui fait, selon eux, notre gloire, et que les nations, disent-ils, nous envient; ils se donnent même pour mission de réfuter les aspirations du socialisme et du fédéralisme. Qu'ils répondent à ceci : La commune (la cité) est, par essence, comme l'homme, comme la famille, comme toute individualité et toute collectivité intelligente, morale et libre, un être souverain; en cette qualité, elle a le droit de se gouverner elle-même, de s'administrer et de s'imposer des taxes, de disposer de ses propriétés particulières et de ses revenus; de créer pour sa jeunesse des écoles, d'y installer des professeurs, de faire sa police, d'avoir sa gendarmerie et sa garde civique, de nommer ses juges, d'avoir ses journaux, ses réunions, sa banque, etc. La commune (la cité) prend des arrêtés, rend des ordonnances ; qui empêche qu'elle se donne des lois? Yoilà ce qu'est la vie collective, la vie politique. Point de milieu : la commune sera souveraine ou succursale, tout ou rien. Que la bourgeoisie centralisatrice, dite libérale, nous dise comment elle accordera cette vie communale avec ses réserves unitaires ; comment elle échappera au conflit, comment elle pense maintenir côte à côte la franchise locale avec la prérogative centrale, restreindre celle-ci et arrêter cellelà? La commune (la cité) serasouveraine, mais en respectant le principe de la propriété individuelle, de Théritage et de la famille. Faites-lui la part aussi belle que vous voudrez; dès l'instant qu'elle ne relève pas de son droit, que le grand groupe dont elle fait partie est déclaré son supérieur, non l'expression de ses rapports fédéraux, il est inévitable qu'un jour ou l'autre elle se trouve en contradiction avec lui et que le conflit éclate. Or, dès qu'il y aura conflit, la logique et la force veulent que ce

soit le pouvoir central qui l'emporte, et cela sans discussion, sans jugement, sans transition, le débat entre supérieur et subalterne étant scandaleux, inadmissible. Donc nous reviendrons, après une période d'agitation plus ou moins longue, à la négation de l'esprit de clocber, à l'absorption par le centre, à l'autocratie. Quelle sera la limite de la liberté individuelle, corporative, régionale, sociétaire, la limite de toutes les libertés? Qu'est-ce qu'une liberté limitée, primée, gardée à vue, une liberté à qui on a dit : tu iras jusque là et tu n'iras pas plus loin! (Les faits ont constamment confirmé cette critique).

LE BUGET —IMPOSSIBILITÉ d'uN IMPOT NORMAL AVEC LA CENTRALISATION (1)

L''opposition dit au gouvernement qu'il dépense trop. Celui-ci répond : A ma place vous dépenseriez beaucoup plus, avec la centralisation cela est inévitable. (Proudhon écrivait cela sous l'empire, en 1862. L'empire a disparu depuis i870; l'opposition dite républicaine est au pouvoir sous une république centralisée et le budget est triplé.)

Donc la preuve est faite, depuis vingt-cinq ans, que le système politique centralisé et le système fiscal reposent sur une conception erronée. Le budget, qui ne devrait pas dépasser 700 millions, montera dans quelques années à 3 milliards.

Réformez donc aussi le système d'impôts qui est payé progressivement par les plus pauvres; est-ce possible? Tout député qui ne refuse pas de voter l'impôt inique actuel, trahit la cause du peuple. Avec le système de la centralisation actuelle, le pays est condamné à voir toujours son budget grossir et sa dette s'accroître. Donc les

(1) Proudhon devinait juste. Il était même au-dessous de ce qui est arrivé, nous avons un budget de près de 4 milliards, et nous ne nous arrêtons pas.

députés qui parlent de diminuer les impôts sont ignorants ou de mauvaise foi, tandis que dans une démocratie fédérale, la diminution de la dette ne ferait pas la moindre difficulté. Prenons pour exemple la Suisse, formée de 22 cantons (ce qui correspond à 22 arrondissements français). Le président a 12 mille francs d'appointements; la France est quinze fois plus grande, le traitement du président devrait être de 186 mille francs, tandis qu'il est de 1,200 mille francs et les palais. Voilà comment se gouverne utie démocratie ouvrière mutuelliste et fédéraliste: presque sans impôt; le citoyen suisse paye 10 francs dMmpôt, quand le français en paye 200.

En 1830, la population agricole en France était trois fois plus condensée que la population urbaine; il y avait moins de luxe, mais beaucoup plus d'aisance, et l'on avait la vie à bon marché parce qu'on s'occupait surtout de la production des subsistances.

Depuis cette époque, la proportion a changé ; de là, une cause de cherté manifeste sur les denrées alimentaires. Le budget de l'Etat ne pouvant qu'augmenter, à quoi sert l'opposition? à rien, sinon à la chicane. Et nous enverrions des représentants pour jouer ce jeu indigne des travailleurs !

La liberté de la presse I Mais elle est incompatible avec la centralisation gouvernementale. Donc les députés soi-disant démocrates, en maintenant la centralisation, combattent indirectement la liberté de la presse, — de même pour la police et l'économie.

L'instruction gratuite et obligatoire, avec l'impôt payé progressivement en raison delà misère, c'est encore le peuple qui paye la plus forte partie des dépenses de l'instruction soi-disant gratuite, etc.

Donc toute l'opposition, pour qui ne veut pas changer le système, n'est que pour l'acquit de la conscience bourgeoise. La démocratie ouvrière ne doit pas même faire opposition avec l'opposition bourgeoise, puisqu'elle rejette le système unitaire.

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