‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 34 sur 170 · FINANCES · texte numérisé non relu

FINANCES

Et ainsi pour les finances, qui pourraient être gérées par les communes. — Avec ce régime vraiment démocratique, n'y aurait-il pas plus de sévérité dans la dépense, plus d'exactitude dans les services, plus de responsabilité pour les fonctionnaires, plus de rapidité et moins de paperasserie dans l'exécution? Croyez-vous que les réformes paraîtraient alors si difficiles, que l'influence de l'autorité corromprait autant le jugement des citoyens, que la corruption servirait de base aux mœurs, et que, pour être cent fois moins gouvernés, nous n'en serions pas mille fois mieux administrés? (Voyez la Suisse et l'Amérique; com-

parez-les à la France, et dites-nous où Tordre et l'économie sont le mieux organisés.)

Pour créer l'unité nationale, on a cru qu'il fallait concentrer toutes les fonctions publiques dans une seule autorité; on a créé le despotisme. On a ensuite organisé le dualisme dans le pouvoir, c'est-à-dire la guerre du gouvernement contre le gouvernement. Tandis qu'il fallait organiser la centralisation de bas en haut, et que toutes les fonctions soient indépendantes et se gouvernent chacune par elle-même.

Religion, justice, armée, commerce, industrie, instruction, travaux publics, etc., là le gouvernement, l'Etat, le pouvoir, quel que soit le nom que vous lui donniez, ramené à ses justes limites, n'est autre chose que le proviseur de la société, le surveillant du peuple; ou plutôt le gouvernement n'existe plus, nous n'avons plus que l'ordre, la liberté du citoyen, la sincérité du suffrage universel, l'intégrité de l'administration, l'impartialité de la justice, le patriotisme des baïonnettes, la soumission des partis, l'impuissance des sectes, la convergence de toutes les volontés. Votre société est organisée, viv^ante, progressiste; elle pense, parle, agit comme un homme. C'est à cette constitution anti-gouvernementale que nous conduisent invinciblement nos traditions démocratiques, nos tendances révolutionnaires, notre besoin de centralisation et d'unité.

C'est ce que j'aurais voulu faire comprendre à l'Assemblée constituante de 1848, si cette Assemblée avait été capable d'écouter autre chose que des lieux communs. Elle a préféré une (Constitution qui nous menait tout droit à la dictature et à l'Empire (puis à Metz, Sedan,

35 milliards de dette, l'Alsace et la Lorraine à reconquérir, etc.; c'est la déportation de deux cent mille citoyens et cinquante ans de réaction).

Il fallait à Louis Blanc un pouvoir fort pour faire le bien, qui est, d'après lui, l'application de son système communiste.

LES CONFESSIONS d'uN REVOLUTIONNAIRE 35

Il fallait à Léon Faucher un pouvoir fort pour contenir les républicains et exterminer les socialistes.

Il fallait à MM. Thiers et Guizot un pouvoir fort pour leur permettre d'exercer leurs grands talents d'équilibristes.

Il a fallu à M. de Falloux, à Montalembert, un pouvoir divin afin que les rois ne soient plus que les gendarmes du pays.

Il fallait à M. Barrot un pouvoir double, législatif et exécutif, afin que la contradiction soit éternelle dans le parlement.

0 race vaniteuse et servilel qui payes 1,800 millions (maintenant 3 milliards et demi par an) la lolie de tes gouvernants et ta propre honte, qui entretiens cinq cent mille soldats pour mitrailler tes enfants, qui n'as d'estime que pour tes flatteurs, de respect que pour tés parasites, de haine que pour tes travailleurs et tes pauvres ! race autrefois de héros, maintenant race de Tartufes et de sycophantes 1 si tu es, comme lu dis, nécessaire à la liberté du monde, puisses-tu donc épuiser bientôt la coupe de tes iniquités; ou bien, si tu t'es pour jamais effacée de la carte des nations libres, servir, à force de misères, d'éternel exemple aux parjures et aux lâches !

(Pouvait-on prédire avec plus d'exactitude la catastrophe épouvantable de 1870?)

Maintenant, Ledru-RoUin, le père du suffrage universel, en exil ! — Louis Blanc en exill — Considérant, le successeur de Fourier, en exil — Cabet, le fondateur d'Icarie, émigré ! et moi, le théoricien du crédit gratuit, en prison I Je passe sous silence les quelques mille autres qui sont morts, qui ont souffert pour la République!

(Il en sera de même chaque fois qu'une Constitution sera faite par des députés. En 1871, deux cent mille républicains ont été sacrifiés par les Versaillais pour établir une Constitution oligarchique. Et si demain on nommait une Constituante, comme les républicains socialistes le demandent, il en serait de même, car le peuple ne peut

nommer que les réactionnaires qu'on lui présente. Il faut que la Constitution sociale sorte directement des entrailles de la nation, ou elle ne sera pas l'expression vraie de la volonté du peuple.)

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