‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 48 sur 170 · LES BIENS · texte numérisé non relu

LES BIENS

Problème de la répartition des biens, ou problème économique.

M. de Mirecourt reçoit les communications de Tépiscopat : tant pis pour l'épiscopat.

Il m'appelle tout simplement Pierre-Joseph, par mon prénom, tout court ; et il ajoute : « Il est fils d'un pauvre tonnelier-brasseur. » C'est bien cela, monseigneur.

Pauvreté n'est pas vice, mais c'est pis 1 Silence aux pauvres! — Cette pauvreté de ma naissance revient à chaque instant dans ce pamphlet.

Il est des moralistes, même dans le parti républicain, qui n'aiment pas que Ton discute devant les masses les questions de richesse, de distribution des produits, de bien-être. Parler des biens matériels au peuple, fi donc l — Eh bien, oui, monseigneur, j'ai passé ma vie avec les pauvres, je mourrai pauvre. Voilà quarante ans que je travaille, et je suis toujours pauvre !

L'Eglise, par une contradiction qui lui est propre, et qui résulte directement de son dogme en ce qui touche l'organisation du travail et de la propriété, est tout à la fois communiste et féodale. Pour elle, la communauté, sans distinction du tien ou du mien, est l'idéal de l'association humaine. — Les premiers chrétiens, qui avaient reçu la parole, vivaient en frères ; ils mettaient leur avoir en commun et organisaient les agapes, Quand on supprima les agapes, on ne les remplaça par rien, et la propriété, cause première de la corruption païenne, contre laquelle s'était élevé l'Evangile, la propriété primitive avec ses abus, reparut et rentra triomphante dans la chrétienté. A partir de ce moment, un double courant se manifesta dans l'Eglise : le courant démocratique ou communiste, et le courant épiscopal, féodal et propriétaire. On pouvait se demander si le Christ n'était venu

LA JUSTICE DANS LA RÉVOLUTION ET DANS l'ÉGLISE 91

que pour perfectionner les privilèges des riches, et s'il n'avait eu pour les pauvres que des paroles.

L'histoire de l'Eglise est remplie du cri des populations contre la misère, et contre la richesse des évèques. L'esclave avait été remplacé par le colon et le mercenaire.

Au moyen âge, les protestations qui remplissent la France, l'Italie, la Bohême, contre le système cléricoféodal, se faisaient à ce cri; Gela n'est pas dans l'Evangile ; il doit y avoir pour les chrétiens autre chose.

A la Révolution, le clergé possédait le tiers du territoire.

Le principe d'appropriation est d'origine anti-chrétienne ; telle a été, dès le siècle des apôtres, la doctrine de l'Eglise. Barnabe, en donnant son bien aux apôtres, le prouve.

La commune, sous le rapport de la religion, doit nourrir le prêtre, qui est le chef de la communauté morale ; mais sous le rapport des biens, le prêtre n'a droit à rien. Le sacerdoce ne doit pas être salarié ; ce n'est pas un échange, mais une communauté morale. Le prêtre doit être comme le juge: l'arbitre, le délégué de la commune pour la religion.

A la Révolution de 89, on ne toucha pas à la propriété des nobles : ceux qui restèrent en France conservèrent leurs biens.

L'Eglise a-t-elle répondu à l'attente du peuple et de Jésus-Christ? Elle condamne la richesse, mais elle ne s'occupe pas de sa distribution, des rapports du travail et du capital, ni du fonctionnement de la propriété. Elle organise la charité, mais laisse la justice de côté. Elle déclare la propriété une institution de péché, et elle la soutient. Elle affirme la communauté, et combat les communistes comme des ennemis de la famille et de la religion.

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