‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 62 sur 170 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Combien Proudhon avait raison de protester avec indignation contre les soi-disant démocrates autoritaires qui l'insultaient pour avoir dénoncé, soit dans ses livres, soit dans son journal, Le Peuple et La Voix du Peuple^ toute leur ambition et toutes leurs manœuvres réactionnaires !

Aujourd'hui encore il pourrait en dire autant, et sa présence parmi nous comblerait un vide immense pour établir une saine critique des hommes et des choses de notre époque.

Depuis la fondation de cette nouvelle République, depuis 1870, nous les avons tous vus à l'œuvre, ces jacobins, ces autoritaires, ces soi-disant démocrates, socialistes de la République une et indivisible, et nous pouvons l'affirmer, tous, ou à peu près tous, ont menti à leurs promesses. Tous ont abandonné les principes qu'ils avaient défendus dans l'opposition, sous l'Empire ; ce sont bien les pires ennemis du peuple. Qu'ont-ils réformé ? Leur situation de fortune, leur position sociale. On pourrait les citer presque tous : ils n'avaient pas de souliers, ils ont des chevaux et des châteaux. Ils sont devenus 1

LE TRINCIPE FÉDÉRATIF 129

riches par tous les moyens, les plus iniques, les plus inavouables, en trompant leurs amis et la France.

Nous les avonsvus à Versailles, les fameux communistes du Luxembourg, faire cause commune avec les fusilleurs du peuple, qui était cependant le vrai défenseur de la République.

Et ils calomniaient, en 1848 et pendant l'Empire, le grand et honnête citoyen qui voulait les instruire et leur ouvrir les yeux sur les vrais intérêts du peuple et sur l'établissement du règne de la liberté et de la justice.

A propos de l'unité italienne que Proudhon combattait, parce qu'il savait qu'après avoir constitué ce royaume l'Italie se tournerait contre nous, contre ceux qui l'auraient délivrée du joug de l'étranger^ nous avons vu combien ils l'ont calomnié, l'appelant traître et apostat.

N'avait-il pas raison d'accuser le Président de la République et le ministère de préparer un coup d'Etat? Et c'est pour cela qu'il a été condamné à trois ans de prison et 10,000 francs d'amende.

N'avait-il pas raison aussi de repousser la Constitution de 1849 qui, par la centralisation et la présidence, nous menait à l'Empire?

Proudhon disait ceci : « Si la Bourgeoisie était appelée à refaire une constitution, elle reviendrait sans nul doute au système de 1814 et de 1830. » La preuve ici est encore bien établie, car la constitution que la bourgeoisie nous a imposée en 1875 est bien la royauté sans le roi, et nos démocrates autoritaires ne veulent plus la changer. Ils n'osent pas l'avouer, mais ils n'ont aucun projet de constitution à mettre à la place. Ils ne veulent pas toucher à cette constitution.

La monarchie constitutionnelle, le parlementarisme, la centralisation, voilà le vœu de la majorité bourgeoise; c'est pourquoi, sous le nom de république, les réactionnaires l'acceptent et ne veulent plus se séparer de cette constitution, caria république actuelle, avec sa centralisation, son parlementarisme et ses 760,000 fonctionnaires.

n'est qu'une monarchie déguisée dont ils sont les grandsl digaitaires; c'est pour cela que la bourgeoisie a combattu! à outrance la Commune et qu'elle en a fusillé ou déporté les défenseurs ; c'est donc bien là le parti de statu quo et non l'expression de l'avenir. La démocratie actuelle est aussi du présent et non de l'avenir, et cela durera tant que le nivellement politique et social ne sera pas accompli.

Ce livre de Proudhon est un des plus utiles à notre étude politique ; je pense l'avoir analysé d'une manière suffisante pour le faire comprendre. Le lecteur en appréciera la logique et l'importance.

Dans le volume précédent, nous avons dit que la centralisation parlementaire et gouvernementale ne pouvait amener que la réaction ; nous l'avons prouvé par l'histoire et par des exemples; et dans celui-ci nous trouverons la démonstration scientifique du fait. La pièce est démontée, et Proudhon en a catalogué tous les articles, afin de faire bien voir que, dans ce système corrupteur, les hommes, ou plutôt les consciences, sont continuellement à l'encan. Cette démonstration est irréfutable.

Actuellement, la presse presque tout entière est monopolisée par les financiers qui sont organisés en un vaste syndicat de la corruption. — Par les réclames de toutes sortes, fausses et mensongères, il trompe le public et le ruine en fausses spéculations. Pour la politique, ce syndicat est assez puissant pour lutter dans les élections contre les véritables républicains honnêtes et indépendants. Avec l'organisation fédérale, la presse serait indépendante parce qu'elle serait faite à moins de frais et qu'elle n'aurait pas à rayonner sur toute la France. Chaque arrondissement aurait ses journaux politiques et économiques.

La démocratie avait pour devise : Liberté, Egalité ; et pour mot d'ordre: En avant! Elle pouvait donc être l'expression de l'avenir; mais pour réaliser les promesses, il faut des principes, un droit, une science. La Révolution de 1789 semblait en avoir posé les bases. Or, chose inouïe, la démocratie se montre infidèle à elle-même, elle

tourne le dos à ses destinées; sa conduite est une abdication. Comme parti de l'avenir, elle n'existe plus. La conscience démocratique est vide; elle n'a ni science politique, ni sens moral, ni sens commun ; l'ignorance au comble, l'inspiration des grands jours totalement perdue, elle n'a plus que des appétits. Elle ne sait même plus ce que signifie le mot fédération. Depuis l'établissement du suffrage universel, elle considère le gouvernement comme lui appartenant, et elle s'arrange déjà pour l'immobilisme. Elle ne veut qu'une chose : l'unité; elle veut le pouvoir absolu, indivisible et immuable.

La démocratie voit dans les mœurs de l'agiotage un progrès; l'absolutisme lui semble une vertu républicaine. Entre ce parti démocratique et la révolution pour la justice il n'y a rien de commun, pas plus qu'avec les idées de 89 et des droits de l'homme; mais il faudrait rendre à ce parti la conscience et l'entendement : c'est ce que ce livre essayera de faire. Il s'adresse à toutes les âmes généreuses.

l''^ PARTIE — DU PRINCIPE FÉDÉRATIF

«Parmi toutes les constitutions mises à l'essai, une seule réunit les conditions de justice, d'ordre, de liberté et de durée hors desquelles la société et l'individu ne peuvent vivre. C'est le système fédératif, qui répond à la théorie générale de gouvernement et qui en est la conclusion nécessaire.

Une analyse sévère va nous montrer que la politique est une science de démonstration exacte comme la géométrie et l'algèbre.

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