LE FONCTIONNEMENT
Examinons les deux systèmes :
Dans la monarchie, le roi se fait assister par des ministres qui agissent en son lieu et place, comme ses mandataires, fondés de pouvoir vis-à-vis du peuple. Ces mandataires ou représentants, ministres ou préfets, et fonctionnaires de tous ordres, cumulent dans leurs mandats toutes les attributions de l'autorité. Ils doivent rendre compte au prince; et, quant à la nation, elle n'a pas le
(1) Le Princips fédératif 3, été publié par Proudhon en 1863, en revenant de l'exil. Il indiquait dans un renvoi au bas d'un chapitre qu'il y aurait un intéressant ouvrage à écrire sur la contradiction politique, pour faire pendant aux contradictions économiques. Nous Tavons dit, notre ami Leverdays l'a donné dans les Assemblées parlantes. (Editeur Flammarion, 26, rue Racine.)
droit de demander des comptes ; les agents du prince n'en ont pas à lui rendre. Dans ce système, la seule garantie des sujets est dans l'intérêt du souverain, qui du reste ne reconnaît de loi que son bon plaisir.
Voilà pour la monarchie.
La forme de l'Etat démocratique semble toute différente du précédent, mais n'en a que l'apparence. Son personnel, préfets et fonctionnaires de tous ordres, comme celui de la monarchie et de l'empire, est toujours plus dévoué au gouvernement qui le paye, lui donne de l'avancement et le révoque, qu'à la nation. Le gouvernement peut s'en servir et s'en servira toujours contre la liberté des citoyens et dans son intérêt, absolument comme le gouvernement monarchique; de ce côté, il n'y a aucune différence.
L'administration et la justice sont forcément les très humbles servantes du gouvernement. Les citoyens qui demandent un peu plus ou un peu moins de liberté, de progrès et de justice que lui, seront toujours poursuivis et condamnés selon son bon plaisir. Pour être le gouvernement républicain de nom, il n'en sera pas moins l'arbitraire et rien que cela, c'est inévitable. Le gouvernement républicain, comme le gouvernement monarchique, pour se conserver, pour vivre, emploiera toujours cette force immense de centralisation : le cumul, les sinécures, députés achetés, presse, qui met dans sa main 600,000 fonctionnaires, et fera ce qu'ont fait la monarchie et l'empire. C'est donc un cercle vicieux qu'il faut étudier et faire disparaître au nom delà liberté. L'essence de la monarchie est dans l'indivision gouvernementale, dans son irresponsabilité; l'essence de la démocratie doit être dans la distribution des emplois, la responsabilité.
La couronne, le roi ou l'empereur, ne sont que des accessoires ; c'est la centralisation, et non le monarque, qui fait la monarchie. Les démocrates, supprimant le roi et laissant subsister la centralisation, se trompent sur l'efficacité du moyen : c'est la centralisation qui les a toujours
perdus et qui les perdra encore. Le mot république n suffit pas pour avoir la république et la liberté.
Les fondateurs de la démocratie en 93 crurent qu'i suffisait de couper la tète au roi pendant qu'ils décrétaient la centralisation, mais c'est une erreur qui ne doi plus tromper personne.