‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 65 sur 170 · TRANSACTION ENTRE LES PRINCIPES · texte numérisé non relu

TRANSACTION ENTRE LES PRINCIPES

Puisque les deux principes sur lesquels repose toul ordre social, l'autorité et la liberté, d'un côté sont contraires l'un à l'autre, et toujours en lutte, et que d'autre part ils ne peuvent ni s'exclure ni se résoudre, une transaction entre eux est inévitable, quel que soit le système préféré : monarchique ou démocratique.

On se tromperait étrangement si l'on imaginait que le régime d'autorité avec son caraclère paternel, son initiative absolue, puisse subvenir par sa seule énergie à ses propres besoins. Pour peu que l'Etat prenne d'extension, cette paternité vénérable dégénère rapidement en impuissance. Le prince est incapable de pourvoir à tout; il doit s'en rapporter à des agents qui le trompent, le volent, le discréditent, le perdent dans l'opinion. Ce désordre, inhérent au pouvoir absolu, la démoralisation qui s'ensuit, les catastrophes qui le menacent sans cesse, sont la perte des sociétés et des Etats. Pour obvier à ce vice de leur nature, les gouvernements monarchiques ont été conduits à s'appliquer, dans une mesure plus ou moins large, les formes de la liberté, notamment la séparation des pouvoirs.

Des faits analogues mais inverses s'observent dans le gouvernement démocratique. On a beau déterminer, avec toute la sagacité et la précision possibles, les droits et les obligations des citoyens, les attributions des fonctionnaires, prévoir les incidents, les anomalies ; la fécondité de l'imprévu dépasse de beaucoup la prudence de l'homme d'Etat. Tout cela exige, de la part des agent*

du pouvoir, une initiative et un arbitrage qui, pour se faire écouter, n'ont qu'un moyen : l'autorité. Otezau principe démocratique, ôtez à la liberté cette fonction suprême : l'autorité; l'Etat périt à l'instant. Que la démocratie multiplie tant qu'elie voudra les garanties légales et les moyens de contrôle; qu'elle entoure ses agents de formalités, bon gré mal gré, ses fonctionnaires sont des hommes d'autorité. Celui qui est à la tète est presque un ' roi. Il est temps de renoncer à ces illusions et souvent à I ces mensonges. La contradiction est au fond de tous les programmes. Que faire s'il est impossible à une société de se constituer exclusivement sur le principe qu'elle préfère? si, quoi que fasse le législateur, le gouvernement réputé, ici, monarchique, là, démocratique, reste à tout jamais un composé sans franchise, où les éléments opposés se mêlent en proportions arbitraires au gré de son caprice et de ses intérêts ; où les définitions les plus exactes conduisent fatalement à la confusion et à la promiscuité ; où par conséquent toutes les conversions, toutes les désertions peuvent se faire admettre, et la vénalité passer pour honorable? Quel champ ouvert à l'intrigue et à la trahison !

• Quel état pourrait subsister dans des conditions aussi dissolvantes?

L'Etat n'est pas constitué que déjà il porte dans la contradiction de son idée son principe de mort.

Etrange création, où la logique reste impuissante, tandis que l'inconséquence paraît seule pratique et rationnelle.

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