‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 67 sur 170 · SANCTION ÉCONOMIQUE — FÉDÉRATION AGRICOLE INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

SANCTION ÉCONOMIQUE — FÉDÉRATION AGRICOLE INDUSTRIELLE

Tout n'est pas dit cependant. Si irréprochable que soit dans sa logique la constitution fédérale, quelques garanties qu'elle offre dans l'application, elle ne se soutiendra elle-même qu'autant qu'elle ne rencontrera pas dans l'économie publique des causes incessantes de dissolution. En autres termes, il faut au droit politique le contre-fort du droit économique. Si la production et la

distribution de la richesse sont livrées au hasard, si Tordre fédératif ne sert qu'à protéger l'anarchie capitaliste et mercantile ; si, par l'effet de cette fausse anarchie, la société se trouve divisée en deux classes : l'une de propriétaires capitalistes entrepreneurs, l'autre de prolétaires salariés ; l'une de riches, l'autre de pauvres, l'édifice politique sera toujours instable.

La classe ouvrière, la plus nombreuse et la plus pauvre, finira par n'y apercevoir qu'une déception ; les travailleurs se coaliseront contre les bourgeois qui, de leur côté, se coaliseront contre les ouvriers ; et l'on verra la confédération dégénérer, si le peuple est le plus fort en démocratie unitaire; et si la bourgeoisie triomphe, en monarchie constitutionnelle ; mais tout annonce qu'après la révolution politique, nous aurons la révolution des intérêts.

Le vrai problème à résoudre n'est pas en réalité le problème politique, c'est le problème économique.

Espérons que le préjugé démocratique ne nous combattra plus, et que le peuple comprendra enfin que le principe démocratique fédératif, au point de vue politique et économique, est sa véritable ancre de salut. A propos de fédération nous n'avons pas à présenter, ici, le tableau de la science économique. La fédération agricole et industrielle tend à approximer l'égalité par l'organisation des services publics en d'autres mains que celles de l'Etat, par la mutualité du crédit et de l'assurance, par la péréquation de l'impôt, par la garantie du travail et de l'instruction. Une pareille révolution ne saurait être Tceuvre d'une monarchie bourgeoise, ou d'une démocratie unitaire : elle est le fait d'une fédération ; elle ne relève pas du contrat unilatéral et de bienfaisance, ni des institutions de la charité : elle est le propre du contrat synallagmatique et commutatif. L'économie politique nous dit que la société la plus productive, la plus riche, la mieux assurée contre le paupérisme est celle où le travail est le mieux divisé, la concurrence la plus entière,

l'échange le plus loyal, la propriété la plus égale. La politique nous dit que le gouvernement le plus libre et le plus moral est celui où les pouvoirs sont le mieux divisés, Tadministration le mieux répartie, l'indépendance des groupes le plus respectée, les autorités provinciales, d'arrondissement et municipales, le mieux servies par l'autorité centrale : c'est en un mot le gouvernement fédératif.

Dans une république constituée sur de tels fondements, on peut dire que la liberté est élevée à sa 3^ puissance, l'autorité ramenée à sa racine cubique. Plus d'autorité, plus de militarisme, le désarmement universel. Est-ce que la démocratie unitaire qui se dit libérale a seulement l'idée de la liberté? Mais l'épreuve doit avoir un terme. »

Proudhon termine ce volume par cette déclaration : (( Toutes mes idées économiques élaborées depuis vingtcinq ans peuvent se résumer en ces trois mots : fédération agricole-industrielle. Toutes mes vues politiques se réduisent en une formule semblable : fédération politique ou décentralisation . Je défie qui que ce soit de faire une profession de foi plus nette, d'une plus haute portée et en même temps d'une plus grande modération. Je vais plus loin : je défie tout ami de la liberté et du droit de repousser celle-là. » (Aussi en 1868 et en 1869, les aspirants à la députation s'engagent-ils à l'adopter dans le programme 1869, mais c'était pour mieux tromperie peuple, car tous ont passé par le pouvoir depuis 1870, et aucun n'a tenu ses promesses. Nous sommes toujours, grâce à eux, enfermés dans les cadres de l'an VIII.)

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