‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 71 sur 170 · ADMINISTRATION ET POLICE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION ET POLICE

L'Etat ne doit pas intervenir dans la religion, nous l'avons dit; nous aurons donc le contrat qui constituera l'organisation du culte et, quand il s'agit de nos intérêts

matériels: affaires et commerce, rapports de bon voisinage, le pouvoir interviendrait! Ne pouvons-nous administrer nos biens, régler nos comptes, transiger nos différends, pourvoir à nos intérêts communs tout aussi bien au moins que nous pouvons veiller à notre salut? Qu'avons-nous à faire de la législation de l'Etat, de la justice de l'Etat, de l'armée de l'Etat, de la police de l'Etat, plus que de la religion de l'Etat? Quelle raison, quel prétexte l'Etat fournit-il de cette exception à la liberté locale et individuelle, et nous empêche-t-il de choisir juges, arbitres, administrateurs, instituteurs? Oa répond que les choses ne pourraient pas aller unitairement si chaque localité était abandonnée à son inspiration propre, si les fonctionnaires publics recevaient autant d'ordres différents ; il est indispensable que l'impulsion parte d'un moteur unique, conséquemment que les fonctionnaires soient à la nomination du gouvernement; on ne sort pas de là. C'est d'après ce raisonnement que nos pères, en 1793, après avoir détruit le droit divin, créèrent de nouveau un gouvernement qui avait sa source dans le mandat électoral et condamnèrent le parti de la Gironde, qui, sans pouvoir dire comment il entendait garder l'unité, ne voulait pas néanmoins de la centralisation.

Les fruits de cette politique peuvent se juger. Le total des fonctionnaires de l'Etat et des communes est de 5 à 600,000 sans compter l'armée française ; ces 600,000 gardiens, surveillants, enlacent le pays. Le gouvernement les entretient aux frais de la nation, et il en dispose soit pour le morigéner, soit pour le corrompre et corrompre l'opinion.

Voilà l'arbitre que nous impose la centralisation. D'un côté nous avons la guerre entre le pays officiel et le pays agricole et industriel ; de l'autre, entre le ministère et l'opposition . Que dites-vous de cet ordre? C'est à ce jeu des quatre coins que notre pauvre pays passe sa vie depuis 1793 La religion de l'Etat est le viol de la conscience; la centralisation administrative est la mort de la

LE PRINCIPE FEDERATIF

liberté. La religion d'Etat produit l'inquisition. L'administration de l'Etat engendre la police.

Donc le système de la centralisation, qui a prévalu en 93 grâce à Robespierre, n'est autre chose que celui de la féodalité transformée. Napoléon, qui y mit la dernière main, en a rendu témoignage. La constitution de 93 (qui n'a jamais été mise en pratique) c'est la Gironde, c'est Danton. Le système représentatif, c'est le club des Jacobins, c'est Robespierre. Voilà ce que donne l'indivisibilité de la République.

CONCLUSION

Le peuple français se démoralise faute d'une idée ; les systèmes politiques essayés n'ont pas répondu à son attente, et il n'en imagine pas d'autres.

La monarchie constitutionnelle est finie ainsi que le gouvernement républicain parlementaire ; c'est le régime bourgeois. Legouvernementdu tiersétat, delabourgeoisie, était du reste une création féodale comme la noblesse et le clergé; le suffrage universel ou l'égalité démocratique lui est contraire. Elle est du reste impuissante à liquider ia société hypothéquée actuelle. L'expression delà démocratie est la fédération ; les groupes qui la composent sont eux-mêmes des Etats se gouvernant par le contrat synallagmatique, c'est-à-dire se jugeant, se créditant et s'administrant en toute souveraineté selon leurs lois propres, que la confédération rallie dans un pacte de garantie mutuelle. Chaque groupe d'environ 200,000 âmes est organisé démocratiquement à l'arrondissement français qui répond au canton suisse, à la cité gauloise. La fédération peut seule donner satisfaction aux besoins et aux droits des classes laborieuses, résoudre le problème de l'accord du travail et du capital, celui de l'association, ceux de l'impôt du crédit, de la propriété. Il remplace le principe du monopole par celui de la mutualité, les services publics ne devant pas être exercés par l'Etat,

mais être confiés à forfait et par baux à terme à des compagnies ouvrières, solidaires et responsables.

Un peuple confédéré est un peuple organisé poui la paix. Paris, devenant ville fédérale et décentralisée, n'a rien à perdre dans cette transformation ; il serait plus libre, la fortune de ses habitants ne connaîtrait plus d'intermittences.

Que la France donne donc le signal des fédérations européennes, qu'elle s'en fasse l'alliée, et sa gloire sera d'autant plus grande qu'elle couronnera toutes les gloires.

P.-J. PROUDEON.

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