‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 90 sur 170 · PROGRAMME DE JÉSUS -CHRIST · texte numérisé non relu

PROGRAMME DE JÉSUS -CHRIST

En Jésus, la révolution morale et sociale acquit conscience d'elle-même : c'est ce qui le rend si précis, si fort, si neuf, si supérieur; et comme, depuis dix-huit siècles, le but révolutionnaire posé par Jésus n'a pas été atteint, il est resté après dix-huit siècles aussi neuf, aussi supérieur, autant dans les circonstances et l'à-propos, que du temps de Ponce-Pilate et de Tibère.

Qu'est-ce donc en soi que la prédication de Jésus? C'est la Hberté, l'égalité, la fraternité, programme éternel du pauvre et des opprimés.

Gomme but, l'égalité des conditions parmi les hommes.

Comme moyen, la réforme des mœurs.

Comme sanction, l'immortalité de Pâme.

A-t-il touché juste? Les haines furieuses qui éclatèrent bientôt contre lui nep^rmettent pas d'en douter.

Jésus est donc le vrai tribun du peuple ; sa protestation est dirigée contre l'exploitation de l'homme par l'homme, soit qu'elle ait lieu par le sacerdoce, par le patriciat ou par César.

Jésus est la vraie antithèse du régime césarien, patricien, sacerdotal, usuraire, régime d'hypocrisie et d'intolérance, régime d'impudicité et de vol, régime de calomnie, de trahison et d'assassinat. Là est son originalité et sa force. C'est par là qu'il est resté l'expression la plus haute du génie populaire. Comme idée, comme théorie, rien ne lui est propre et c'est sa gloire. C'est un chef d'op-

position; et, comme chef d^opposition, il est resté et restera à tout jamais incomparable (1).

Son style, autant que nous pouvons en juger d'après les fragments restés pêle-mêle dans la mémoire de ses disciples; ces phrases, retenues mot par mot, tant elles avaient frappé les imaginations; cette forme de l'apologue dont il couvrait toutes les vérités, la verve de sa polémique, l'énergie foudroyante de ses reparties, n'ont rien de comparable dans l'antiquité et chez les modernes, et font de lui l'idéal du tribun et le vrai représentant du peuple.

Mais bientôt s'opéra la séparation de la théorie et de la pratique du prophète de Nazareth ; et son Eglise, toute fraternelle d'abord et communautaire, devient le foyer de la théologie et de l'autorité.

L'unité de Dieu, unité de la raison, de la conscience humaine, devait amener fatalement la fraternité et la solidarité des races.

Le problème politique, pour tout chef d'Etat ou République, doit être de conduire la nation, du pointoù elle est, à la plus grande civilisation, liberté, intelligence, industrie, moralité et bien-être possibles. Le peuple comprend très bien cela et Tapprouve.

Les grands réformateurs : Moï»:e, Lycurgue, Solon, Mahomet, sont l'expression vivante de cette idée. Cette école a été représentée en Grèce par Aristide, Gimon, Epaminondas, Phocion. Mais, à côté de cette tradition sainte, éternelle, impérissable, il est une autre tradition oppressive, corruptrice, qui poursuit ce problème : étant donnée une nation riche, puissante, prospère, trouver les moyens les plus efficaces de la soumettre, de la conquérir, de maintenir cette conquête et d'en tirer le plus grand revenu possible. C'est l'école du sénat romain. C'est cette même école dont Machiavel a traduit la pratique inva-

(1) Ne serait-ce pas là le motif de la haine que les francs-maçons de la bourgeoisie et les juifs de l'usure et de l'agiotage lui ont vouée?

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riable et traditionnelle en préceptes dans le livre du Prince. (C'est celle de nos opportunistes et de nos jacobins d'aujourd'hui.)

Or, que dit cette école? Quelle en est la théorie? Gomment se résument ses préceptes? C'est la théorie de l'extermination par l'assassinat, par le massacre, par le bannissement, la transportation ; par la corruption, parla division, par la délation, par la suppression de toute instruction, par la destruction de toute liberté et initiative, par la proscription des philosophes, des savants, des orateurs ; par l'extirpation de toute élite ; par la réduction systématique du peuple à l'état de multitude ignorante.

C'est celle des empereurs, c'est celle du despotisme : voilà la clef de la décadence des nations.

Le crime des césar iens est irrémissible; ce crime, c'est le despotisme. Et, qu'est-ce que le despotisme? La direction arbitraire, violente, corruptrice d'un individu ou d'une caste substituée à la direction instinctive, spontanée et libre de la société elle-même. Il n'y a pas d'excuse, pas d'atténuation d'un pareil crime.

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