‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 16 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

R!f QUOI CONSISTE LA T*JftITAB)LB ET V1YI DS>OT10rf.

ARTICLE PREMIER

De la Dévotion.

Saint François de Sales, dans une de ses lettres , explique fort clairement en quoi consiste la dévotion.

« La vertu de dévotion, dit-il, n'est autre chose » qu'une inclination générale et une promptitude » d'esprit & faire ce qu'on connaît être agréable à » Dieu. C'est cette dilatation de cœur dont David » disait : J'ai couru en la voie de vos commande- » ments , quand vous avez dilaté mon cœur. Ceux » qui sont simplement gens de bien cheminent en • la voie de Dieu; mais les dévots courent, et » quand ils sont bien dévots» ils volent Maintenant

O Ce chapitre peut servir de suppléaient an premier etaapitre c|e la première partie de Vlntrodutâùm à la VU dévote.

2 TWITABLE ISPBlt

» je vous donnerai quelques règles qu'il faut ob- » server pour être vraiment dévot.

» Il faut, avant toutes choses, pratiquer les cçjh- » mandements généraux de Dieu et de l'Eglise qui » sont établis pour tout fidèle chrétien ; et sans » cela, il ne peut y avoir aucune dévotion.

» Outre les commandement! généraux , il faut » soigneusement observer les commandements par- » ticuliers qui concernent chacun par rapport à » son état ; et celui qui ne le fait pas , quand bien » même il ressusciterait les morts, ae laisserait pas » d'être en état de péché * et il serait damné , s'il » mourait sans avoir fait pénitence. Par exemple , » il est commandé aux évéques de visiter leurs bre- » bis, de les enseigner > les redresser, les exhorter ; » si je ne fais pas cela , je me perds , quand même » je demeurerais toute la semaine en oraison , et » que je jeûnerais tous les jours de ma vie. Qu'une » personne mariée fasse des miracles , et qu'elle » néglige ses enfants , elle est pire qu'un infidèle , » dit saint Paul ; et ainsi des autres.

» Voilà donc deux sortes de commandements » qu'il fout soigneusement observer pour fonde- » ment de toute dévotion ; et néanmoins la vertu » de dévotion ne consiste pas à les pratiquer , » mais à le faire avec promptitude et volontiers. n Or , pour acquérir cette promptitude , il fant em- » ployer plusieurs considérations.

» La pcéuMteeest 40e Dieu le veut ainsi, et il » est bien raisonnable ^ue nous fassions sa volonté ;

car nous ne gommes en ce monde que pour cela. Hélas 1 tous les jours nous lui demandons que sa volonté soit faite ; et quand le moment vient de la faire, nous avons tant de peine ! Nous nous offrons à Dieu si souvent , nous lui disons : Seigneur ,je suit vôtre , voilà mon cœur ; et qnand il veut nous employer , nous sommes si lâches ! Comment pouvons-nous dire que nous sommes siens , si nous ne voulons pas accommoder notre volonté à la sienne ?

» La seconde considération est de pensera la nature des commandements de Dieu , qui sont doux et aimables, non-seulement les commandements généraux , mais encore ceux qui sont particuliers à notre état Qu'est-ce donc qui nous les rend fâcheux? rien certainement , sinon notre propre volonté, qui veut régner en nous k quelque prix que ce soit , et qui est tellement attachée à sa prétendue liberté , que les choses que peut-être elle désirerait , si on ne les lui commandait pas , elle les rejette quand on les lni commande.

• De cent mille fruits délicieux, Eve choisit celui qu'on lui avait défendu ; et peut-être que si on le lui eût permis, elle n'en aurait pas mangé. En un mot, nous voulons servir Dieu, mais selon notre volonté , et non selon la sienne.

• Sa&l avait ordre de détruire tout ce qu'il rencontrerait dans le pays d'Amalec ; il ruina tout , hormis ee qui était précieux qu'il réserva , et il dit que c'était pour en Caire nn sacrifice ; mais

» Dieu loi déclara qu'il ne voulait point de sacri- » fioe contraire & l'obéissance.

» Dieu me commande de travailler au saint des » âmes , j'aurais tort de vouloir me livrer à une vie

» de contemplation ; la vie contemplative est bonne,

» mais elle cesse de l'être lorsqu'elle tourne au

» préjudice de l'obéissance. Ce n'est pas à nous

» de choisir selon notre volonté ; il faut vouloir ce

» que Dieu veut Et si Dieu veut que je le serve en

» une chose , je ne dois pas vouloir le servir en

» une autre.

» Dieu veut que Sauf le serve en qualité de roi

» et de capitaine , et Saûl veut le servir en qualité

» de prêtre ; il n'y a point de doute que celle-ci

» ne soit plus excellente que l'autre ; mais néan-

» moins Dieu ne se paie point de cela , il veut être

» obéi.

» Dieu avait donné de la manne aux enfants d'Is-

» rael , c'était nne nourriture très-délicieuse ; et

» voilà qu'ils ne s'eq soucient pas , mais regrettent

» les ognons de l'Egypte. C'est notre pauvre na-

» ture qui veut toujours que sa volonté soit faite ,

» et non celle de Dieu. Or, à mesure que nous au-

» rons moins de propre volonté , celle de Dieu sera

» plus aisément observée par nous.

» Il faut considérer encore qu'il n'y a aucun état

» qui n'ait ses ennuis , ses amertumes et ses dé-

» goûts ; d'où il arrive qu'excepté ceux qui sont

» pleinement résignés à la volonté de Dieu , chacun

d voudrait changer sa condition contre celle des

ht S. ÏRàNÇOlS DE SÀLËS. b

autres. Ceux qui sont évoques voudraient ne l'être pas ; ceux qui soot mariés voudraient ne l'être pas, et ceux qui ne le soot pas voudraient l'être. D'où vient cette inquiétude générale des esprits , sinon d'une certaine aversion que nous avons pour la contrainte > et d'une malignité d'esprit qui nous fait penser que chacun est mieux que nous?

» Quiconque n'est pas pleinement résigné , se tournera en xain deçà et delà ; il n'aura jamais de repos. Ceux qui ont la fièvre ne trouvent point de place bonne > Us n'ont pas demeuré un quart d'heure dans un lit qu'ils voudraient être dans un autre ; ce n'est pas le lit qui en est la cause » mais c'est la fièvre qui les tourmente partout* Une personne qui n'a point la fièvre de la propre volonté, se cpnteote de tout, pourvu que Dieu soit servi. Elle ne se soucie pas en quelle qualité Dieu l'emploie; tout lui est égal, pourvu qu'elle fasse la volonté divine.

» Mais ce n'est pas tout , il faut non-seulement vouloir faire la volonté de Dieu , il faut encore , pour être dévot , la faire gafanent Si je n'étais pas évéque, peut-être que, sachant ce que je sais, je ne voudrais pas l'être ; mais l'étant, nonseulement jç suis obligé de faire ce que cette pénible vocation requiert, mais je dois le faire joyeusement , me plaire en cela , et l'avoir pour agréable. C'est la maxime de saint Paul , qui recommande que chacun demeure en m vocatiùn devant Dieu.

» Il ne faut pas porter la croix des autres , mais » te sienne ; et pour que chacun porte la sienne , » notre Seigneur veut que chacun renonce à soi- » même , c'est-à-dire à sa propre volonté. Je vou- » drais bien ceci et cela, je serais mieux ici et là : » ce sont dés tentations. Notre Seigneur sait bien » ce qu'il fait; faisons ce qu'il veut, demeurons » où il nous a mis.

» Il faut aimer ce que Dieu aime ; or il aime Té* » tat où il nous a placés ; aimons-le donc bien aussi,. » et ne nous arrêtons pas h penser à celui des au- » très. Faisons notre besogne ; à chacun sa croix » n'est pas trop. Mêlez doucement l'office de Mar- » the à celui de Magdeleine ; faites soigneusement le > devoir de votre état , et rentrez souvent en vous- » mêmes , vous mettant en esprit aux pieds de no- » tre Seigneur , et lui disant : Mon bon Maître , » soit que je coure , soit que je m'arrête , je suis » toute vôtre et vous tout à moi; vous êtes mon

époux , et tout ce que je ferai , c'est pour Fa-

mourdevous. »

ARTICLE SECOND

De la Dévotion fervente.

La véritable dévotion fervente tient le milieu enire deux excès , dont l'un est une ferveur vicieuse et inconsidérée que Ton reconnaît à la sollicitude , au souci et à un empressement que le saint évéque de Genève , avait coutume d'appeler le poison de la dévotion. II y a d'un autre côté une certaine lan-

gueur et une lâcheté spirituelle qui est un manque de ferveur , et qui est très-contraire à la dévotion ; car ceNe-ci est un soin actif et diligent , et la longueur dont je parle est une paresse et une négligence.

La vraie dévotion réside au milieu de ces deux extrémités; c'est une promptitude et une activité modérée et réfléchie qui fait tout en son temps, avec nombre , poids et mesure. Cette ferveur judicieuse nous apprend à ne pas porter les choses à un excès blâmable, mais â nous tenir toujours dans les bornes d'une sage modération ; elle règle le zèle , elle l'empêche de devenir un zète indiscret et sans science ' r qui gâte les affaires ptus qu'il ùe tes avance ; en un mot elle marche sous ta conduite de la vraie prudence chrétienne» à laquette i) appartient de diriger nos actions à une fin parfaite. Si elle fait moins de choses , elle les fait mieux ; si elle fait peu , elle le fait avec tant d'amour , de soip et d'attention , qu'elle rend grandes et excellentes des actions qui > considérées en elles-mêmes-, seraient petites.

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ARTICLE TROISIÈME

Vh grand tocret pour entretenir la véritable dévotion.

Voici les avis que saint François de Sales donne dans une lettre à une personne qui commençait à inarcher dans les voies de la dévotion.

« Je me réjouis de vous voir entrer dans la voie » d'une véritable dévotion qui commence à déta- » cher le cœur de toutes les choses du monde , afin » qu'il soit tout à Dieu pour n'aimer que ce que » Dieu aime , pour faire sa volonté et suivre ses » conseils , pour fuir avec un soin extrême tout ce » qui peut l'offenser , pour mortifier vos passions 9 » pour régler votre vie sur les maximes de Jésus- » Christ, et pour vous rendre humble et patient. » Car le grand secret pour entretenir une bonne

• dévotion , c'est d'avoir beaucoup d'humilité :

• soyez humble , et Dieu sera pour vous , et il ap- » puiera votre bonne volonté. Donnez-vous à lui » sans déguisement et sans réserve ; dites-lui du » fond de votre cœur que si Jusqu'à présent , vous » ne l'avez pas assez bien servi , vous le priez de

• vouloir bien vous pardonner et vous fortifier dans » la résolution que vous avez prise de vous détail cher de toutes les affections du monde , et de ne n vous attacher à rien autre qu'à l'aimer de tout » votre cœur et à le servir fidèlement. »

ARTICLE QUATRIÈME

Quelques maximes qui doivent servir de guide à rame dévote.

Saint François de Sales avait fort à cœnr certaines maximes fondamentales qu'il expose en ces termes dans une de ses lettres :

« Il n'y a besoin, pour vivre constamment en » dévotion , que d'établir de fortes et excellentes » maximes en son esprit.

» La première est celle de saint Paul : tout con- » court au bien de ceux qui aiment Dieu. Et effec- » tivement puisque Dieu peut et sait tirer le bien » du mal , pour qui fera-t-il cela sinon pour ceux » qui se sont donnés à lui sans réserve. Oui , » même les pécbés que l'on a eu le malheur de » commettre , deviennent , après qu'on s'est con- » vérti , un moyen dont se sert la divine Providence » pour procurer le bien de ceux qui sont ses en- » fants. Jamais David n'aurait été si plein d'humi- » lité , s'il n'eût péché ; ni Magdeleine si pleine » d'amour pour son. Sauveur , s'il ne lui eût remis » tant de péchés , et jamais il ne les fui eût remis »> si elle ne les eût commis.

« Considérez ce grand ouvrier de miséricorde ;

» il convertit nos misères en grâces et fait la théria-

» que salutaire qui guérit nos âmes du venin de la

» vipère de nos iniquités. Dites-moi donc , je vous

» prie, que ne fera-t-il pas de nos afflictions, de nos

» souffrances>des persécutions que nous éprouvons?

» Jement je sois eu la gloire de mon Dieu. Nous » allons à l'éternité, nous y avons presque déjà l'un » des pieds. Pourvu qu'elle nous soit heureuse , • qu'importe que ces instants transitoires nous » soient fâcheux ? Est-il possible que nous sachions » que nos tribulations de trois ou quatre jours opè- » reot tant d'éternelles joies, et que nous ne vou- » lions pas les supporter? Rappelez à votre esprit » cette sentence :

Tout ce qui n'est pai pour l'éternité , Ne peut être que vanité.

* La cinquième maxime est celle de l'Apôtre :

» A Dieu ne plaise que je me glorifie , sinon en

» la croix de mon Jésus l Plantez en votre cœur

» Jésus crucifié , et toutes les croix de ce monde

» vous sembleront des roses. Ceux qui sont piqués

» des épines de la couronne de notre Seigneur ,

» qui est notre chef, ne sentent guère les autres

» piqûres. »

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