LA VÉRITABLE DEVOTION CONVIEWT A TOCS LES ÉTATS DE LA
ARTICLE PREMIER
Caractère de la véritable dévotion.
Saint FVançois de Baltes *vaft potrr maxime , que l'on devait Regarder comme fine fausse dévotion , notwsetjlement celle qni empèckerait Peiererte des detttrrs du légitime état de chacun, mais encore celle qnf ne V^ jAerait et we s'y accommoderait pas avec tranquillité. M assurait que la vraie dévotion est à F^purtf de chaqtre état Ngirime , comme la Hquear qui prend fa forme du vase où elle est mise. Et en effet, qu'est-ce contre parfaitement dévot en son état? c*e$t rempfrr tous les devoirs de sa condition avec ferveur , activité et allégresse , po«rr Fhonirear de Dien et pour son amour. En agissant pour honorer Dieu , Oti lai rend un culte qui est une espèce d'acte dé religion ; en agissant pour son amour on fait nn acte de la vertu de charité , et eh se pwtMt à ces actes de religion «t de charité avec ferveur, activité et allégresse, on les rend en mtHne temps des «êtes d'une vraie dévotion. Agir
* Supplément à cbap. 3 de part. i.Jnt réduction d Iq Vie dévot*.
ainsi , c'est être parfaitement dévot en son état ; c'est servir Dieu par amour de la manière qu'il le désire ; c'est être selon son ccaur et marcher selon sa volonté.
ARTICLE SECOND
La véritable dé? otion a pour oftjel les vertus propret a notre
état.
Saint François de Sales blâmait souvent un défaut assex ordinaire aux personnes qui font une profession particulière de piété. Ce défaut est de s'appliquer à l'exercice des vertus les moins convenables à leur état , et de négliger celles qui y sont le plus conformes. « Gela vient , disait-il , du dégoût que » la plupart des hommes ont pour l'état auquel ils >» sont attachés par devoir. »
Ce n'est pas que ces exercices ne soient bons et saints en eux-mêmes , mais cela ne suffit pas ; il faut encore qu'ils soient bons relativement aux circonstances des lieux, destenjps, des personnes et des conditions. La vertu hors de l'ordre n'est plus vertu; c'est un poisson hors de l'eau, c'est un arbre transplanté dans une terre qui ne lui est pas propre.
ARTICLE TROISIÈME
Accord de la dé>otion a?ec le soin des affaires doamtiqttes.
Saint François de Sales comparait le travail d'une personne vraiment dévote à celui d'une laborieuse abeille, ainsi qu'on le voit dans une lettre qu'il
écrivit à une dame : « Demeures eu paix , ma très-
» chère fille , marchez fidèlement dans le chemin
» où Dieu vous a mise ; ayez bien soin de contenter
» saintement celui qu'il vous a donné pour époux ;
» et comme une petite abeille * en faisant soigneu-
» sèment le miel de la sainte dévotion , faites en-
» core bien la cire de vosaffaires domestiques ; car
» si l'un est doux au goût de notre Seigneur, qui ,
» étant en ce monde , mangea le beurre et le miel ,
» l'autre a usai est & son honneur , puisqu'il sert à
» faire les cierges allumés- de Tédrficaîio» du pro-
» cbain. »
ARTICLE QUATRIÈME
On peut être saint fc la cour et dans le plu* grand monde .
Tout le monde dit du mai de la cour, çt on J'appelle l'Egypte, la maison d'esclavage et de servitude. Le saint évèq#e de Genève ne croyait pas que ce pays fût si contraire à la sainteté lorsque la. volonté de Dieu nous y plaçai*. Une âme qui est fidèle à correspondre aux mouvements de la grâce, pcpt. faire son salut partout, et il n'y a point <T*jr .si centagieux dont ce préservatif céleste ne surmonte la maligni té. Abraham dans le pays des Chananéens , Loth dans une ville exécrable , et Job en la terre de Hus , furent saints au milieu des méchants.
Voici ce que le saint évoque enseigne sur ce sujet dans son Traité de l'amour de Dieu : « David , et » après lui-saint Louis, parmi tant de traverses, de
i6 VÉHITÀBIB ESPRIT
» travaux eetTaffarres, soit en paix , sèit en guerre,
> ne htssafent pas de chanter do fond du cœur :
» Que yeut mon cœur, sinon Djcu , » De ee qrtm «le! on aéarhief » Qa'atfcitoqM eu» ** fcis Jfen , >) sim>a 9fe»# J>w» fflv rt spire t
» fotat Jtenwrd «'était poil* arrêté dao$ ses pro- » prè» e* e* saint a*OMK à fjfcotqu'il fût dan» les » m>urs et dan* le* armtei des grands princes , où » H s'envoyait à conduire h» aSairesd'état ao ser- » «lien 4e la gloire de Dieu. -Il changeait de lieu , » mais il ne changeait point de cœur , ni son cœur » d'amour, ni son amour d'objet ; et pour me servir » de ses propres expressions : Ces changements se » faisaient en hri , mais kti-même ne changeait » pas , puisque , quoique ses occupations fussent » fort différentes, il était indifférent à toutes les » occupations, et ne recevait pas Fa couleur des af- » faines et des conversations , comme le caméléon » reçoit celle des lieux oA H se frofrve ; mais il <te~ » mettrait toujours «tri à Bien , léiijouft blant eu » pureté , toujours verméft de charité , et tonjàurs » plein «fhamifiié.
» le sais bien , Théotime , Parts que donnent » les sages :
» Ah ! qu'il foie la cour , et.quitte.les palais . » Qui veutrlvre déWot! Rarement aux armées, » Oave^a>. pM té leaJmeè animées. ' » La foi , JAMiatetf m* flUe* 4* U P»U*
» Je sais aussi que tes Israélites avaient raison
» de répondre aux Babyloniens qui les prenaient • de chanter lea sacrés cantique* de Sjou :
» Hélas 1 aais en quelle musique , » In ce triste tanniseeiBtjii , » PourcionswioutelMoter Mint^enl » Du Seigneur le sacré cantique?
» Mai» ne voyez-vous pas aussi que ces pauvres » gens étaient non-seulement parmi les Babylo- » niens, mais encore captifs des Babyloniens ? Qui-» » conque est esclave dçs faveurs de la cour , des » succès du palais, de l'honneur de la guerre, ô » Dieu I c'en est fait, il ne saurait chauler ieean- ». tique de l'amour divin. Mais çqluiqui n'esta la » cour , à la guerre , au palais que par devoir , » Dieu L'assiste . et la douceur céleste lui sert d'an- » tidote pour le préserver, de, la pestç qui règne en » ces lieux. »
Il y a des poissons qui , au lieu, de «teveair plus mauvais, deviennent au contraire meilleurs et d'un goût plus savoureux quand ils quittent les, «aux salées de là mer» pour entrée dans les eaux douces des rivières , comme les saumons» On dit .aussi que les roses redoublent leur odeur quand elles août placées auprès des planjçs d'ail. De même il y a desâmes qui redoublent de piété dan» les lieux où le libertinage et l'indévotion méprisent et insultent audacieusement la vertu. Celle de notre saint était de cette trempe ; car sachant que celui qui a été consacré & Dieu ne doit point s'embarrasser dans les intrigues du siècle 5.41 en parle en ces terme» 4an& une de
18 ViHÎTÀBLB HSPRIT
ses lettres à unp personne de» eonfianee : « Il faut » avouer qu'en majore rie négoetstioneet d*afTai- » res, surtout mondaines je $m plu* pauvre prê- » tre que je ne fus jamait, ayant ± grâces à Dieu , » appris à la etror , à être ptos «rmple et moins » mondain. *
ARTICLE CIMQUfftME.
Il pe faut pas blâmer la dévotion des personnes qui vivent dans
ta monde. "*
Sakif Français de Sales «fiant so*vent que la grtee agit d'etfttaaii'ep comme tonatere, inaj&non comme fait }enr Fart uetèprfeeflte que Fealérieur, ainsi qtfom le roit-dana )* peinture et la sculpture; mais la nature ctAménee ses outragea par Pin térieur , en sorte que les naturalistes assurent que dans ffceuMie le césar esc la première partie qui donoe signe de vie,
- Ces* pourquoi, quand il? voulait foire passer une àmede la vie mendtoinë fe la vie dévote , it ne sfarrttairpaa à Intérieur; Il ne disait rien ni. des cbeveof , n» des habits , ut de semblables antre» eho ses. Il ne parlait qu'au eœur et que du cœur , sacbant que quand une fois cette forteresse est em*pertée» le reste ne tient pins., et ne fait aucune
» Quand le feu est* dans nne maison , disait-il , * l f on jette tous les meubles par les* fenêtres ; de jù anime quand; le véritable amour de Dieu pos«
Dfi *. F RAKÇÔ1S DE SALES. 19
» sèdeuo cœur* tout ce qui »*«8* peint de ». semble fort peu de chose. *>< .• n "■* > : Voici a» trait de qett» sage conduite* Une dame de grande qualité embrassé la. i» dévoie 0011e la conduite deee sak* évéqoe. ©» remarqua aussitôt en elle uir grand changeaient \ ctte devint #ta* assidue ait service divin; elte faisait sesrdéttees de la prière, de la fréquentation des cacremento et des autres exercices de piété s cite; s'appliquait m adulagemeot et au service des pauvres» à là via&é dès malades et des hôpitaux,; mai» malgré tout cria elle était néanmoins aussi parée qu'auparavant , et pépsieurs s'eii étonnaient* II y en eut qui murmurèrent hautement contre die et contre son mut conducteur, ILf t» eut Mèftte qui taxèrent cette darne dPtojpocrteîe /quoiqoeta conduite ne patentât rien -qui» pas autoriser de tels soop^ons; car si elle se poraii» orn'éupt pat qu'elle eilt (te l^afectiohpoor ha vains ornements , mais elle agissais ainsi pour suivre la volonté dé son mari qofro'kvaéa pas jugé à ptépoft qu'elle retranché! tien de an ajustements. Elle nuitait Eather qui aaetiaitae* plu» freae* ornements pour plaire aux yeux dfÀsanéjnn, se» époux . .quokp<e eût en horreur cette* raine pompe. - -
li arriva ua jour qu'une personne font simple :vi«t avertir Ile; saint E vécue que cette, dame, luisait mqrmurer le monde par sa conduite , et qu'on était scandalisé qu'elle n'eét pas. œêipe quittés ses pendants d'oreille, en sorte qu'on, s? étonnais beaucoup qu'étant sqa confesseur , il ne l'eût pas avertie de
renoncer à un ornement si vain , si superflu et si inutile. « Vraiment , lui répondit-il avec son air » gracieux , je vous assure que je ne savais pas en- » coresi elle avait des oreilles ; car elle vient se » confesser la tête enveloppée d* une coiffe, on d'une
• écharpe si grande, que je ne la vois point Au » reste , je crois que la Bainte femme Bebecca , qui » était bien aussi vertueuse qu'elle , ne perdit rien » de sa sainteté eu portant les pendants d'oreilles » qu'Eliéser lui présenta delà partd'Isaac. »
Il àiriva aussi que cette dame, qui avait porté quelque temps un bijou orné de diamants , en fit faire une croii d'or où elle fit enchâsser les mêmes diamants , et elle portait cette croix sur sa poitrine , comme auparavant elle avait porté ce bijou. On vint encore rapporter cela au saintEvéque , en accqsant cette dame d'pgir par vanité , et de se rendre ridicule. Il répondit : « Je m'étonne que vous le trour- » viex mauvais , car au contraire cela m'édifie » beaucoup. Mais voilà comme la croix sert de scan- » date aux uns et d'édification aux autres. AbT » que je voudrais que toutes les parures des dames » fussent changées en croix , ornées de diamants et » de pierres précieuses ! N'est-ce pas faire servir au » tabernacle les vases des Egyptiens l Le joyau pré- » cieux du grand saint Paul n'était«il pas la croix
* dans laquelle il déclare qu'il se glorifiait? A quel » meilleur usage pourrait-elle employer ses joyaux, » qu'à orner l'étendard de notre rédemption ? »
Il fait mention de cette croix dans une lettre qu'il
écrivit long-temps après à cette dame. * Je me sou- » viens , lai dit-il , de la croix extérieure que torts » portiez sur votre cœur quand j'ai en davantage » de vous voir ; et ce m'est nn motif pour vous exhorter à bien aimer votre croix, maekère dame, car elle est toute d'or /si vous la regardez avec des yeux d'amour ; et quoique d'un côté vous y voyiez l'amour de votre cœur , mort et crucifié , » percé de cloux et d'épines , vous y trouverez de » r autre un assemblage de pierres précieuses pour » en composer la couronne de gloire qal vous at- » tend , sî , en attendant de l'avoir , vous portez » amoureusement celle d'épines avec votre Roi qui » a tant voulu souffrir {four entrer dans le lieu de » sa félicité. »
Voilà comment, en toute rencontre, il prenait sujet d'élever son esprit à Dieu , et d'y porter les âmes qui voulaient suivre ses avis et marcher sous sa direction.
ARTICLE SIXIÈME
En quoi consiste pour chacun la perfection de son état.
Saint François de Sales disait que l'occupation la plus sérieuse de la vie d'un vrai chrétien était de tendre sans cesse à ta perfection de son état , c'està-dire de se perfectionner de pins en plus dans Tétât et la condition où il se trouvait Or la perfection de Fétat de chacun est de bien rapporter les moyens à la fin, en se servant des moyens qui sont propres
h son état pour (aire des progrès dans l'amour divin , en qui seul consiste la vraie et essentielle perfection du christianisme, et sans lequel rien ne peut être appelé parfait ; car si une chose parfaite est celle à laquelle rien ne manque ; et si aucune vertu ne peut arriver à la fia dernière, qui est la gloire de Dieu , que par l'amour divin , il est clair qu'aucune vertu, sa a s l'amour de Dieu, ne peut porter le nom de vertu parfaite , et par conséquent ne peut nous faire parvenir à la vraie perfection de notre état
Sur toutes choses donc , ayons l'amour de Dieu ; car c'est le lien de la perfection qui non-seulement nous lie et nous unit à Dieu , mais qui réunit ensemble toutes les vertus et les rapporte à leur véritable centre, qui est Dieu et sa gloire. Visons par là à la perfection de notre état ; et nous parviendrons ainsi à la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment.
ARTICLE SEPTIÈME
si.
Il faut demeurer de bon cœur dans l'état où Ton se trouve engagé.
Saint François de Sales donne , dans une de ses lettres, des avis très-importants à une dame mariée :
« Je vous dis , mais, ma très-chère fille , je vous » le dis fermement , que vous fassiez avec fidélité » la volonté de Dieu , et que vous vous soumettiei » à sa providence , acquiesçant en toute humilité
et sincérité au bon plaisir céleste , par lequel ▼on* tous trouves en l'état où vous êtes. Il faut que Ton demeure dans la barque en laquelle on est pour foire le trajet de cette vie à l'autre , et que Ton y demeure volontiers et de bon cœur , parce que, encore que quelquefois nous n'y ayons pas été mis de la main de Dieu , mais de la main des hommes ; néanmoins après cela, lorsque nous y sommes , Dieu vent que nous y soyons , et par conséquent il faut donc y être avec douceur et volontiers.
» Que ma cbère fille , acquiesçant à- la volonté divine , dise souvent de tout son cœur : Oui , » Père éternel* Je veux être ainsi, parce qu'il » vous est agréable que je sois ainsi.
» Je vous conjure d'être bien fidèle à la pratique » de cet acquiescement et de cette dépendance de » l'état où vous êtes ; et par conséquent , ma cbère » fille , il faut que tous nommiez quelquefois , se* » Ion les rencontres , les personnes dont vous avez » le nom en aversion ; et quand vous parlerez à la » principale de ces personnes , il faut que quelque- » fois vous employiez, dans vos avis, des paroles » de respect. Ce point est de telle importance pour
* la perfection de votre âme , que je l'écrirais vo~ » lontiers de mon sang.
» En quoi voulons-nous témoigner notre amour
* envers celui qui a tant souffert pour nous , si ce > n'est dans les aversions, les répugnances et les » contradictions ? Il faut pousser notre front dans
26 VÉRITABLE ESPftlT
• des châteaux en Espagne , puisqu'il nous faut
• habiter en France ? C'est ma vieille leçon , et » vous la comprenez bien ; dites-moi si vous la pra- » tiquez bien,
» Je vous prie , réglez vos exercices et tâchez de
» vous y conformer aux inclinations de voire^poux.
» Moquez-vous de ces attaques frivoles par le»-
» quelles votre ennemi vous représente les vanités
» du monde , comme s'il devait vous arriver de vous
» y engager de nouveau ; moque&rvous-en , dis-je ,
• comme d'une niaiserie; il ne faut point de ré* » ponse à ces tentations que celle que fit notre Sei- » gneur au démon : Retire-toi, Satan > car il est » écrit, vous ne tentera f poipt te Seigneur votre » Dieu. Ma chère fille , nous sommes dans, le che- » min des saints; marchons-y : courageusement , » malgré les difficultés qui y sont. »
Il fait st plaire dans l'état on l'en se trouve- engagé. '
Saint François de Sales ne voulait pas seulement qu'on demeurât dans . son état , mais encore qu'op s'y plût pour l'amour de Dieu ; car se plaire en sa condition est une espèce, de paradis en cette vie , et s'y déplaire est une sorte de petit enfer; c'est Jaire comme les galériens qui rament malgré eux.
Il disait à.ceux qui a vaieat envie de. changer d'é-r tat, qu'ils trouveraient peuMtre ailleurs des difficultés pour le salut auxquelles ils ne s'attendaient
DE S. ÏBANCOîr DE SALES. 21
pas ; que le mal vient ordinairement de nos défauts et de no» imperfection*, pistât que de l'état ofi nous nous trouvons; et qwe,co mine; en changeant d'état neus nenqnittons pas nos déftiùts et nos îïdpcatâeetions , nous retrouvons souvent ailleurs des diiBctrités non moins grandes <qne telles que nous avions voûta éviter , parce que -paWotit nons nous retrouvons nous-mêmes.
il s'élevait surtout contre ceux qui , ne pouvant pas changer d'état, faisaient tomber 9iir celui qti'ils avaient embrassé la cause de kvtrs défauts ; se figurant toujonre que dans un autre état , ils auraient été bien vertnera , et que, dans celui où ils se trouvent , la vertu leur est trop difficile. C'est ainsi que l'ennemi de leur salut nourrit à la fois en eux l'orgueil evta Hktaeté, l'orgueil par la spécieuse peinture de la vertu dont Hs B'îmagtoeot qu -ifs auraient (ait ailleurs des actes fréquents , et la ttcbeté par l'espèce d'impossibilité qu'ils s'imaginent rencontrer à pratiquer la vertu dans l'état où 41s «ont
Voiei comment notre Saint écrivait à une personne engagée dans les liens du tfearitfge , qui regrettait fort de ne pouvoir pas vivre dans le célibat :
« Soyons ce que Dieu veut, pourvu que nous lui » soyons tout dévoués, et ne soyons pas ce que » nous voulons contre son intention ; car quand » nous serions les plus excellentes créatures du ciel , * de quoi cela nous servirait-il, si nous ne sommes » pas an frétée h volonté de Dieu ? Peut-être que » je dis cela ttàp souvent* niais je n'en parlerai pas
v tant dans la suite , parce que notre Seigneur » vous a déjà beaucoup fortifiée sur cet article. » Le saint évoque parle , dans une autre de ses lettres , du danger qu'il y a dans le dégoût de son état : « Quand il fout être dans le monde par nécessité', » c'est une rude tentation que celle de s'y déplaire » et de s'en attrister. La providence de Dieu est » plus sage que nous. Il nous semble que chan- » géant de navire, nous nous porterions mieux ; *î"QUÎj si en même temps nous nous changions j» YJMMie-mémes. Mon Dieu 1 que je suis ennemi de » ces désirs inutiles , dangereux et mauvais! Car » encore que ce que nous désirions soit bon 9 te » désir néanmoins en est mauvais , puisque Dieu » ne- veut pas de nous cette sorte de bien , mate un » autre auquel il lui plaît que nous nous exercions. » 'Dieu .veut nous parler dans les épines et le buis- * son, comme il paria à Moïse; et nous voulons » qu'il nous parle dans le petit vent doux et frais , >» compe il parla à Élie. Soyez constante et coura- » geuse, ma chère fille, et réjouisses-vous de ce » qu'il vous donne la volonté d'être toute sienne. »
ARTICLE HUITIÈME
.,;,,- Dr (a eon4urt« egtMwdlatir*
Si-' ' '
De la vie ordinaire et extraordinaire.
H y a deux sortes de vie : Tone oMînaire, suivie par notre Seigneur et les apôtres ; l'autre extraor-
» dinaite pratiquée parvint ^ao-Baptiste et ses imitateurs entre lesqneMI finit compter principalement les religieux qui vivent sous une îègle austère. Le saint évécpie de Genève avait en vénération la vie extraordinaire ; mais son affection était pour la vie ordinaire et commune. Ce n'est pas qu'il n'estimât beaucoup les austérités corporelles ; mais il voulait qu'on s'en servît avec discrétion pour soumettre le corps à l'esprit sans ruiner la santé.
n faut' éviter la singularité.
Saint François 4e Saiet ne travaillait pas seulement à bannir la singularité des maisons religieuses, dont elle <tet la peste ; mis tt s'appliquait encore h en présenter ceto 4ptf /oit profession de dévoîioé dans J? mooé* Il avait coutume de dire que oe défaut rend la, pt*lé noa*wleraent odieuse , mais ridicule. . , .■
H volait nue chacun ae conformât peur i'eitèriear , *uttat quH était possible > au train de vie de ceux <fe sa condition , saas affacter de se distinguer par aucune singularité, et il proposait ..pour modèle de cette vertu, «otjre Setgoeot, quiwdaas les jours de $a vie mortelle, set*ftftt semblable ;à ses frères «a toute «boee > eaeftptél* pécbéw -
il pratiquait liiMnêmefort eiactement cetf*. leçon ; eU'évOque de Bellay assure que pendant cfua-
tone ans qa'Jl a été sous la direction «te cet boum*,
de Dieu , et qu'il s'est étudié à remarquer ses actions -et jusqu'à ses moindres gestes, aussi bien que ses paroles et ses enseignements , il n'a rien aperçu en lu{ qm ressentit tant soit peu la singularité.
ARTICLE NEUVIÈME
SI
Le meilleur moyen d'avancer dans la perfection est d'aimer
Dieu de tout son cœur. '
L'évéque de Belley demanda un jour à saint François de Sales ce qu'il fallait faire pour arriver à la perfection. «II faut, lui répondit-il, aimer Dieu » de tout son cœur et son prochain comme soi- » même. »
. Je ne fous demande pas, repartit l'évéque de Belley y te' que c'est que fa perfection , je m'infortne de laraute qu'il faut suivre pùur y parvenir.
Le saint évêqùe de Genève lui répondit : « Plu- » sieurs , aussi bien que vous , me demandent des » méthodes , des instructions , des règles pour parvenir à la perfection , et je leur, réponds que je ne sais point de plus grand secret pour cela que » d'aimer Dieu de tout son cœur et son prochain » comme soi-même. Le moyen d'arriver à cet » am oûr , c'est d'aimer ; car on apprend à étudier » en étudiant, et à nager en nageant. De même on » apprend à aimer Dieu et le prochain en l'aimant, » et ceux qui cherchent une autre route se trora- >4».pent. Cherchez toujours te visage de Dieu , di-
» sait David > et soyez constant dans cette rocher-
» che; oui, cùerchez-te sans cesse. Voulez-* ou*
» apprendre à aimer Dieu? Aimez-le, avancez
» sans cesse dans cel amour; De perdez pas votre
» temps & regarder en arrière ; oublier le passé ;
» que le juste se justifie toujours plus, et que le
» saint se sanctifie toujours davantage , car la cba-
» rite de cette vie peut être augmentée sans cesse
» jusqu'au dernier soupir. Disons tous les jours
» avec saint François d'Assise : Quand commen-
» cerons-nous à aimer et servir Dieu de tout no-
» tre cœur, et à chérir notre prochain comme
» nàu*mimes. » #*i **'...,
No u* lisons un enseignement du même genre dans l'un de ses entretiens aux religieuses delà Visitation : « La vertu de simplicité bannit de l'àine le
• soin et la sollicitude que plusieurs prennent inu- » tilement à rechercher quantité d'exercices et de » moyens pour parvenir à aimer Dieu ; il leur sem- » bie qu'ils ne sauraient être contents , s'ils ne font
* tout ce que les saints ont fait* Pauvres gens 1 ils » se tourmentent pour trouver Fart d'aimer Dieu , » et ils ne «vent pas qu'il n'y en a point d'autre » que de l'aimer ; ils penses t qu'il y ait de certaines 9 finesses pour acquérir l'amour de Dieu , et néan- » moins cet amour ne se trouve qu'en la simplici té. » En disant toutefois qu'il n'y a point tfatt de l'a- » monr de Dieu , je ne prétends "pas mépriser cer- 9 tains livres qui sont intitulés, : Part (f aimer » Dieu; car ces livres enseignent qu'il n'y a point
52 TÉBITABLE ESTEIT
» d'autre art que de se mettre à l'aimer , c'est-à-
» dire se mettre h la pratique des choses qoi loi
» sont agréables ; ce qui *est le seul moyen de trou*
» ver cet amour sacré , «t qai nous le feit acquérir
• sûrement, pourvu que cette pratique s'entre- » prenne arec si ropiicfté , sans trouble et sans in- » quiétude. »
Sir.
Nous devons travaiJLer à avancer 4ans la perfection par les exercices convenables à notre état.
Pour se faire une juste idée du service de Dieu , on ne saurait trop méditer les avis de saint François de Sales aux âmes qui s'étaient mises sous sa direction. Voici ceua qu'il donnait à la présidente Brulard:
« Pour parvenir à ramera r de Dieu y il Àut em- » ployer des moyà» , des exenrices et des prati-
* quee. Or je crois que voua voqs attaches pnis» » sammentir ceux des moyens que voasgpûteaet » que , vous voudriez toot réduire là ;. c'est pour- » quoi vous, avex de>l* inquiétude qnand on vous » en empêche , ou qu'on vans 'distrait
» Le • remèd* Bérpitde ^travailler à bien détrom- » per votre esprit de ce sentiment; mette**-vDus » bien dut le.éoiur que Dieu vent que vous le ser- » . vies CMim&ivoqs étés , par les exercices convenait blesàvptre état, et par les actions qbi en dépen- » dent; et que l'effet de cette persuasion soit' de » vous rendre tendrement amoureuse de votre état
» et de ses exercices , pour l'amour de Dieu qui le
» veut ainsi* Mais H ne fut pas penser à ceci sim-
» plement en passant ; il faut mettre cette réflexion
» bien avant dans votre coeur, et par un recueille-
» ment et une attention particulière vous rendre
» cette vérité savoureuse et aimable. Croyei-moi ;
» tout ce qui est contraire à cet avis n'est autre
» chose qu'un amour déréglé de vous-même. »