CHAPITRE TROISIÈME
tâOBSSITé D'utfB PURIFICATION CONTIN08LLE.
Saint François de Sales donne, dans un de ses sermons , d'excellentes leçons sur la nécessité de travailler toute sa vie à purifier son âme.
« Il est très-nécessaire , dit-il , d'être bien per- » soadé que , tant que nous serons en cette mr- » sérable vie , nous aurons toujours besoin de nous • purifier et de nous renoncer nous-mêmes. C'est » une erreur condamnée par l'Eglise de croire qu'on » puisse arriver à un si haut degré de perfection , » qu'on n'ait plus rien à purifier ; carie penchant » & l'amour déréglé de nous-mêmes va toujours » produisant quelque rejeton d'iâiperfeetion , et » pour cela il se saisit de nos sens ; en sorte que dès » que nous lui ôtons le pouvoir de faire ses opéra-
• Supplément YlntrtM^èla Via 4é*oto $ part. 1, cbap.s.
SU VÉRITABLE ESFBlf
Uoqs eû l'un , il se sert aussitôt de l'autre pour essayer de nous surprendre. S'il ne peut pas employer cehii de la vue , il va à celui de l'ouïe , et ainsi des autres ;-c'est pourquoi, si nous n* veillons pas continuellement sur nous-mêmes , nous ne ferons que broncher continuellement et tomber sans cesse dans des imperfections. De là Tient que notre Seigneur voulant nous enseigner la perfection , nous exhorte à marcher à sa suite , et à nous renoncer nous-mêmes* » Mais quel est ce nous-mêmes , me direz-vous , qu'il faut renoncer ? Je réponds que nous avons deux nous-mêmes ( qui toutefois ne font qu'une seule personne) , c'est-à-dire deux parties dont Tune est animale et terrestre, et l'autre spirituelle et céleste.
» Cette dernière nons fait opérer • de bonnes œuvres .et açpji$r à la jouissance de l'infinie bonté en la vije éternelle* Or ce nous-mêmes spirituel et très-bon ; aussi ce n'est pas celui-là que notre Seigneur veut que nous renoncions , mais il nous recommande de renoncer le nous-mêmes animal et terrestre , qu'il faut purifier continuellement pour fortifier le céleste , parce que le nous-mêmes terrestre est celui duquel procèdent nos passions , nos mauvaises inclinations , nos affections dépravées , et, pour le dire en un mot , l'amour déréglé de nous-mêmes. C'est une vérité trèscertaine que , si nous voulons marcher à la suite de notre Seigneur et accomplir sa sainte volonté ,
il faut crucifier absolument et sans réserve ce nous-mêmes terrestre.
» Or y non^seulement la sainte Vierge nous a donné l'exemple de ee parfait renoncement dans sa sainte purification , mais notre Seigneur nous l'a aussi enseigné dans tout le cours de sa vje , et spécialement à sa mort et pendant sa passion , renonçant à l'inclination naturelle qu'il avait de ne pa* souffrir , et «'assujettissant à la volonté de son Père éternel auquel il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de Ja croix. C'est ainsi qu'il faut que nous fassions , crucifiant notre propre volonté* et toute affection contraire à la raison et à la partie supérieure de notre âme qui , par l'instinct que Dieu loi a donné, tend toujours au vrai bien. ^
» 11 faut encore aller an delà ; car il nous servirait fort peu de nous renoncer nous-mêmes, si nous nous arrêtions à. ce point Led philosophes païens ont pratiqué autrefois des renoncements admirables qui ont été sans fruit pour eux , parce qu'ils n'avaient pas une bonne Un. C'est pourquoi j'ai dit plus haut que si nous renonçons l'homme terrestre , il faut que ce soit pour fortifier le céleste , c'est-à-dife qu'il faut anéantir la nature pour faire régner la grâce , et qu'il faut mourir à nous-mêmes pour ne vivre plus qu'à Dieu et pour Dieu ; ce qui doit être notre unique prétention.
» En un mot , nous renoncer nous-mêmes, n'est
» autre chose que nous purifier de tout ce qui se
» fait par l'instinct de l'amour déréglé de nous-
» mêmes- Ce malheureux amour-propre produira
» toujours , tant que nous serons en cette Vie mor-
» telle , des rejetons qu'il faudra couper et retrnn-
» cher , comme le cultivateur fait à l'égard de la
» figue. Vous savez qu'il ne fout point se conten-
» ter de mettre la main une fois Tannée à la vigne ;
• mais qu'il faut la tailler en un temps , ensuite la » dépouiller de ses feuilles en un autre , et qu'il y » a aussi divers autres travaux à y faire, en sorte » qu'on y est occupé toute l'année , et qu'il faut » sans cesse avoir quelque instrument à la main et
* surtout la serpette qu'on emploie pour la tailler , » ou pour en retrancher les superfluités. Il en est » de même de nos imperfections. C'est pourquoi , » puisqu'il faut travailler sans relâche à les corri- » ger , je vous exhorte à avoir bon courage , et k » ne vous laisser jamais abattre , ni étonner de vos » défauts , quelque grands qu'ils soiept , puisque » tout le temps de notre vie ne nous est donné que » pour nous en purifier. »