‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 20 sur 52 · DO SALUT · texte numérisé non relu

DO SALUT

ARTICLE PREMIER

Du de*sir de se sauver.

La foi nous apprend que Dieu désire que nous soyons sauvés, et que par un effet de ce désir il donne à tous les hommes des grâces suffîsantespour le salut , en sorte que notre perte ne peut provenir que de notre faute. Il n'y a rien de si aisé que de conformer nos désirs à ceux de Dieu par rapport à notre salut , considéré en général ; mais il n'en est pas de même par rapport aux moyens que Dieu veut que nous prenions pour parvenir au salut. Il faut , pour cela, surmonter les obstacles qu'y opposent nos

4 Supplément à Ylntrod. à la Vie dévote, part. 1 , chap. 10.

passions , et ce combat est pénible* Tous veulent la fia, mais plusieurs n'en embrassent pas les moyens , et se conduisent comme le parent de Rntb, qui voulait bien l'héritage du défunt, mais qui ne voulait pas épouser sa veuve , quoique ce fût une condition nécessaire pour lui succéder.

Le saint Evéque de Genève donne d'excellents avis sur cet objet dans son Traité de l'amour de Dieu. « Nous devons vouloir notre salut ainsi que Bien * le veut. Or , il veut noire salut par manière de » désir , et nous devons aussi , en conformité de » son désir , le désirer continuellement; Non-seu- » lementil veut, mais il nous donne en effet tous les » moyens requis pour nous faire parvenir au salut v Et nous, en conséquence du désjr que nous avons » d'être sauvés , nous devons non-seulement vou- » loir, mais accepter en effet toutes les grâces qu'il » nous a préparées et qu'il nous offre. Il suffit de » dire : je désire d'être sauvé. Mais i) ne suffit pas » de dire : Je désire embrasser tes moyens conte" » nables pour y parvenir ; il faut encore , d'une » résolution absolue , vouloir coopérer aux grâces » que Dieu nous accorde ; car il faut que notre vo^- » lonté corresponde à celle de Dieu ; et ainsi , puis- » que Dieu nous donne les moyens de nous sauver, » nous devons les recevoir comme nous devons dé- » sirer le salut , ainsi que Dieu nous le désire , ejt j parce qu'il nous le désire.. » «

ARTICLE DEUXIÈME

Inconséquence des hommes par rapport à l'éternité.

Saint François de Sales disait quelquefois, dans ses exhortations publiques et particulières , que les hommes font ordinairement trop ou trop peu pour leur éternité ; car ceux qui sont affermis et obstinés dans le mai , font trop peu , s'ils croient encore à un enfer. N'est-ce pas en effet la plus grande extravagance que de se précipiter dans un abîme de crimes qui aboutit à des supplices sans fin , et d'augmenter tous les jours , par de nouveaux péchés . le poids effroyable de la colère de Dieu? Mais s'ils ne croient pas à l'enfer, ils font trop pour l'éternité ; car pourquoi mettent-ils des limites à leurs excès , et ne se livrent-ils pas , comme les brutes , à tout ce que leur suggèrent leurs passions» puisqu'ils pensent n'avoir point de compte h rendre après cette vie t

' Quant à ceux qui ont encore quelque soin de leur salut , mais qui s r en occupent négligemment 9 le

saint disait qu'ils faisaient trop de mal et ne faisaient pas assez de bien ; ils font trop de mal , car ils vivent dans le relâchement, s'imaginant qu'il n'y a pas besoin de tant de ponctualité et d'exactitude pour se sauver ; et que Dieu étant riche en miséricorde , remet les péchés avec beaucoup de facilité ; et ainsi ils abusent de sa bonté pour l'offenser sous le faux espoir d'une prétendue impunité- Et quant

au bien, ils en font peu ; et le peu qu'ils font est encore très-imparfait , parce qu'il est habituellement mêlé de motifs naturels et humains.

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