DB LA MORT
ARTICLE PREMIER
si.
Considérations sur la crainte de la mort.
Voici comment saint François de Sales exhorte, dans une de ses lettres , une personne qui avait une grande frayeur de la mort :
« Quoiqu'il n'y ait aucun péché dans la crainte » de la mort , il y a cependant du dommage pour » le cœur qui , troublé de cette frayeur » ne peut ■> pas s'unir aussi bien par amour avec son Dieu , » qu'il le ferait , s'il n'était pas si fort tourmenté. » Mais je vous assure que si vous persévérez dans » les exercices de dévotion que je vois que vous » faites , vous vous sentirez petit à petit fort soulao gée de ce tourment, parce que votre âme se trou- » vant ainsi exempte de mauvaises affections , et » s'unissant de plus en plus à Dieu , elle sera moins
* Supplément a Ytotrod. à ta Vie dévole, part, f , chap. 13,
DE S. FRANÇOIS DE 8ÀIXS. hi
» attachée à cette vie mortelle et aux vaiues coin- » plaisances que l'on y preqd. Continuez donc en » la vie dévote selon que vous l'avez commencée , » allez toujours de bien en mieux dans le chemin « où vous êtes , et vous verrez que dans quelque » temps ces terreurs s'affaibliront et ne vous inquiè- » teront pins si fort.
» Pensez souvent- à la grande douceur et misé- » ricorde avee laquelle Dieu notre Sauveur reçoit » les âmes en leur trépas quand elles se sont con- » fiées en lui pendant leur vie, et qu'elles ont tâché » de le servir et aimer chacune en sa vocation. Oh l » que vous êtes bon ; Seigneur , à ceux qui ont le » cœur droit t
» Relevez, souvent votre cœur par une sainte » confiance , envers notre rédempteor , accompa- » gBée d'une profonde humilité. Dites-foi , par » exemple : Je suis misérable 9 Seigneur , et vous » recevrez? ma misère dans 4e sein de votre misé» » ricorde $ vous me tirerez par votre main patèr- » mile, à la jouissance de votre héritage. Je suis
• pauvre et abject ; mais vous m'aimerez en ce » jour-là , parce que f ai espéré en vous et qUej-ai » désiré être vôtre.
» Excitez en vous te plus qae vous poùWez l'a- » mou r du paradis et de la vie céleste, et faîtes pta- » sieurs considérations sur ce fojet , telles que cel- » les qui sont marquées au livre de t Introduction » A la vie dévote 9 en. la méditation- de la gloire du
* ciel et du choix du paradis ; car à mesure que
A2 VÉRITABLE fcflhtlt
» vous estimerez et aimerez la félicité étemelle,
» vous aurez moins d'appréhension de quitter cette
» vie mortelle et périssable.
» Faites souvent des actes d'amour ettven notre
» Dame , les saints et les anges. Habttuez»vofts à vi-
• vre avec eux , leur adressant souvent de$ paro* » les de louange et d'amour ; car ayant beaucoup » d'accès vers ces citoyens de la céleste Jérusalem , » vous aurez moins de regret de quitter ceux de la » terrestre ou basse cité du monde.
» Adorez souvent, louez et bénissez la très-
» sainte mort de notre Seigneur crucifié , et met-
» tez toute votre confiance en ses mérites par les-
» quels votre mort sera rendue heureuse. Dites
» souvent : O divine mort de mon aimable Jésm,
» vom bénirez la mienne , *et elle sera bénie. Je
» vous louerai et vous me bénirez, ômortpluêai-
» mable que la vie 1 Ainsi saint Charles , en la ma-
» (adie dont il mourut , fit mettre devant ses yeux
» Fimage de la sépulture de notre Seigneur , et
» celle de la prière qu'il fit au mont des Olives,
» quand H sua sang et eau. Heureuse invention de
» ce saint pour s'animer et se fortifier en ce dernier
» passage par la pensée de la mort et la passion de
» son rédempteur !
» Faites quelquefois réflexion que vous êtes fille
» de l'Eglise catholique , réjouissez-vous-en ; car
» les enfants de cette mère , qui désirent de vivre
» selon ses lois , meurent toujours bienheureux ;
• et, comme dit sainte Térèse , c'est une grande
DE S. FRANÇOIS DE SALES» t\ S
» consolation à l'heure de la mort d'être fille de » notre mère la sainte Eglise.
» Finissez toutes vos prières avec confiance , en » disant par exemple : Seigneur , vous êtes mon » espérance ; c'est en voué que foi jeté ma con- » fiance. O Dieu 9 y a-t-i/ jamais eu personne gui, 9 ayant espéré en vous , ait été confondu ? J'es- » père en vous , Seigneur, et je ne serai point » confondu éternellement,
» En vos oraisons jaculatoires pendant la jour- » née, et en ta réception- du très-saint Sacrement , » usez toujours de paroles d'amour et d'espérance » envers notre Seigneur , comme : Fous êtes mon » père et mon roi. Mon Dieu , vous (tes l 9 époux » de mon âme ! O aimable Jésus , vous êtes mon » cher maître , mon secours y mon refuge ! »