CHAPITRE NEUVIÈME
DIS IMPmrBCYlONS»
ARTICLE PREMIER
Il ne faut pas nous troubler de afts imperfections.
Tel est notre sort en cette vie que nous ne sommes pas long-temps sans commettre quelques péchés véniels i à pins forte raison ne pouvons-nous être exempts d'imperfections. Or il y a des personnes qui , faute de foire attention à cela, se troublent sans mesure quand elles tombent dans quelques péchés véoiels , ou dans de graves imperfections. Cela vient de ce que leur, désir de la perfection et de la pureté de conscience n'est pas bien réglé, et qu'elles imaginent pour cette vie un état qui n'est réservé que pour l'autre. Ce trouble natt aussi de l'amourpropre qui s'irrite de nous voir si peu avancés..
Mais ceux qui sont lès plus affermis dans le divin amour , au lieu de se troubler , s'humilient et ainsi tirent avantage même de leurs fautes. Voici l'instruction que donne sur cet objet saint François de Sales :
« L'humilité fait que nous ne nous troublons » point de nos imperfections, et elle nous rappelle
pour cela le souvenir de celles d'au trui ; car pourquoi serions-nous plus parfaits que les autres ? Elle fait aussi que nous ne nous troublons point des imperfections d'autrui , parce qu'elles nous rappellent le souvenir des nôtres ; car pourquoi trouverions-nous étrange que les autres aient des imperfections, puisque nous en avons nousmêmes ?
» L'humilité rend notre cœur doux envers les parfaits et les imparfaits ; envers les premiers par respect, envers les derniers par compassion.
L'humilité nous fait recevoir les peines avec patience, sachant que nous les méritons, et les biens avec reconnaissance,, sachant que nous ne les méritons pas.»
ARTICLE DEUXIÈME
De raflfeotion aux imperfections.
Saint François de Sales peint avec beaucoup de clarté 9 dans un de ses entretiens , les mauvais effets de raffection aux imperfections.
c L'on ne saurait jamais, dit-il, parvenir à la » perfection , tandis que Ton a raffection à quelque » imperfection , pour petite qu'elle soit ; même • quand ce ne serait qu'à avoir une pensée inutile. » Vous ne sauriez croire combien cela fait de mal » à une âme ; car dès que vous aurez donné & voit tre esprit la liberté de s'arrêter à penser à une » chose inutile , il pensera ensuite à des choses
pernicieuses. Il faut donc couper court au mat dès que jious le voyons , quelque petit qu'il soit. » Il faut exatoiaer soigneusement si nous n'avons point nos affections engagées ; par exemple , si quand M vous loue , vous venez à dire quelque pafole qui agrandisse la louange que Toit vous donne , ou bien si tous la recherchez par des paroles artificieuses , disant que vous n'avez plus la mémoire ou l'esprit si bon que vous l'aviez; eh ! qui né voit que vous prétendez que l'on vous dise que vous parlez toujours extrêmement bien ? cherchez donc au fond de votre conscience si vous y pouvez trouver de l'affection à la vanité. » Vous pourrez anssi connaître facilement si vous êtes attachés à quelque chose , lorsque vous n'aurez pas la commodité de faire ce que vous avez proposé ; car si vous n'y avez point d'affection , vous demeurerez autant en repos de ne pas la faire que si vous l'eussiez faite ; mais si au contraire vous vous en troublez, c'est une marque que tons y avez mis votre affection. Or nos affections sont si précieuses , puisqu'elles doivent être toutes employées à aimer Dieu , qu'il faut bien prendre garde de ne pas les loger en des choses inutiles ; une faute , pour petite qu'elle puisse être , si elle est faite avec affection , est plus contraire à la perfection * que cent autres faites par surprise et sans affection. »
ARTICLE TROISIÈME
Conseils#ur la manière de combattre les imperfections.
« Nous voudrions bien , disait saint François de » Sales à uue Supérieure de la Visitation, être sans » imperfections ; mais , ma très-chère fille , il faut » prendre patience d'être de la nature humaine , et » non de l'angélique. Nos imperfections ne doivent » pas nous plaire ; et nous devons dire avec l'Apô- » tre : malheureux que je suis ! gui me délivrera » du corps de cette mort ? Mais elles ne doivent pas » nous étonner , ni nous ôter le courage ; nous devons en tirer des motifs de soumission , d'humilité et de défiance dç nous-mêmes , mais, non de découragement , ni d'affliction, et encore moins de défiance de l'amour 4e Dieu envers nous ; car quoique Dieu n'aime pas nos imperfections et nos péchés véniels, il nous aime bien nonobstant cela. Il en est compae de la faiblesse et de l'infirmité d'an enfant ; elle déplaît h la mère , et pourtant non-seulement la mère ne laisse pas pour cela d'aimer son enfant , mais encore elle l'aime teodrement et avec compassion. Ainsi quoique DieU n'aime pas nos imperfections et nos péchés véniels , H ne laisse pas de nous aimer tendrement } de sorte que David avait raison de dire à Dieu i Ayez pitié de moi > Seigneur , parce que je suis infirme.
72 VÉRITABLE Espurr
» Ma très-chère fille, vivez joyeuse , sachant que
» notre Seigneur vous regarde avec amour , et
» avec d'autant plus de compassion , que vous avez
» plus de faiblesse.
» Ne permettez jamais à votre esprit 0e nourrir
» volontairement des pensées contraires ; et quand
». elles vous arriveront , ne les regardez point , dé-
» tournez vos yeux de tout sentiment de défiance ,
» et retournez-les vers Dieu avec une courageuse
» humilité , pour lui parler de sa bonté ineffable
» par laquelle il aime notre faible , pauvre et ab-
» jecte nature humaine» nonobstant ses infirmi-
» tés. »
Suite des coaseili §w ta manière de combattre lee imperfections.
Saint François de Sales donne encore des conseils sur le même objet dans une autre de ses lettres.:
« Vous vous plaignez, dit-il, de ee que plusieurs » imperfections et défauts se mêlent en votre vie , » malgré votre désir pour la perfection et pour la • pureté de l'amour de notre Dieu. Je vous réponds » qu'il n'est pas possible de nous délivrer entière- » ment de nous-mêmes pendant que nous sommes » ici-bas. Il faut que nous nous portions toujours » nous-mêmes jusqu'à ce que Dieu nous porte au » ciel ; et tant que nous nous porterons , nous » ne porterons rien qui vaille. Il faut donc avoir » patience et ne pas penser pouvoir nous guérir en
» ud jour de tant de mauvaises habitudes que nous » avons contractées par le peu de soin que nous » avons eu de notre santé spirituelle.^
» Dieu a bien guéri quelques personnes soudai- » »ement sans leur laisser aucune marque de leurs » maladies précédentes, comme il fit à l'égard de » Madeleine , qui, en un instant, d'un égoût d'eau » de corruption , fat changée en une source d'eau » de perfection , et ne fut jamais troublée uepuis » ce moment. Mais aussi ce même l)ieu a laissé en » plusieurs de ses cher» disciples, après leur con- » version, beaucoup de restes de leurs mauvaises » inclinations, et cela pour leur plus grand profit , » témoin saint Pierre qui , depuis sa première vo~ » cation , se laissa aller plusieurs fois k des imper- » feciions , et tomba tout-à-fait et fort misérable- » ment une fois en renonçant son maître.
» Salomon dit que c'est un animal bien insolent » que la servante qui devient soudainement mal- » tresse. Il y aurait grand danger que l'âme qui a ser- » vi long-temps ses passions, ne devînt orgueilleuse et vaine, si en un moment elle en devenait parfaitement maîtresse. Il faut qoe petit à petit et pied à pied nous acquérions cette domination , pour la conquête de laquelle les saints et les saintes ont employé plusieurs dizaines d'années. Il faut , s'il vous plaît, avoir patience avec tout le monde , mais premièrement avec vous-même. »