‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 24 sur 52 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

DBS FiCHES VÉNIEU.

ARTICLE PREMIER

Des chutes,

Saint François de Sales était si ennemi de l'empressement , que même il ne voulait pas que l'on en mtttropà se relever de ses chutes. Il regardait la pénitence comme imparfaite, si elle n'était pas accompagnée de tranquillité et de paix. C'est pour cela qu'il conseillait tant la pratique de la sainte douceur envers soi-même.

Tout le monde convient que la réprimande faite au prochain avec un esprit d'aigreur et de zèle amer et outrageant , n'est pas une bonne méthode pour le corriger de ses défauts. Or, comme nous sommes obligés de ne pas nous aimer moins que notre prochain, nous devons nous traiter nous-mêmes avec la même douceur que nous voudrions traiter les autres.

Quelques-uns lui disaient que nous devons nous juger nous-mêfnes avec sévérité , et que les maîtres de la vie spirituelle enseignent que nous devons

* Supplément ÏVlrUrod. à la Vie dévote, part. X , en. 22,

avoir pour nous un cœur de juge. H leur répondait :

• Gela est vrai ; mais comme un juge risque de » commettre des injustices 9 s'il précipite ses sen- » tences , ou s'il les rend avec le cœur troublé par » quelque passion ; de même il faut , pour noufc » juger nous-mêmes selon l'équité , que nous le fas- » sionsavec un esprit doux , paisible , sans trouble » et sans indignation. »

Quoi donc 1 dira-t-on, faut-il se flatter soi-même, et laisser ses ulcères intérieurs dans un état de corruption , faute de sel et de vinaigre ?

Non , sans doute. Mais qui vous a dit qu'en corrigeant le prochain il fallait le flatter ? Il faut au contraire imiter le Samaritain qui ne verse pas seule* ment de l'huile dans les plaies , mais aussi du vin , c'est-à-dire qui mêle la douceur des paroles à l'amertume naturelle de la réprimande ; car reprendre le prochain en l'injuriant et le menaçant, ce n'est pas le corriger , mais l'irriter ; c'est le provoquer à faire plus de mal ; c'est mettre du fiel dans 6a nourriture.

Le saint évêque de Genève ne voulait pas même que l'on s'accusât avec excès , ni que l'on exagérât ses fautes. Ce n'est pas qu'il voulût que l'on traitât les vices mollement, mais il recommandait d'éviter avec soin tout ce qui pouvait jeter l'âme dans le découragement ou le chagrin , sous prétexte de l'humilier. Il faut avoir l'esprit juste et marcher par le milieu du chemin , en «'humiliant sans se décourager, et en ^encourageant sans noire à l'humilité.

Il y a des maîtres si violents que , pour un verre cassé par inadvertance , ils disent mille injures k une pauvre servante , et lui donnent même des coups. Qui ne voit que cette correction est raille fois pire qne la faute ? Il en est dé même de la. conduite que Ton doit tenir envers soi-même ; car la patience fait parfaitement son œuvre , mais cellede l'impatience est toujours imparfaite •

ARTICLE DEUXIÈME

Danger de l'affection au péché véniel.

Le péché véniel ralentit l'ardeur de l'exercice de la charité, quoiqu'il n'en déracine pas tout-à-fait l'habitude dans l'âme. Il est comme un poison lent qui la mine peu à peu , la penche vers le péché mortel , et tend à l'y faire tomber, si l'on ne remédie pas à cette maladie de langueur.

En un mot, le péché mortel met la hache à la racine de l'arbre et détruit entièrement la charité habituelle ; car quet accord peut-il y avoir entfe la lumière et les ténèbres , entre Jésus-Christ et fié* liai, entre le temple du Seigneur et celui des idoles?

Mais le péché véniel ne fait que flétrir les feuilles et les fruits ; il est comme un hiver qui dépouille les arbres de leur beauté, mais qui ne les fait pas mourir.

Dieu ordonne à un pasteur, dans l'Apocalypse, de reprendre sa première ferveur ; H ne lui dit pas qu'il ait entièrement abandonné la charité quant à l'ha-

bitude , mais il dit que quant aux actes elle n'est pli» aussi ardente et agissante qu'elle Pétait au commencement. C'est pourquoi il l'exhorte à faire ses premières œuvres , c'est-à-dire à rentrer dans sa première ferveur dont il s'était détourné.

C'est e&que saint François de Sales fait remarquer en ces termes : « Dieu reprit Tévêque d'Ephèse de ce qu'il avait abandonné sa première charité. Il ne dit pas qu'il était sans charité ; mais seulement qu'elle n'était plus telle qu'au commencement, c'est-à-dire qu'elle n'était plus prompte, fervente, florissante et fructueuse. C'est ainsi que nous avows conuimede dire d'un homme qui , degai , joyeux et actif, est devenu chagrin, paresseux et maussade ,<toe ce n'est plus cekii d'autrefois ; car nous ne voulants pas faire entendre par là que ce tfe «oit pas le mente quant à la substance > mais seulement qu'il n^est plus le même quant aux actions et à sa conduite. • L'affection au péché vénier est semblable an diamant qui ? par sa présence, empêche que l'aimant n'attire le fer ; mais aussitôt qu'il est ôté , l'armant reprend sa propriété. Une âme affeetiénrtée %u péché véniel est retardée dans le sentier de la justice * mais aussitôt qu'elle s'est déchargée de ce fardeau, Dieu dilate son cœur et ta fait courir en là voie des divins commandements.

Voici comment l'explique le saint évêqne de Genève : « De môme que la présence du diamant em- » pêche l'exercice et l'action de la pftpttétéqu'A,

l'aimant d'attirer le fer , sans toutefois lui ôter cette propriété qui opère aussitôt que cet empêchement est éloigné ; de même la présence du péché véniel n'ôte pas à la. charité sa force et sa puissance d'opérer , mais elle l'engourdit en certaine façon , et là prive de l'usage de son activité, tellement qu'elle demeure sans action , stérile et inféconde. • On demande quelquefois si un grand nombre de péchés véniels peuvent équivaloir à un péché mortel, et par conséquent faire perdre la charité. Il faut répondre que tous les péchés véniels, quel qu'en soit le nombre, ne peuvent pas égaler un péché mortel; mais que néanmoins il n'en faut pas un grand nom* bre pour nous disposer au péché mortel, selon cette parole de la sainte Ecriture : Celui qui méprise la petites fautes , tombent peu à peu dans de plus grandes; celui qui aime le péril y périra; car, selon la maxime de saint Bernard, celui qui ri avance pat recule.

Voici ce que dit sur cet objet le saint évéque de Genève ; « La charité étant une qualité active , ne » peut être long-temps sans agir ou périr ; elle est, » selon l'expression de nos anciens , de l'humeur de Rachel , qui disait à son époux : donnez-moi • des enfants, ou je mourrai; car la charité presse » le cœur auquel elle est mariée , de la féconder es m bonnes œuvres , autrement elle périra. »

Le péché véniel, surtout lorsque l'âme y a une grande affection , nous met en danger de perdre la

charité , parce qu'il nous expose au péril d'offenser Dieu mortellement Ecoutez ce qu'en dit encore notre saint : c Le. péché véniel , et même l'affection » au péché véniel , ne sont pas essentiellement cou- » ira ires à la résolution de la charité , qui est de » préférer Dieu à toutes choses , parce que, par le » péché véniel , nous aimons quelque chose hors de » la raison , mais non contre la raison ; nous défé- » rons un peu trop et plus qu'il n'est convenable » à la créature , mais non jusqu'au point de la pré- » férer au créateur ; nous nous arrêtons plus qu'il » ne faut aux choses terrestres , mais nous ne quit- » tons pas pour cela les célestes ; en un mot , le pé- » ché véniel nous retarde dans le chemin de la » charité ; mais.il ne nous en fait pas sortir, et par » conséquent il n'est pas essentiellement contraire » à la charité , et il ne la détruit jamais ni en tout »* ni en partie.

. » Néanmoins le péché véniel est péché , et par » conséquent il déplaît à la charité, non comme » 'une chose qui lui soit contraire, mais comme une » chose contraire à ses opérations et à ses progrès, » et même à ses intentions qui , étant que nous rap- » portions toutes nos actions à Dieu , sont violées » par le pèche véniel. »

6B VÉRITABLE ESPfilT

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