‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 27 sur 52 · S IL · texte numérisé non relu

S IL

Suite du degré sublime de pureté* d'intention.

Saint François de Sales n'avait d'autre intention que la pureté du divin amour ; et comme on connaît qu'il y a du feu dans une cheminée lorsqu'il en sort de la fumée ou des étincelles, de même il était aisé de connaître par les saints élans de son cœur que le feu de l'amour divin le consumait

Il dit un jour à une personne à qui il parlait avec confiance : a Si je connaissais un seul petit fil d'af- » fection en mon âme qui ne fût pas de Dieu , en » Dieu et pour Dieu , je l'arracherais à l'instant , » et j'aimerais mieux n'être point du tout , que de » n'être pas entièrement et sans réserve à Dieu seul.

» Si je savais la moindre partie en moi qui ne fût > pas gravée du signe de Jésus-Christ, je la retran- » cherais aussitôt, et la rejetterais, selon ce que » l'Ecriture nous enseigne, qu'il faut arracher l'œil » et couper la main ou le pied qui nous scandalise. •

On voit par ces paroles quelle haine il avait pour toute affection étrangère au saint amour. Quand nous aimons ardemment quelqu'un, nous avons en aversion tout ce qui peut être contraire à ses légitimes désirs ; de même tout ce qui pouvait mettre empêchement au règne plein et entier de l'amour divin sur son cœur, était en horreur à cet homme de Dieu.

II ne considérait que Dieu et son service avet un œil pur et un cœur désintéressé ; et voici le vrai sentiment de son âme , tel qu'il l'a exprimé clans son Traité de l'amour de Dieu : « En parlant par » imagination de chose impossible , et qui n'est » presque pas imaginable , je dis qn'encore qu'il » n'y aurait ni enfer pour punir les rebelles , ni » paradis pour récompenser les bons, et que nons » n'aurions aucune sorte d'obligation , ni de de- » voir envers Dieu , néanmoins l'amour de bien- » veillance nous porterait à rendre une obéissance » et une soumission entière à Dien par choix et » inclination , et même par une douce violence » amoureuse, en considération de la souveraine » bonté , justice et droiture de la divine volonté. » Voici encore un beau souhait de notre saint évêque : «Que notre amour soit tout en Dieu, et

n que Dieu soit eu toute chose notre amour 1 » Amen ! » Ainsi il nous invite à n'aimer pas seulement Dieu au-dessus de tout et en toutes choses, mais encore à n'aimer en tout qu'une seule chose qui est Dieu.

Il louait souvent un trait qu'on trouve dans] la vie de saint Louis , par le sieur de Joinville :

« Je veux vous raconter, dit Joinville, une chose » que j'ai entendu dire au frère Ives le Breton , qui était de l'ordre des frères prêcheurs. Pendant que le roi de France liait h Acre en Palestine , ce frère s'en allant de la maison du roi au logis des ambassadeurs du Soudan de Damas , pour leur faire un message du roi , trouva dans la rue une femme fort empressée qui portait en sa main droite une écuelle pleine de feu , et en sa main gauche une fiole pleine d'eau. Frère Ives lui demanda ce qu'elle voulait faire de ce feu et de cette eau ? Elle lui répondit qu'avec le feu elle voulait brûler le paradis, et qu'avec l'eau elle voulait éteindre l'enfer, afin que jamais il n'y eût plus de paradis ni d'enfer. Le religieux lui en demanda la raison , et elle ajouta : parce que Je ne veux plus que personne fasse le bien pour avoir le paradis en récompense, ni que personne évite le péché par la crainte du feu de l'enfer. Mais on doit le faire par le motif de C entier et parfait amour que nous devons à Dieu notre Créateur , qui est le bien souverain* et qui nous a tant ai-

aimés , qu'il s'est soumis à la mort pour notre ré-

» demption, ayant souffert la mort pour te péché de » notre premier père Adam, et pour nous sauver.» Le saint évêque de Genève a dit plus d'une fois qu'il était à propos d'inculquer cette histoire aux âmes pieuses , et qu'il serait à désirer que l'on en fît des images en taille douce pour les leur distribuer , afin de les faire souvenir qu'il est digne d'une âme grande et noble d'aimer et servir Dieu par le pur motif de son divin amour. On trouve , à la tête d'un excellent traité de piété intitulé: De la droite intention, par le P. Jérémie Drexelius, Jésuite, une image de cette femme, tenant d'une main un réchaud plein de feu avec lequel elle brûle le paradis, et de l'autre un vase plein d'eau avec laquelle elle . éteint le feu de l'enfer : Au-dessous sont écrits ces mots : Servir Dieu pour Dieu.

ARTICLE TROISIÈME

De la vie de foi.

' si.

Marcher selon l'esprit de foi.

» Il faut, disait saint François de Sales, marcher » devant Dieu selon l'esprit de la foi , et non selon » le sens humain. »

Pour bien comprendre cette importante maxime, on doit se rappeler que la foi prend sa source dans une lumière surnaturelle dont Dieu éclaire notre entendement par un pur effet de sa grâce , afin de le rendre capable d'acquiescer aux vérités célestes

qui surpassent notre portée et notre intelligence, et qu'il nous a fait connaître par la révélation. Suivre cette lumière, c'est avoir la vie de la foi , comme l'avait le Roi-Prophète qui disait : Seigneur, votre parafe est une lampe qui éclaire mes démarches et une lumière qui dirige mes voies.

La foi est semblable à la colonne de feu qui conduisait les Israélites dans le passage de la iner rouge, et qui formait un mélange de ténèbres et de lumière. De même la foi ne nous fait voir les objets qu'elle nous propose que par un miroir et en énigme. Elle n'est pas si évidente qu'elle n'ait quelqne chose d'obscur, parce qu'elle roule sur des objets que la raison ne peut pas comprendre ; elle n'est pas si obscure , qu'elle ne soit évîdement appuyée sur les preuves les plus incontestables ; elle est comme l'épouse des Cantiques , noire, mais belle, parce que ses grâces et ses attraits surpassent toutes les beautés des vérités que nous concevons par les simples lumières naturelles.

Marcher selon la foi, c'est se conduire, non selon les maximes qui nous sont suggérées par là chair et le sang, ou par la raison humaine, mais selon celles qui nous sont révélées par le Père céleste. La foi vive qui nous fait marcher ainsi , est animée par l'ardeur de la sainte charité, qui est l'âme, la forme et la vie de la foi , comme de toute autre vertu parfaite.

Marcher selon la foi , c'est rejeter les œuvres de ténèbres, c'est-à-dire le péché , et se revêtir des

terre comme elle est accomplie dans le ciel ; il voulait aussi que Ton fit beaucoup d'attention à ce qui est écrit dans le Cantique des cantiques, que l'épouse a blessé le cœur du divin époux par un seul de ses yeux et un seul de ses cheveux , c'est-à-dire par ses actions vertueuses, petites et grandes, faites dans Tunique intention déplaire à Dieu,

C'est proprement là ce qui s'appelle marcher en esprit de foi : c'est ainsi qu'Abraham , dont la foi est tant louée dans la sainte Ecriture , marchait en la présence de Dieu pour être parfait.

S in.

Des vérité* dtf la foi*

Saint François de Salés donne dans une de ses lettres des instructions fort importantes sur les vérités de la foi :

« Il y a , dit-il , des vérités de la foi , qui sont » agréables à l'esprit humain, non -seulement » parce que Dieu les a révélées par sa parole et » proposées par son Eglise > mais encore parce » que nous les pénétrons bien, que nous les en- » tendons facilement, et qu'elles sont conformes à » nos inclinations. Par exemple , cette vérité qu'il » y a un paradis après cette vie mortelle , est un » article de foi que plusieurs trouvent bien à » leur gré, parce que ce bonheur est doux et » désirable. Que Dieu soit miséricordieux ; la plu- » part des hommes le trouvent fort bon et le

croient aisément, parce que la philosophie même nous l'enseigne , et que cela est conforme h notre goût et à nos désirs.

» Mais il n'en est pas de même de quelques autres vérités de la foi. Par exemple , qu'il y ait un enfer éternel pour la punition des méchants, c'est une vérité de foi ; mais vérité amère , effroyable, épouvantable , que nous ne croyons pas volontiers , et qqe nous n'admettons que par la force de la parole de Pieu,

p Or , je dis premièrement que la foi nue et simple est celle par laquelle nous croyons les vérités de la foi , sans considération d'aucune douceur , suavité et consolation que nous ayons en elles , mais par le seul acquiescement que notre esprit fait à l'autorité de la parole de Dieu et de la déclaration de l'Eglise ; et ainsi nous ne croyons pas moins les vérités effroyables que les vérités douces et aimables ; alors notre foi est nue, parce qu'elle n'est revêtue d'aucune suavité , ni d'au* eun goût ; elle est simple, parce qu'elle n'est mêlée d'aucune satisfaction de notre propre sentiment.

» Secondement, il y a des vérités de foi que nous pouvons saisir par l'imagination, comme que notre Seigneur est né en la crèche de Bethléhem , qu'il a été porté en Egypte ; qu'il a été crucifié ; qu'il est monté au ciel. Il y en a d'autres que nous ne pouvons point saisir par l'imagination, comme le dogme de \% très-sainte Trinité , l'éternité de

» Dieu, la présence du corps de notre Seigneur » dans le très-saint Sacrement de l'Eucharistie ; » car tous ces dogmes sont véritables d'une façon » qui est inconcevable à notre imagination , parce - » que nous ne savons pas imaginer comment cela » peut être ; néanmoins notre entendement le croit » fermement et simplement , sur la seule assurance >> qu'il prend en la parole de Dieu. Voilà une foi » véritablement nue , car elle est destituée de toute » imagination ; et elle est parfaitement simple , » parce qu'elle n'est mêlée d'aucune sorte d'actions » que de celle de notre entendement qui adhère » purement et simplement à ces vérités sur le seul » gage de la parole de Dieu ; et cette foi ainsi nue » et simple est celle que les saints ont pratiquée et » pratiquent au milieu des stérilités, aridités , dé- » goûts et ténèbres.

» Vivre en vérité et non en mensonge , c'est » mener une vie totalement conforme à la foi nue » et simple, selon les opérations de la grâce, et non » selon les opérations delà nature , parce que no- >< tre imagination , nos sens, notre sentiment , no- » tre goût, nos consolations , nos raisonnements, » sontsujetsàl'erreunetquevivreselonceschoses, »> c'est vivre en mensonge , ou du moins en un » perpétuel hasard de mensonge. Mais vivre selon » la foi nue et simple , c'est vivre en vérité.

" Il est dit du démon qu'il ne s'arrêta pas en la » vérité, parce que ayant eu la foi au commence- » ment de sa création , il s'en écarta , voulant rai-

* sonner sans la foi sur $2 propre excellence , et •» cberchcr en lui-mime sa fin , non selon la foi Que « et simple, mais selon les conditions naturelles » qui le portèrent & l'amour déofeesuré et déréglé » de soi-même ; et c'est le mensonge dans lequel

* tombent, tous ceux qui n'adhèrent pas arec sim-

* plicité et nudité de foi à la parole do notre 8ei-

* goeuir , mais qui veulent vivre selon la prudence » humaine ; car cette prudence n'est autre chose .» qu'ua^flftttrmilièrede^easoftf^etde vainirai-

S Vf.

Voici des observatioiw^èSHremarqjuaWes % faites par saint François de Sales sur la beauté des mystères de la foi :

« Lorsque notre esprit * élevé au-dçssus <le la lu- » inière naturelle > commence k voir les vérités sum. hUmes 4e la fou 4 Dieu ,. quelle allégresse! L'âme » se fond de plaisir an entendant la. parole de son

* céleste éponx , qu'elle trouve plus douce et plus » suave que le miel de toutes les sciences humai- » nés.

» Dieu a gravé l'empreinte de ses pas sur toutes » les choses créées » de sorte que la connaissance » que nous avons de 3a divine majesté par les créa- » tures , ne &wWe être autre chose que la vue des

* pieds de Dieu* Mais en comparaison de cela , la

» foi est une vue de la face même de sa divine ma- » jesté , que nous ne voyons pas encore au plein » jour de la gloire , mais que nous voyons pourtant » comme en l'aube du jour , ainsi qu'il arriva à Ja- » cob ; car bien qu'il n'eût vu l'ange avec lequel il » lutta, qu'à la faible clarté du point du jour, néan- » moins, tout ravi de contentement, il s'écria : J'ai » vu le Seigneur face à face , et mon âme a été » sauvée.

» Oh î quelles délices dans la sainte lumière de » la foi par laquelle nous savons avec une certitude » incomparable , non-seulement l'origine des créa- » tures et leur véritable usage , mais aussi la nais- » sance é ter ne H e du grand et souverain Verbe di- » vin , auquel et par lequel tout a été fait , et qui , • avec le Père et le Saint-Esprit est nn seul Dieu , » très-unique , très-adôrable et béni dans les siè- » clés des siècles ! Amen ! Ah ! dit saint Jérôme à » son ami Paulin , te docte Platon ne sut jamais » ceci , f éloquent Démosthène t'a ignoré.

» Notre cœur ri était-il pas tout ardent tandis qu'il » nous parlait en chemin ? s'écriaient les heureux » pèlerins d'Emmaûs, parlant des flammes amou- » reuses dont ils étaient embrasés par la parole de » la foi. Que si les vérités divines procurent déjà de » si grandes suavités , lorsqu'elles ne sont encore » proposées que dans la lumière obscure de la foi , » ô Dieu , que sera-ce quand nous les contemple- » rons en la clarté du midi de la gloire !

» La reine de Saba , qui , sur la grandeur de la

renommée de Salomon , avait tout quitté pour aller le voir , étant arrivée en sa présence , et ayant entendu les admirables paroles de sagesse . qui sortaient de sa bouche, tout éperdue et comme pâmée d'admiration , s'écria que ce qu'elle avait appris par oui-dire concernant cette céleste sagesse , n'était pas la moitié de ce que la vue et l'expérience lui en faisaient connaître. Oh ! que belles et aimables sont les vérités que la foi nous révèle par l'ouïe 1 Hais , quand arrivés en la céleste Jérasalem* nous verrons le grand Salomon , roi de gloire , assis sur le troue de sa sagesse b manifestant avec une clarté incompréhensible les merveilles et les secrets éternels de ta vérité sou* verarné dans cet heureux séjour où notre entendement verra la présence de ce qu'il avait cru icibas.; obi alors quels ravissements 1 quelles extases ! quelle admiration ! quel amour ! quelles douceurs ! Non , jamais, dirons-nous en cet excès de suavité* non, jamais nous n'aurions pensé voir des vérités si délectables» Noies avons cru tout ce qu'on nous avait annoncé de votre gloire , ô grande cité de Dieu* mais nous ne pouvions pas concevoir la grandeur infinie des abîmes de vos délices. »

Bel exefloplede la vie 4e foi en saint Jean-Baptiste.

Une année , en la fête de saint Jean-Baptiste , le pieux évéque de Genève écrivit. en ces termes à une personne dont saint Jean était le patron :

« Je voudrais bien avoir quelque beau bouquet

• du désert de notre glorieux saint Jean , pour le » présenter h votre chère âme ; mais la mienne , » ptos stérile que fe désert , n'a su en trouver au- » jourd'hui , quoiqu'elle ait eu ce tnflthi -et ait en- » tore présentement un certain petit et insensible » sentiment de ne vouloir plus vivre selon la na- » tore, mais tant qu'il se pourra, selon la foi, Pes- » pérance et la ctarrité chrétiennes, à l'imitation de » cet homme Angélique que nous voyons dans ce » profond désert ne considérer que Dieu et soi- » même. Oh ! que bienheureux est l'esprit de celui » qui m voit que ces deux objets, dont l'un le ra- » vit à l'amour de la beauté souveraine , et l'autre

• le pénètre des sentiments d'une extrême humilité » et abjection ! Car que pouvait dire ce grand er- » mite en un fieu où fil n'y avait que Dfeu et lui , » sinon : Qui êtet-vons, Seigneur, et quisuie-je? » Je prie notre Seigneur qui est l'agneau que » saint Jeaft nous montra ,- qu*H vous revête de la » très-sainte laine de ses mérites. Dieu I quelle » admirable pureté de ccrar ! quelle indifférence à » toutes choses en cet ange humain ou homme » aogêlique , qui semble presque n'aimer pas son » maître pour l'aimer davantage et plus purement ! » Je ne sais comment il eut le courage de demen-

• rer en son désert après qu'il eut baptisé son San- » veur , et qu'il l'eût vu s'en aller de là. II continue » néanmoins ses prédications et ne se laisse point » vaincre à la tendresse et suavité de l'amour de la

» présence de sou souverain bien ; mais avec un

• amour austère, constant et fort, il continue en

• son absence à le servir. Que Dieu et le grand » saint Jean vous veuillent visiter en la douceur de » leurs consolations J •

ARTICLE QUATRIÈME

Vit selon l'esprit.

Une personne ayant demandé à saint François de Sales ce que c'était que de vivre selon l'esprit , il lui répondit :

« Vivre selon fesprït , c'est penser , parler et

• agir selon les vertus qui sont dans l'esprit , et » non selon les sens et sentiments qui sont en la » chair. De ceux-ci il faut s'en servir , ft faut les

• assujettir ; mais il ne faut pas vivre selon eux. 9 Au contraire les vertus spirituelles , il faut les » servir et leur assujettir tout le reste.

» Quelles sont ces vertus de l'esprit? Ce sont la » foi qui nous montre des vérités révélées au-des- » sus des sens; l'espérance qni.nous fait aspirer

• à des biens invisibles; la charité qui nous fait » aimer Dieu pu-dessus de tout , et aimer le pro- 9 chain comme nous-mêmes d'un amour non sen- » suel, non naturel, non intéressé, mais d'un amour » pur, solide et invariable , qui a son fondement 9 en Dieu.

9 Le sens humain appuyé sur la chair, fait que

• souvent nous ne nous abandonnons pas assez en-

» tre les mains de Dieu , parce qu'il nous paraît * que , puisque nous ne valons rien , Dieu doit ne » tenir aucun compte de nous , et agir comme les » hommes qui vivent selon la sagesse humaine ; » car ils méprisent ceux qui lie leur sont point oti- » les. Au contraire , l'esprit appuyé sur la foi s'en- » courage au milieu des difficultés , parce qu'il sait » bien que Dieu arme , supporte et secourt les rai- » sérables , pourvu qu'ils espèrent en lui.

• Vivre selon l'esprit , c'est aimer selon l'esprit ; » vivre selon la chair , c'est aimer selon la chair ; car l'amour est la vie de l'âme* comme l'âme est la vie du corps.

» Une personne est bien douce, bien agréable, et je la chéris tendrement Elle m'aime bien, elle me rend service , je l'aime réciproquement pour cela. Qui ne voit que j'aime selon les sens et la chair? Caries animaux qui n'ont point d'esprit et qui n'ont que la chair et les sens , aiment leurs bienfaiteurs et ceux qui les traitent avec douceur et affection.

» Une personne est rude , âpre et incivile , mais du reste elle est très-dévote et même désireuse de s'adoucir et de se civiliser, je l'aborde, je lui témoigne de l'affection , je lui rends tous les services qui sont en mon pouvoir, non que j'aie du plaisir à être avec elle , ni que cela soit utile à mes propres intérêts, mais parce que cela est selon le bon plaisir de Dieu. Cet amour est selon l'esprit , car la chair n'y a point de part

« Je suis d'un caractère timide et je voudrais hfen que l'on m* laissât vivre selon cette inclination. Qui ne voit que ce désir n'est pas selon l'esprit ? ear tandis que j'étais bien jeune et que je n'avais point encore d'esprit, je vivais déjà ainsi. Mais , quoique selon mon naturel je sois craintif s néanmoins je veux essayer de surmonter ces sentiments naturels , et petit à petit faire bien tout ce qui appartient à la charge quv l'obéissance m'a imposée. Qui ne voit que c'est vivre selon l'esprit t

» Vivre selon l'esprit, c'est faire les actions, dire les paroles et avoir les pensées que l'esprit de fol requiert de nous. Et quand je dis avoir les pensées , j'entends dtes pensées volontaires.

* Jfe suis triste , fet à catrce de teta je né veux pas parier, les perroquets font ainsi.

» le suis triste , mais puisque la charité feqtriert que je parlé , je le ferai ; les personnes vraiment pieuses font cela.

» le taris méprisé et je m'en tâche ; 6'estainti que fohttes paons et les singes.

* Je suis méprisé et je m'en réjouis ; les apôtres faisaient ainsi.

» Vivft donc selon r esprit , tfeBt faite ce quela foi , Tespérance et la charité nta» enseignent , soit dans les choses temporelles , soit dans les spirituelles.

* Vives entièrement selon l'esprit; demeurer doucement en paix ; soyez très-éssttrée qne Dieu

» vous aidera ; reposez-vous en toute rencontre » entre les bras de sa miséricorde et de sa bonté » paternelle â et que Dieu soit à jamais votre tout. »

ARTICLE CINQUIÈME

Vie de Jésus-Christ en nous.

Saint François de Sales explique en ces termes , dans un de ses sermons , les paroles de saint Paul : Jésus-Christ vit en moi, .

« -Exerçons-nous à pratiquer une continuelle » mortification de nous-mêmes et de notre amour-

• propre , à Fimitation du saint Apôtre qui disait » qu'il ne vivait plus en lui-même , puisqu'il avait » crucifié son amour, ou que son amour était cru- » cifié. Il avait tellement mortifié son amour-pro- » pre, qu'il l'avait entièrement anéanti, et qu'il » n'avait plus d'amour que pour notre Seigneur 9 crucifié. Certes il avait bien raison , ce grand

• saint, de dire qu'il ne vivait plus en lui-jouême; » car ôter l'amour-propre de nos âmes, c'est leur » ôter la vie et leur donner la mort ; mais heureuse

• mort qui nous fait mourir à nous-mêmes , pour » nous faire vivre à Dieu. Aimez donc tellement » celui qui est mort pour nous unir à lui et pour n nous témoigner la grandeur de son amour, que » rien ne puisse plus vivre en vous que lui, afin » que vous puissiez véritablement dire' avec saint » Paul : Je ne vis plus; mais c'est Jésus-Christ

• gui vit en moi

» L'amour à été la vie à notre divin Maîtrq , il ne reste donc pins sinon que nous mourions d'arotour pour lui ; on du moins que nous m vivions plus que pour son amour , mais non d'un amour tel quel ; car il faut que notre amour soit correspondant au sien , autant qu'il nous sera possible ; je ne dis pas égal » car nous ne le pouvons pas ; mais je veux dire que cet amour doit être fort et courageux , qu'il doit croître pami les contradictions, sans que nous nous lassions jamais de souffrir pour le divin époux. Soyons dooc bien aises , pour lui témoigner notre amour, de nous rendre semblables à lui en son abjection et en se* souffrances , puisque l'amour nous fait imiter ceux que nous aimons.

# Considérez, je vous prie, ce que fît saint Paul , de la bouche duquel est sorti cet élan d'amour i Je ne vis plus , c'est Jésm-Ckrist qui rit en moi. Considérez quelles persécutions il endura, quelles mortifications , quelles abjections , quels tourments , quelles douleur*. Écoutez ce qu'il dit en son épttre aux Corinthiens : Nous avons été eàl&mniis el persécutés à outrance , injuriés et méprisés , jusque là que nous avons été rexfardh tomme ta balayitre du monde. Il n'y a rien de plus vil dans une maison que les balayures, en sorte que l'on ne voit jamais assez tôt l'heure qu'elles en soient dehors ; de même , vent dire saint Paul , les hommes nous ont en si grande horreur, qu'ils ne verront jamais, ce

• leur semble , assez tôt l'heure de nous ôter de » devant leurs yeux. Nous sommes copine la pelure » d'une pomme ; car si le monde est une. pomme ,

• nous en sommes la pelure qu'on jette là comme » une chose de néant.

» Donc, pour acquérir et acheter la perle pré-

• rieuse du saint amour; et pour parvenir à la » transformation à laquelle nous prétendons , il faut » nous résoudre d'être ainsi rejetés > méprisés,

• mortifiés et regardés comme le rebut du monde

• et comme une chose de néaot. »

ARTICLE SIXIÈME

Adiefex de saint François de Salés.

Bien des personnes se disent adieu sans réfléchir au sens chrétien de cette expression. II n'en était pas de même de saint François de Sales. Voici comment il exprime dans une de ses lettres les sentiments dont il animait cette salutation :

« Je vous dis de tout mon coeur adieu. A Dieu » soyez-vous à jamais, en cçtte vie mortelle,

• le servant fidèlement au milieu des peines que

• l'on a en portant la croix à sa suite * et en la vie » immortelle, le bénissant éternellement avec toute

• la cour céleste. C'est le grand bien de nos âmes » d'être à Dieu , et le très-grand bien de n'être qu'à

• Dieu.

• Qui n'est qu'à Dieu, ne s'*ttriste jamais, sinon » d'avoir offensé Dieu ; et sa tristesse sur cela con-

DE S. FflÀKÇOIS DE 8AtE& 9 S

• siste en une profonde , mais tranquille et paisi- » blé humilité et soumission, après laquelle il se » relève en la bonté divine par une douce et par?* » faite confiance sans chagrin ni dépit.

» Qui n'est qu'à Dieu , ne cherche que lui ; et » parce que Dieu n'est pas moins en la tribulation » qu'en la prospérité , il demeure en paix parmi » les adversités.

» Qui n'est qu'à Dieu , pense souvent à lui au » milieu de toutes les occupations de cette vie.

p Qui n'est qu'à Dieu, veut j)ieo que chacun sa?, » clie qu'il le veut servir et qu'il veut s'occuper à » des exercices convenables pour demeurer uni h » lui.

» Soyez donc, tout à Dieu et ne soyez qu'à lui , » ne désirant que de lui plaire , et ne voulant plaire » à ses créatures qu'en lui, selon lui et pour lui. » Quelle bénédiction plus grande puis-je vous sou- » haiter ? Ainsi donc par ce souhait que je fais saô9

» cesse pour votre âme , je vous d\p adieu. »

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