‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 31 sur 52 · Acte de foi · texte numérisé non relu

Acte de foi

Je vous vois , ô mon Dieu , des yeux de mon esprit , comme une mer de perfection et un abîma de bonté qui, non-seulement m'environne 4e tous oAtés, mais qui Jiabite et qui réside-trèshentièreinent, et par une vraie présence , dans le fond de mon misérable «mur; il n'y a rien en moi .qui ne soit iota* lement soutenu et animé par la puissance de votre sainte divinité.

ActeéTfannitité.

Ah ! comment peut vivre cette misérable et si pauvre créature eu une si profonde présence de votre bonté ! U me semble 3 à mon Dieu, que mon cœur ainsi mêlé , uni et nageant en votre infinie essence , n'est antre chose qu'un vil et venimeux crapaud qui flotte , uage et vit dans une mer de baume précieux.

Invocation du secours divin.

Mais , Seigneur , puisque vous m'avez reçu, élevé et maintenu dans les entrailles de votre sainte présence, eh ! mon Dieu , ne me rejetez point de devant votre sainte face. Permettez à ce cœar misérable de répandre ses indignes pensées et ses petites affections dans le sein de votre miséricorde. Vous me Pavez commandé , 6 mon Dieu. Me voici vôtre indigne serviteur ; qu'il me soit fait selon votre parole ! faites briller sur moi la lumière de .votre visage afin que je considère vos merveilles pour vous louer , vous adorer et vous tenir à jamais.

8 il.

Proposition du m/stère. Fonction de l'imagination.

Je m'imagine , et il me semble que je me trouve parmi cette grande foule de gens qui accourent fde toutes parts pour voir crucifier le Sauveur sur le mont du calvaire, et que je suis en un lieu un peu plus éloigné que les autres, séparé de la foule et plus élevé , d'où je puis contempler facilement ce triste et cruel spectacle.

Je m'imagine de plus que le crucifiement est fait, c'est-à-dire la croix étendue sur la terre; que notre Seigneur, dépouillé de ses vêtements, a été attaché sur la croix par les bourreaux , et que ses pieds et ses mains y ont été cloués.

Maintenant donc m'étant placé par imagination

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en ce lieu , je m'imagine outre cela que je vois qu'on élève la croix où est attaché ce Dieu crucifié, et que je vois ensuite qu'on plante qu terre ççtte croix et qu'on la fixe dans Iq creu* qui a été fait pour cela.

(Voilà k myttérç profit e^ t gw; il a deux partie* : Céiévation de la, crojç et sop plant ement. Il me reste à considérer les pçrtic^lqritto qui peuvent émouvoir nia vQfetttf à dç saintes affections et résolutions; et c'est en cela que compte la méditation, )

Seconde partie , ou corps de l'oraison, consistant dus les considérations , fonction de l'entendement ou de l'esprit; dam les affections, fonction de la votent* ou du cour , et dans les résolutions.

Première considération,

Je considère ce que le bon Sauveur souffre tant extérieurement qu'intérieurement,

En l'extérieur, à mesure qu'on l'élève , son corps s'incline, pèse et se supporte entièrement sur ses pieds et ses mains cloués , dont les plaies s'agrandissent et la douleur devient immense.

Quand la croix tomlje dans le trou préparé , le Sauveur reçoit unis secousse qui augmente de pou~ veau ses plaies et ses douleqrs ; ce qui fait pleuvoir et distiller le sang de tous les côtés.

Etant élevé en l'air , le vent froid saisit ce corps tout ulcéré et déchiré des coqps qu'ij avait (|éjà reçus et le fait presque trapsir et pâmef\

DE S, FRANÇOIS DE SALES* iil

Pour l'intérieur , ce cœur tout languissant d'amour se fend de détresse à la vue de tant d'Âmes qui se perdent , et surtout de ceux qui le crucifient ; et il me semble qu'il dit : hélas 1 tant d'âmes pour la vie desquelles je veux mourir spr ce bois , se perdront-elles éternellement !

Affections.

Eh ! quel serait le tigre qui ne fondrait en larmes sur ce jeune roi , le plus doux de tous les bombes , vrai Fils de Dieu, et qui est si maltraité! Hélas ! il n'y a point d'homme si dénaturé qui , voyant un criminel subir le dernier supplice et expirer dans les tourments , n'en eût compassion ! Eh donc , mon Ame , ne mourras-tu point de douleur de voir ton Sauveur qui souffre tant ? Vois ce cœur profondément affligé pour les péchés du monde ; et si ton cœur ne s'afflige point avec lui , ne faut-il pas qu'il soit plus dur qu'un diamant !

Oh I qui me fera la grâce que je puisse en quelque façon soulager mon Sauveur en cette affliction? Eh ! que ne m'est-il permis de le couvrir de quelque habit précieux, de répandre sur ses plaies quelque baume excellent , et de supporter entre mes bras la pesanteur de ce corps !

O mon Dieu , que ne suis-je un excellent prédicateur pour empêcher au moins que <?e divin cœur ne soit offensé par tant d'iniquité* ! Oh I avec quelle force je dirais : cesses de vivre dans l'iniquité , et

d'aiguiser les traits de votre méchanceté pour les lancer dans ce cœur déjà si affligé.

Mais , ô mon Dieu , pourquoi in'arréter à ces désirs , moi qui dois tourner sur moi-même toute mon indignation ? Vous ne me demandez pas sur la croix mes vêtements, et je vous les offre ; vous me les demandez pour vos pauvres qui sont vos membres, et je vous les refuse. Comment répandrais-je du baume sur vos plaies, puisque j'ai bien de la peine à répandre quelque don sur vos pauvres ? Eh ! comment pourrais-je être un prédicateur de pénitence, moi qui n'en ai point encore fait, et qui contribue tous les jours plus qu'aucun autre aux amertumes que vous causent les péchés des hommes ! ô vains et misérables désirs ! ô offres inutiles, puisqu'elles ne sont qu'en apparence , et qu'en effet ce ne sont que des illusions !

Résolutions.

Ne cesserai-je pas enfin de wus être infidèle , ô mon Sauveur et mon Dieu? Oui , je le veux /et je vous consacre tous mes sentiments r ce ne seront plus désormais d'inutiles désirs, ce seront des effets ; ce ne seront plus des paroles, ce seront des œuvres. Je veux soulager les pauvres , faire pénitence et y exciter les autres. Je me dirai à mot-même , et ensuite aux autres : Serons-nous plus cruels au Sauveur que les vautours ne le «ont aux colombes ? Serons-nous si acharnés contre le saint colombeau

DE S. FRANÇOIS DE SAI.ES. il*

qui niche sur l'arbre delà eroii» quiede massacrer et déchirer «on coeur avec te» malheureuses dente de non inifrifés ? Ah 1 Setgnetr * je setti dorénavant invariable dans (a résolution que Je prends d'aimer et de secourir les pauvres qui sont rm membres, et de procurer mon amendement et celui des autres.

( Voilà une considération étendue bien an long atte les affrétions et tes résolutions , je passerai maintenant légèrement sur tes autres , et je fie ferai que les mah/tter. )

Seconde considération.

Je considère de quelle manière le Sauveur souffre en Ce mystère.

Pàat l'extérieur, voyét le graM Wtëfièe démette divine boutée qUi tfeët buvèrtê (juè #àW jéWfr de paisibles MtipiM. Ses jènt défait et fcraciëdx regardent «ftiëlquéfoift te de* *véé grtttid ftfyfcfet, et qtfeftjtieftfe acritfi tts ië tôArâëirf du côté iià peupte , qu'ils bôflsidëfeht dvefc bèhbëott$ dte cOM^ssiért. ïë croie voir sa ^oitrhré et cotoftfcnipfer soft c*Bur quf ptfljJite cPatnôtft* avec tant d'ardent , que toùeë ètette partie de son corps me paHti d'une rougeur enflammée*

Pouf l'intérieur, il souffre volontairement, patietmnèm et aàftnrêu sentent.

Affections. misérable que jéstiisl je ne saurais souffrir un mot de contradiction sans répliquer ; o&

me voit pour la moindre affliction faire sans cesse des plaintes et les répandre aux oreilles de tout le inonde 1 Et si quelquefois je hetémoigiie rien û l'extérieur, que devient mon cœur et twm intérieur? Il s'enflamme décolère et d'impatience; il garde de profonds sentiments de rancune.

résolutions. — Je veux dès ce moment changer de vie. Je vous embrasse , 6 sainte croix! Je vous jure fidélité , ô sainte vertu de patience ! jamais , non jamais, mon Sauveur, l'eau dé là contradiction n'éteindra le feu de la charité que je dois au prochain.

Troisième considération.

Je considère pourquoi il souffre , et j'en trouve plusieurs raisons. C'est pour obéir à. Dieu sop Père: ô obéissance admirable et vraiment filiale ! Oh 1 que vous méritez bien, ô mon Jéstos, d'avoir un telPère, puisque vous lui rendez une telle obéissance !

affections. — Mai s ne suis-je pas bien effronté d'appeler ce même Dieu mon père, moi qui lui suis si désobéissant? Et comment lui obéirais-je jusqu'à la mort , puisque je n'obéis pas même jusqu'à la souffrance d'une petite parole fâcheuse et d'un regard de travers.

résolutions. — Oh ! je veux changer de conduite, et je suis bien décidé , pour l'amour de mon Sauveur , h boire désormais tous les calices qu'il me présentera.

Quatrième considération.

Il souffre pour effacer mes péchés ; mes iniquités sont donc bieo grandes.

affections. — Hélas 1 que je suis misérable d'avoir si souvent compté le péché pour peu de chose ! O péché abominable , je ne te verrai jamais d'un côté , sans me jeter incontinent de l'autre , quand il y aurait tous les tourments du monde à souffrir.

résolûtes. — Non, je ne veux plus me plonger dans la boue et me souiller de cette ordure infecte du péché.

Cinquième considération.

H souffre pour nous témoigner son amour. Oh ! que son amour est donc grandi

affections* — Hélas I Seigneur , je ne sais pas ai j'ai quelque amour pour voos ; mais si j'en ai, il est si petit qu'à peine verse-t-il «ne senie larme; et il croit être bien grand quand il a jeté quelques soupirs.

résolutions. — Ah ! mon Dieu , je désire et je proteste vouloir désormais vous aimer et vous donner mon cœur tout entier, sans réserve et sans partage.

Sixième considération.

Je considère encore la raison particulière de ce mystère. Pourquoi mon Sauveur a-t-il choisi d'être

élevé en croix , sinon parce qu'il veut être l'éten-' tendard de mon âmét

affections. — O traître et infidèle soldat que je suis ! combien dé fois ai-je abandonné cette enseigne pour suivre cellçs du monde?

ftéâOLûttôNS. — Ah ! doïéùàvant, mon Dieu , je vous promets et voua jute une nouvelle fidélité.

S iv.

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