‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 34 sur 52 · Acte de demande pour les autres · texte numérisé non relu

Acte de demande pour les autres

En vertu de ce trésor immense , et par Tintercession de Marie , de toute la cour céleste , de l'Eglise votre bieo-aijnée et de tous les fidèles qui combattent dans ce lieu d'exil , je vous demande votre sainte et paternelle bénédiction pour mon cœur , et votre spéciale assistance pour votre Eglise et ses chefs, pour les princes chrétiens , pour mes parents, amis et bienfaiteurs , pour les errants et pour le soulagement des âmes du purgatoire. Ah ! Seigneur, je vous en prie , convertissez les pécheurs , fortifiez les pénitents et perfectionnez les justes.

ARTICLE TROISIÈME

Réflexions «ur un tableau représentant Madeleine au pied de

là croix.

Saint Charles Borromée avait une dévotion spéciale pour le mystère de l'agonie de notre Seigneur au jardin des Oliviers ; il avait ce tableau en divers

118 V£H1T*BLB ESPRIT

endroits de sa maison. Par ion l où il allait , il en faisait porter nn autre petit > devant lequel il faisait ordinairemenl ses prière* II le fit metUte an pied de son lit dans sa dernière maladie , et il l'avait sous les yeux quand il expira.

Saint François de Sales avait une affection spéciale pour le tableau de saitote Madeleine au pied de la croix ; il rappelait quelquefois son livre et la bibliothèque de ses pensées.

« Ah !. disait-il , que cette pénitente fit un heu- » reux et avantageux commerce ! Elle arrosa de ses » larmes lès pieds de Jésus- Christ , et elle reçut

• en échange le sang qui coula de ses pieds sacrés, » mais un sang qoi lava toutes ses fentes; car le dis-

• ciple bien-aimé nous enseigne que JésnsUoro a » lavés de nos péchés dans son sang ; et le Prtphète, » que par cette aspersion d'hysopë , il fions a reo-

• dus blancs comme la neige. »

ARTICLE QUATRIÈME

Du îf? re de la erdl*.

* Saint François de Sales nous apprend dans un de ses sermons à méditer attentivement les vérités contenues dans te Kvre de la cfoix.

» La croix , dit-il, est le vrai livre du chrétien , » et je vous en prends k témoin , 6 glorieux saint » Bernard , très-onctueux et très-dévot docteur j » car où avçz-vpus nourri votre entendement de » la très-douce et très-suave doctrine dont vous

nous avez laissé les saintes instructions , sinon tn ce livre ? Je ? ons appelle encore en témoignage , & pfeox saint Augustin qui avea parlé d'une manière si touchante des deux mystères de In Nativité et de la Passion , et qui disies avec une si grande effusion de cœur : ttun côté le sein delà mire m 9 offre son lait peur m* abreuver , de tau- » tre tes platée salutaires du fils m'offrent leur » sang pour me nourrir. Je ne tous oublierai pas, » ô séraphique saint François , qui avea puisé dans » le livre de la croit les saints et admirables traits

* de vos sermon? et (Je vos conversations ; ni vous,

* ô angélique saint Thomas , qui n'écrivîtes jamais » qu'après avoir en recours au crucifix ; ni vous >< non plus , 6 saint et séraphique docteur saint Bo- » naventure, qui semblex n'avoir eu en écrivant vos » pieux opuscules , d'autre papier que la croix ; v d'autre plume que la lance , d'autre encre que le » sang de notre Sauveur Jésus-Christ. Oh ! quel » trait d'amour vous embrasait lorsque votre cœur » s'écriait : Qu'il fait bon avec Jésus crucifié !

j'y veux faire trois tentes , tune tn ses mains , l'autre en ses pieds, et la troisième en la plaie de son côté ; là je veux me reposer , je veux veiller, je veux parler !

* Hais qu'estai besoin de produire tant de témoins en une chose si claire? 1 Notre Seigneur veut que nous apprenions spécialement la douceur et l'humilité. Où peut-on aller sinon à la croix pour apprendre cette divine leçon ! Saint

120 VÉRITABLE ESPBtT

» Paul, un des pins savants hommes qui ait jamais » existé , s'écrie qu'il a jugé n'avoir point d'autre » » science que Jésus-Christ crucifié. Je vous eon- »- jure donc d'y penser et repenser tous les jours le » plus souvent que vous pourrez , et durant la nuit » toutes les fois que vous vous éveillerez. Lises ce » livre divin qui vous apprend la science do salut , » et où Jésus-Christ nous enseigne l'obéissance qui

• est due à Dieu.

ARTICLE CINQUIÈME

Des deux pièces de la croix.

. Saint François de Sales disait que les deux pièces de bois dont est composée la croix , nous représentent deux excellentes vertus nécessaires 5 celai qui veut être cloué à la croix avec Jésus-Christ. Ce sont l'humilité et la patience.

Voici comment il en parle dans une de ses lettres : » . Je ne vous écris que ces deux mots : humilité et » patience. Oui , ma très-chère fille , vous êtes en- » . vironnée de croix. Or l'amour sacré vous ap- » prendra qu'à l'imitation du grand amant , il faut ». être sur la croix avec humilité, comme indigne » d'endurer quelque chose pour celui qui a tant » enduré pour nous ; et avec patience , en sorte » qu'on ne veuille descendre de la croix qu'après » la mort 9 s'il plaft ainsi au Père Eternel. O ma

* 1 rès-chère fille, recommandez-moi au divin Epoux « crucifié et crucifiant , afin qu'il crucifie mon

» amour-propre et toutes mes passions , en sorte

• que je n'aime plus que celui qui , par amour pour » nous , a voulu être douloureusement 9 mais amou- » reusemenl crucifié, »

Remarques qu'il désire qu'on apprenne l'humilité et la patience & l'école du saint amour , afin que ces deux vertus soient enracinées et fondées dans la charité , c'est-à-dire exercées non-seulement en état de grâce , mais encore par le motif de l'amour divin.

ARTICLE SIXIÈME

Motifs de se glorifier en la croix de Jésus-Christ.

Il est important d'expliquer les paroles de saint Paul , qu'il ne veut se glorifier que dans la croix de Jésus-Christ

On se glorifie en la croix de Jésus-Christ quand on tire un sujet de gloire et d'actions de grâces de l'honneur et du bonheur que ce divin Sauveur nous a procurés en nous vivifiant par sa mort, nous guérissant par ses blessures , nous enrichissant par sa pauvreté , et nous ouvrant le chemin d'une couronne immortelle par les souffrances et les ignominies de sa passion, fiecevez cette explication de la bouche môme du saint évêque de Genève. « En cela

* seul , dit-il , consiste notre gloire , que le divin

» Sauveur est mort pour nous. » Oh ! quelle gloire

n'est-ce pas pour nous , que pour notre amour un

Dieu ait daigné être crucifié !

120 V£MTABLE ESPRIT

Paul, un des plus savants hommes qui ait jj

■ existé, s'écrie qu'il a jugé n'avoir points

> science que Jésus-Christ crucifié. Jtli. ^

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* praI " lra '.fljli croii. Oh ! quel sujet de nous jlo- ' ?! re j"" /'ï croix 1 Là nous avons été rendus ' d « ndr ^j, Hnt é, force et beauté de l'âme.

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F ' 'À^tdont la signification est remarquable |

C T*\t croi * notre ame a élé P apée des bel,e>

Il y a encore un autre sens que l'on petit donner à ces paroles de saint Paul ; c'est qtie fions devons mettre notre gloire à souffrir avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ. C'est ainsi qne les apôtre» s'estimaient heureux d'avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus-*Christ ,et que saint Paul félicitait les Philippiens de ce qu'ils avaient en la grâce non - seulement de croire en Jésus-Christ , mais encore de. souffrir persécution pour lui.

S il. "

Suite des motifs de se glorifier en la croix de Jésus-Christ,

Voici ce que dit sur ce sujet saint François de Sales dans tin de ses sermons :

« Le grand motif pour lequel nous nous glori- » fions en la croix , c'est que notre saint y a été » attaché , et que c'est là où nôtre Seigneur nous a » sauvés ; car quoique toutes les actions de sa vie , * jusqu'aux plus petites , aient été très-suffisantes » pour opérer notre salut , néanmoins la volonté » de Dieu son Père et la sienne a été de ne l'acconj- » plir que sur la croix. Oh ! quel sujet de nous glo* » rifier ep la croix ! Là nous avons été rendus » grands en la santé , force et beauté de l'âme.

» Jetex les yeux sur le titre de ce livre divin , » et vous y trouverez avec le nom de Jésus qui veut » dire Sauveur , celui de Nazaréen qui signifie » fleuri et dont la signification est remarquable ; » car par la croix notre âme a été parée des belles

et saintes fleurs de tant de vertu; r de tant d'auréoles si odoriférantes. C'est là où notre Seigneur

• »'est rendu rose de martyre , violette de mortification t lis de pureté , étant non-seulement pur lui-même , mais encore purifiant Notre lit est tout jonché et parsemé de fleurs, dit l'âme dévote dans le cantique des cantiques. O bel aube pin , sur vos branches se perchent lès oiseaux du ciel parla méditation , et là ils gazouillent doucement les saintes louanges du bien-aiiné 1 » Si on peut se glorifier en la beauté , oh 1 quelle beauté m'est acquise par la croix ! Certes j'y trouve une eau qui me rend non-seulement blanc

.et net, mais encore qui m'éclaire* et en qui est ma vie , mon salut et ma résurrection.

» Vous y lirez encore : Roi des Juifs. Tous les chrétiens sont enfants d'Abraham selon l'esprit. Quelle gloire pour nous que par la croix nous ayons été transférés du royaume de Satan en celui de Jésus-Christ ! en sorte qu'on nous a donné pour souverain notre Seigneur, le meilleur roi du monde. Et quelle gloire aussi ,■ que nous-mêmes nous soyons devenus rois et héritiers du royaume céleste ; car en qualité de chrétiens nous sommes héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus- Christ. chrétiens , ne vous sentez-vous pas élever le cœur quand on vousditque vous êtes rois ? Toutes les richesses du monde ne sont rien en comparaison de cette royauté, car elles périssent, et on n'en peut pas jouir long-temps, mais cette royauté est éternelle.

» Cette grande gloire de la croix Fa rendue un » objet de vénération pour les catholiques ; car qui » n'honorerait une si précieuse marque de l'amour » du Fils de Dieu pour nous ? Cette estime qu'on » fait de la croix platt infiniment à Jésus, crucifié ; » et je vous conseille, pour votre avantage spirituel, » que quand vous verrez la croix , vous portiez tou- » jours vos regards vers le Fils de Dieu mourant » sur ce bois de salut. Ainsi cet arbre vous sera bien » plus vénérable quand vous y considérerez l'excel- » lent fruit qui est attaché; ainsi ces épines vous » seront plus précieuses quand vous y verrez cette » belle rose ; ainsi ce bel aubépin vous ravira da- » vantage quand vous écouterez les admirables » chants du céleste rossignol qui y habite. »

ARTICLE SEPTIÈME

La croix de Jésus est un grand aiguillon d'amour.

« Dieu , dit saint François de Sales , aurait po » nous sauver par mille autres moyens , mais il ne » Ta pas voulu , parce que ce qui aurait été suffi- » sant à notre salut, ne Tétait pas à l'amour qu'il » nous portait. C'est donc pour nous montrer coro- » bien il nous aimait, qu'il est mort, mais delà » mort la plus cruelle et la plus ignominieuse qui » est la mort de la croix.

» Que reste- t-il donc maintenant à faire, et » quelle conséquence devons-nous tirer de cela , » sinon que notre Seigneur étant mort d'amour

DE S» FBANÇ0IS DE SALtS. 125

pour nous , nous mourions aussi d'amour ponr lui ? ou si nous ne pouvons mourir d'amour pour lui , que du moins nous ne vivions plus que pour lui. Certes , si nous ne l'aimons pas , si nous ne vivons pas pour lui seul, nous serons les plus ingrates et les plus perfides créatures. Seigneur, disait saint Augustin, est-il possible que l'homme sache que vous êtes mort pour lui , et qu'il ne vive pas pour vous ? saint François d'Assise , ce grand amateur delà croix, s'écriait en sanglotant: Ah! Seigneur, vous êtes mort (t amour pour nous, et personne ne vous aime l » Il est donc mort pour nous, mais quoiqu'il soit mort , et qu'il ait été élevé sur la croix comme le serpent d'airain pour nous donner à tous la vie , ceux néanmoins qui ne le regarderont pas avec une foi vive, mourront, parce qu'il n'y a de rédemption qu'en la croix.

» Dieu , que c'est une considération de grande utilité que celle de la passion ! SeraiMl possible de regarder en la croix l'humilité de notre Sauveur , sans devenir humble et sans s'affectionner aux humiliations? Peut-on voir son obéissance sans être obéissant ? Non certes, personne n'a jamais regardé comme il faut notre Seigneur crucifié , sans avoir conçu par ce regard sur lui un grand désir d'imiter ses vertus , et sans avoir obtenu la grâce d'être préservé de la mort du péché. Tous ceux qui sont morts n'ont été privés

126* VJ-RITABLE ESPRiT

» • de la vie de la grâce , que pour n'avoir pas voulu » le regarder. »

ARTICLE HUITIÈME

Ix'votion à la saiute croix. '•

Voici comment saint François de Sales termine une exhortation sur l'exaltation de la saiute croix. « Saint Paul , cet incomparable mattre et doc- » teur de l'Eglise naissante, avait pris Jésus-Christ » en croix pour les délices de son amour, pour » l'objet de ses serinons , pour le terme de toutes » ses prétentions en ce monde, et pour l'appui de » toutes ses espérances en l'éternité. J'ai jugé, » dit-il, ne rien savoir que mon Jésus crucifié; » iY ne m 9 arrivera point que je me glorifie en quel- » que autre chose qu'en la croix de mon Jésus, et » ne croyez pas que j'aie d autre vie que celle de » la croix ; car je vous assure que je vois et sens » tellement partout la croix de mon Sauveur, que » par sa grâce je suis tout-à-fait crucifié au » mo^de 9 et le monde m'est entièrement crucifié. » Bienheureuse est l'âme qui voit ainsi partout Jé- » sus-Christ crucifié !

» Je recommande aux chrétiens , pour se rafraî- » chir plus souvent la mémoire de la très-sainte » croix , d'en porter toujours une , ou à leur cou, » ou à leur chapelet , et de n'être jamais sans l'a- » voit avec eux pour la regarder et la baiser sou- * vent, carie baiser est un signe d'amitié; c'est

pourquoi saint Paul disait à ses disciples : Saluezvaus Cun t autre de ma part , en vous donnant le saint baiser.

» Or, pour preove de notre foi , il ne faut pas se contenter de baiser la croix ; mais il faut aimer la croix , car ce a'est pas assez pour un chrétien d'honorer la croix s'il ne l'aime , de la baiser s'il ne l'embrasse par une cordiale et ferme résolotipn non-seulement d'aimer Jésus, mais encore le crucifiement de cœur.

» Quelques personnes ont pensé que Jésus- Christ, dans la boutique de saint Joseph, et dans les trente ans de son adorable vie cachée , s'occupait quelquefois à faire des croix pour toute sorte de personnes; et j'ose de sa part en présenter à tous.

• Aux nobles je donne la croix de la modestie , le bon usage du temps par des occupations d'esprit bonnes et*afintes ; et pour troisième branche de cette croix , qu'ils aient l'amour du vrai honneur qui est la, vertu de piété et de crainte de Dieu. » Aux juges Je présente la. croix de là doctrine, » de l'équité et de I» sincère vérité ; croix vrai- » ment digne des ministres et officiers du Dieu » juste et vivant qui fait marcher la justice et le ju- » gement devant sa face, et juge toute la terre en » équité et vérité , comme parle David ; croix dé- » sirable qui crucifie le respect humain , la crainte • des hommes et l'amour du propre intérêt x et qui « fart fleurir la pari et le repos des familles.

128 TÉRITÀBLE ESPRIT

» A ceux d'une condition peu relevée selon le

» monde , j'offre la croix de l'humilité, du travail

» dé leurs mains ; croix que Dieu a attachée à leur

• naissance, mais qui a été sanctifiée par l'usage » que Jésus-Christ a fait da métier de charpentier; » ce qui lui a fait dire par son Prophète : Je suis » pauvre et dans le travail dés ma jeunesse. Cette » croix du travail est très-salutaire pour aider les » hommes à parvenir au salut éternel , parce que » l'oisiveté étant la mère des vices, une occupation » bonne et nécessaire délivre l'âme de mille imagi- » nations qui sont la sourcç des péchés, et la tient » dans une aimable innocence et simplicité.

» Aux jeunes gens , je destine la croix de l'obéis-

» sance , de la chasteté et de la retenue en leur

* conduite ; croix salutaire pour crucifier les fou- » gués d'un jeune sang qui commence à bouillir , » et d'un courage qui n'a pas encore la prudence » pour guide ; croix méritoire qui rendra les jeunes » gens capables de porter le joug très-doux de no- » tre Seigneur , en quelque condition que «on ios- » piration les appelle.

» Aux vieillards, je présente la croix de la pa- » tience , de la douceur et du sage conseil ; croix qui » requiert un cœur armé de courage , car ils ne » trouveront dans cet âge avancé et refroidi , que » peine et douleur sur la terre; c'est la parole de » David.

» Il y a si grand nombre de croix pour les per- » sonnes mariées et chargées de famille , qu'il n'est

» pas besoin de leur en destiner de particulières ;

• néanmoins celle que je leur présente plus voloo- » tiers , c'est le support mutuel , l'amitié fidèle et

• non interrompue , et te soin de biei> élever lenrs » enfants, et de donner bon exemple à toute leur » famille , pour ne pas se rendre responsable de» » crimes d'autrui.

» Les veuves ne manquent pas non plus de croix, » Et si elles sont vraies veuves, leur cœur, leur » amour et leur plaisir doivent être attachés à la » croix de Jésus-Christ , par le renoncement aux » vanités du monde, et par la méditation de la » mort.

» Saint Antoine vit an jour toute la terre cou* » verte de pièges et de filets ; et il me semble que » de mes yeux intérieurs , je la vois toute parsemée » de croix. Heureux ceux qui ne fuient point la » croix! Judas, ce perfide disciple > mena son »» infernale troupe pour prendre Jésus et le faire » clouer à la croix ; mais quant à lui , le uialheu* » reux , il refusa entièrement la croix , ne voulant » pas seulement celle de la sainte contrition et » pénitence que Jésus-Christ lui offrait. Ceux qui » refusent de prendre humblement et de porter » vertueusement les croix que Dieu leur présente

• en cette vie, auront en l'autre le partage de » Judas.

» Le roi Saiomou dit que tout ce qui se passe » sous le soleil est affliction d'esprit. Il n'y a donc » point d'homme sous le soleil qui puisse éviter la

mes yeux* ea mes oreilles, en ma bouche, en tous mes'seos intérieurs et extérieurs , af}n que rien n'y entre ni n'en sorte qui ne soit contraint de demander permission à la sainte croix. Je formerai ce signe sacré avec vénération , j'en marquerai mon cœur à mon réveil et avant de m'endormir , et cherchant en la sainte croi^ mon soutien parmi les angoisses de cette vie, j'espère d'y trouver ma joie étemelle ; car ayant aimé Jésus crucifié en ce monde, je jouirai en l'autre de Jésus glorifié , auquel soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-ih *

ARTICLE NEUVIÈME

De la croix de notre Seigneur et de la nôtre.

Saint François de Sales assurait qu'il y avait une grande différence entre porter la croix de notre Seigneur et porter notre croix. « Notre Seigneur , » dit-il , veut que nous ne portions sa croix que » par le bout , et il veut être honoré comme les » . grandes dames qui font porter la queue de leur ». robe. » Gela veut dire que par rapporta sa croix il demande que nous ayons compassion de sa passion et pitié de ses souffrances. Et si nous y manquons , il se plaint avec raison de cette ingratitude.

« Notre Seigneur veut pourtant , ajoute le saint » Evêque , que nous portions la croix qu'il nous » met sur les épaules, qui est la nôtre même, » Ce divin Sauveur l'appelle son joug , parce que c'est

!ME S. TBA1VÇ0I8 DE SALES. ISS

lui qui nous l'impose , et il dit que ee joug est doux et ce fardeau léger , parée que si nous portons notre croix pour son amour , et que nous la recevions avec douceur et respect comme venant de sa main , il est avec nous dans la tribulation , et on jour il nous délivrera et nous glorifiera* Ohl que bienheureux sont ceux qui souffrent pour la justice, et qui endurent pour Dieu et avec Dieu ! car le royaume céleste leur appartient

Notre Seigneur n'est jamais si proche de nous que lorsque nous souffrons les afflictions avec patience et pour son amour. 11 veille sur nous quand nous nous reposons en paix sur son sein , et il nous (ait tirer avantage de nos tribulations. Dieu des vertus] qu'heureux est l'homme qui met toute son «espérance en vous l

ARTICLE DIXIÈME

Si- Ce que c'est que porter sa croix.

Saint François de Sales, dans un de ses sermons, explique cette maxime de notre Seigneur , que nous devons renoncer à nous-mêmes et porter notre •croix. On a vu plus haut ( part. 1. chap. 3. ) ce qu'il dit du renoncement à nous-mêmes. Voici maintenant comment il expose ce que c'est que porter notre croix.

« Il faut , dit notre Seigneur , se renoncer soi-

• même et porter pa croix. Je vous ai expliqué la

iob VÉRITABLE ESPRIT

» première partie de cette exhortation ; je Tais main- » tenant vous parler delà seconde qui est un en- » sergftemfent de grande perfection ; mais je crois » que vous aurez assez de courage pour en embeas- » ser la pratique.

» Prendre sa croix ne veut dire autre chose que » recevoir et souffrir toutes les peines , contradic- » tions , afflictions et mortifications qui nous arri- » vent en cette vie , sans aucune exception , avec » une entière soumission. et indifférence,

» En nous renonçant nous-mêmes , nous faisons » encore , ce semble , quelque chose qui nous con- » tente , parce que nous choisissons nos croix; » mais ici il faut prendre la croix telle qu'on nous » l'impose. Il est donc certain qu'il y a bien plus » de difficulté , parce qu'il n'y a point de notre » choix ; et c'est pourquoi ce point est d'une per- » fection bien plus grande que le précédent

» Notre Seigneur nous a bien montré qu'il ne » faut pas que nous choisissions nos croix , mais » qu'il faut que nous les prenions et portions telles » qu'elles nous sont présentées ; car lorsqu'il mou- » rut sur la croix pour nous racheter et pour satfs- » faire à la volonté de son Père céleste , ii ne V0Q~ » lut pas choisir sa croix, mais reçut humblement • celle que les juifs lui avaient préparée. .

» Ecoutons , je vous prie , le grand apôtre saint » Paul y et voyons comment il embrasse toutes les » croix également , assurant qu'aucune chose ne p le pourra séparer de son divin Mattre , parce qu'il

t)E S. FRANÇOIS D£ SALES. 135

est marqué de son sceau, et qu'en quelque part qu'il aille , il sera toujours reconnu pour être des siens, liais quel est ce sceau divin , sinon la souffrance? Vous savez ce qu'il dit des grandes peines , fatigues et tribulations qu'il a endurées ; et de plus comme il souffrait en son intérieur une peine continuelle , parce que l'ardent amour qu'il portait à notre Seigneur , le tirait puissamment du côté du ciel, par le désir qu'il avait d'être avec Jésus-Christ » Mais considérez , je vous prie , quels tourments il a soufferts en son corps ; voyez ce qu'il en dit dans la seconde épttre aux Corinthiens où il rapporte qu'il a été fouetté trois fois , qu'il a été lapidé , qu'il a fait naufrage et à été submergé , % qu'il a été emprisonné , et plusieurs autres peines et souffrances qu'il a endurées , qui étaient le sceau dé notre Seigneur , par lequel on le reconnaissait pour être des siens ; ce qui lui faisait dire qu'il était crucifié avec Jésus-Christ. ■ La parole de notre Seigneur qui nous recommande de porter notre croix , doit s'entendre de recevoir de bon cœur et indifféremment toutes les mortifications et contradictions qui nous arrivent de la part du prochain , ou que Dieu nous fait rencontrer, quoiqu'elles soientiégère* et de peu d'importance, étant bien persuadés que le mérite delà croix n'est pas en sa pesanteur , mais en la perfection avec laquelle on la porte.

» O Dieu 1 mè direz-vous, voilà un grand renon-

1$9 TÉHITABLÊ ESTAIT

Si l'on désire savoir ce que veut dire cette morf des passions , et si lés passions peuvent mourir eo nous-mêmes, tandis que dots sommes en cette vie , il faut remarquer que c'est une erreur de prétendre que Ton puisse être iei*bas sans passions ; mais Ton dit que les passions sont mortes en nous, lorsqu'elles sont soumises k la raison , et qu'elles n'agissent plus par leur mouvement brutal et sensuel; en sorte qu'elles sont mortes à leur propre vie qui est animale et sensitive, pour n'agir que par une vie supérieure et plas noble qui est la vie de la raison. Au reste , il ne suffît pas pour un chrétien que ses passions soient réglées au niveau de la raison naturelle 5 elles le doivent être aussi parles lumières de la foi ; cela est nécessaire pour agir vraiment en chrétien ; et c'est en cela que consiste la nécessité de porter la croix dont parle notre Sauveur.

Quoique cette mort ne puisse pas se faire sans efforts, parce qu'elle renverse entièrement ht nature pour y substituer la grâce , notre Saint désirait cependant que ces efforts se fissent doucement et paisiblement ; et il ne faut pas s'en étonner ; ear la force qui est dépourvue de jugement, détruit -ellemême son propre ouvrage, au lieu que la force judicieuse et douce fait une impression lente , mais qui ne peut presque pas s'effacer.

ARTICLE ONZIÈME

Il faut puiser l'humilité au pied de la croix.

Saint François de Sales témoigne, dans une lettre à sainte Chantai , combien il aimait à se tenir au pied de la croit :

« O ma chère fille , lai dit-il , que vous me fîtes » un jour grand plaisir de me recommander la » sainte humilité ; car de même que , quand lèvent » s'enferme dans nos vallées entre les montagnes, » il ne fait d'autre mal aux petites fleurs, que de » les ternir ; mais il déracine les arbres ; de même , » moi qui suis logé un peu bien haut par ma » charge d'évêque, j'en reçois plus d'incommodités. » O Seigneur , sauvez-nous ; commandez à ces » vents de vanité , et une grande tranquillité se » fera,

» Tenez-vous bien ferme et serrez bien étroite- » ment le pied de la croix sacrée de notre Seigneur ; » car la plaie qur y tombe de toutes parts, abat » le vent quelque grand qu'il soit Quand j'y suis » quelquefois , ô Dieu , que mon âme est en paix ! » et que cette rosée rouge et vermeille , lui donne

* de suavité ! Mais je n'en sais pas éloignéd'un pas » que le vent recommence*

» Je ne sais où vous serez ce carême selon le » corps , mais selon l'esprit , j'espère que vous se-

• rei dans la caverne de la tourterelle , et au côté » percé de notre cher Sauveur ; je veux bien tâcher

» d'y être souvent avec vous ; Dieu , par sa souve- » raine bouté , nous en fasse la grâce 1 Hier il me » semblait que , voyant le côté de notre Seigneur ouvert , vous vouliez prendre son cœur pour le mettre dans le vjôtre , comme on roi dans un petit royaume; et bien que le sien soit plus grand que le vôtre, il le raccourcissait pour s'y accommoder. Que ce Seigneur est bon , ma très»chère fille 1 que son cœur est aimable I Demeorons-li en ce saint domicile ; que ce cœur vive toujours dans nos cœurs , que ce sang bouillonne toujours dans les veines de nos âmes !»

ARTICLE DOUZIÈME

Dieu nous destine la croix en ce monde et la gloire en Paître.

Saint François de Sales écrivait à sainte Chantai :

« Il faut être ferme et constant auprès de la

» croix et sur la croix même , s'il plaît à Dieu de

•» nous y mettre- Bienheureux seront les crucifiés !

* Or , courage ; notre partage en ce monde est sur » la croix, et en l'autre il sera dans la gloire.

» Mon Dieu 1 que je vous souhaite de perfection ! » Et que d'espoir et d'assurance j'ai maintenant en » cette souveraine bonté Bt en la protection de sa » sain te mère,que votre vie sera toute cachée en Dieu » avec Jésus-Christ , pour parler comme l'Apôtre !

» Que Dieu vous bénisse , et qu'il marque vôtre

* cœur du signe éternel de son pur amour 1 II fout » devenir très-humblement sainte, et répandre par-

DE S. FRANCO» D£ SALES. ikt

» tout la bonne et suave odeur de notre charité.

» Que Dieu nous fasse brûler de son saint amour

» et mépriser tout pour cela I Que notre Seigneur

» soit |e repos de notre cœur et de nos corps ! Tous

» -Jes jours j'apprends à ne point faire ma volonté ,

» et à faire ce que je ne veux pas. Demeures e»

« ijaix entre les bras si doux de fa divine providence,

» et dans le sein de la protection de notre Dame ! »

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