DIVERS AVÏS SUR LA COMMUNION
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ARTICLE PREMIER
Dispositions pour la communion.
Si on désire savoir quelle- est la plus excellente intention pour communier , la réponse ne sera pas difficile ; car il ne peut point y avoir de meilleure intention que celle d'avoir en vue la gloire de Dieu.
* Supplément à Yïntrod. à la Vie dévote, part. 2, enap. 21.
Et plus cette intention est pure , plus elle est agréable à Dieu. Voici, ce que dit sur cet objet le saint évéque de Genève dans une de ses lettres :
« Ayez pour intention d'unir votre cœur à celui dont vous recevez le corps et le cœur tout ensemble. Ensuite ne vous arrêtez pas à considérer quelles sont les pensées de votre esprit pour cela, puisque de toutes ces pensées il n'y en a point qui soit votre pensée , que celle que vous aurez acceptée délibérément et volontairement , qui est de faire la communion comme une union de votre cœur à celui de répoux, »
Le saint évêque. voulait que la crainte respectueuse ne nuisît point à la confiance , ni la confiance au respect. Il disait quelquefois que le Sauveur ne pouvait être considéré en un mystère plus doux , plus aimable , plus savoureux , ni plus ravissant. Il désirait beaucoup que l'on s'anéantît en recevant la sainte Eucharistie , imitant la conduite du Sauveur qui s'anéantit pour se communiquer à nous. On lui écrivit une fois concernant une personne qui , par une fausse imagination d'humilité , n'osait approcher de ce divin mystère. Voici ce qu'il répondit :
« Dites-lui qu'elle communie hardiment en paix » et avec toute humilité, afin de correspondre à » l'amour de son divin époux qui , pour s'unir à » nous , s'est anéanti et suavement abaissé jusqu'à » se rendre la nourriture des hommes qui sont eux- » mêmes la nourriture des vers. Quiconque corn*
» munie selon l'esprit de l'époux , s'anéantit soi-
» même et dit à notre Seigneur : Mâchez-moi , di-
» gérez-moi , anéantissez-moi , et changez-moi en
• vous. Je ne trouve rien au monde dont nous ayons » plus de possession , et sur quoi nous ayons une » plus grande domination , que la nourriture que
• nous anéantissons pour nous conserver nous* » mêmes. Notre Seigneur est venu jusqu'à cet excès » d'amour de se rendre notre nourriture ; et nous » que ne devons-nous pas faire , afin qu'il non! » possède, qu'il nous mange , qu'il nous mâche, » qu'il nous avale et ravale , et qu'il fasse de nous » à son gré? »
Remarquez 1° qu'il veut que l'on allie une sainte hardiesse avec l'humilité ; autrement L'humilité dégénère en pusillanimité , et la hardiesse s'élève en arrogance* 2° Il veut que la paix soit la liaison de ces deux vertus qui semblent opposées , mais qui ne le sont point réellement 3° 11 n'y a rien de plut à nous que la nourriture qui perd sa substance pour se changer en la nôtre. Représentons-nous que Jésus-Christ dit aux communiants: Tu ne me changeras pas en toi, mais tu seras changé en moi; car nous devenons participants de la nature divine en communiquant au corps et au sang de Jésus-Chrit Aussi ce divin Sauveur dit lui-même , que celui qui mange sa chair et boit son sang , vivra en lui et pour lui.
ARTICLE SECOND
Des inestimables fruits de la commuai©*.
Saint François de Sales expose en ees termes les précieux fruits delà sainte communion ;
« 1° Elle unit l'âme à notre Seigneur Jésus-Christ, » et incorpore Tbomme avec lui. C'est pourquoi » il a dit lui-même : Celui gui mange ma chair et » gui boit mon sang , habite en moi et moi en lui.
» 2° Elle accroît et conserve la grâce en l'âme , » donne abondance de vertus, force contre les ten- » tations , victoire contre les ennemis visibles et
• invisibles, et perfection de vie à celui qui s'y » présente fréquemment et dignement
» 3° Elle fortifie et éclaire l'entendement, raniae » et réjouit le cœur , et en chasse les ténèbres.
» 4° Elle rend l'âme humble, pieuse, dévote, pa- » tiente , et nous enflamme du feu sacré de l'amour
♦ divin*
» 5° Elle augmente les habitudes vertueuses, » émousse les aiguillons de la chair et apaise les » ardeurs de la concupiscence.
» 6° Elle relève l'espérance par la certitude de
* la foi , et augmente la dévotion.
• 7° Elle remet et efface les péehés véniels ; elle » [préserve des mortels ; elle fait persévérer daas » les saints désirs , les bons propos et les pieuses » résolutions , et surmonter généreusement toutes » les difficultés.
• 8° Elle nous rend participants des mérites de » notre Seigneur Jésus-Christ , et nous donne des » arrhes assurés de la gloire du paradis.
» 9° Elle nous rend prompts à bien faire , mi-
• séricordieux envers leS indigents, et terribles aux » démons.
» 10* Elle diminue chaque fois la peine due à
* nos péchés. »
ARTICLE TROISIÈME
Un jour de communion est un jour d'Epiphanie.
Saint François de Sales, prêchant à Paris le jour de l'Epiphanie , prit pour sujet de son discours la majesté de l'Eglise naissante. Il appelait cette fétç un jour de vocation, d'offrande, de lumière et d'ar mour ; il voulait que chaque jour de communion fût pour nous un jour d'Epiphanie ; « car, disait- » il s vous devez , après avoir reçu la sainte Eil- ». charistie, rendre hommage à votre roi , et re- » no u vêler votre serment de fidélité. *
ARTICLE QUATRIÈME
Effet» de la communion par rapport à Pamour du prochain.
Saint François de Sales exprime de la manière suivante , dans un de ses sermons, les admirables rapports de la communion avec l'amour du prochain :
' « Considérons bien en quels termes notre Sei-
» gneurnous recommande l'amour eu prochain.
» Je vous donne , dit-il , un commandement nou-
• veau qui est que vous vous aimiez les uns les au- » très , comme je vous ai aimés. Mais pour quelle » cause appelle-t-il ce commandement nouveau , » puisqu'il avait été déjà donné dans la loi de Moïse , » et qu'il n'avait pas été ignoré sous la loi de na- » ture , ayant été connu et même observé de quel- » ques-uns dès le commencement du monde ? En » voici les raisons.
» Premièrement notre Seigneur appelle ce coui- » mandement nouveau , parce qu'il Voulait le re- » nouveler. Car comme nous voyons que, lers- » qu'on met du vin nouveau en quantité dans un » tonneau où il y en avait encore un peu de vient » qui était resté , l'on ne dit pas que ce soit du vin )> vieux qu'il y a dans ce tonneau , mais du via » nouveau , parce que la quantité du nouveau sur- » passe sans comparaison celle du vieux ; de même » notre Seigneur appelle ce commandement nou- » veau , parce que , quoiqu'il eût déjà été donné » auparavant , il n'avait été cependant observé que » par un petit nombre de personnes. Mars notre » Seigneur voulait que l'amour du prochain devînt o le caractère distinctif du christianisme. Aussi *»• voyons-nous que les premiers chrétiens pratip quaient si parfaitement ce commandement, qu'ils
• n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme. Et re-
• marquez qu'il est dit de ces mêmes chrétiens qu'ils
» communiaient fréquemment ; car c'est dans la » sainte communion qu'ils puisaient la grâce de » l'admirable union qui existait entre eux , et dont » les symboles sous lesquels le Sauveur a institué 4 le sacrement de son amour sont une admirable » figure.
» De quoi est en effet composé le pain ? De plu- » sieurs grains de froment qui , étant moulus et » pétris ensemble , ne forment qu'un seul pain ; en » sorte que ce pain est composé de tous ces grains » de blé 9 qui» quoiqu'ils fussent auparavant sépa- » rés et divisés, sont ensuite tellement joints et n unis ensemble* qu'ils ne peuvent plus être dis- » tingués les uns des autres. De même les premiers
* chrétiens avaient une si grande union entre eux » et un amour si intime , que tous leurs cœurs et » toutes leurs volontés ne faisaient qu'un ; ce qui a était cause que ce pain pétri de tous les cœurs n était extrêmement agréable à la divine Majesté.
» Et comme nous voyons encore que de plusieurs
» raisins on ne fait qu'un même vin , en sorte qu'a-
» près les avoir pressés ensemble , il n'est plus
n possible de discerner quel est le vin qui a été tiré
» de telles ou de telles grappes , et ce n'est plus
• qu'un vin formé du jus de plusieurs raisins ; de » même les cœurs des premiers chrétiens dans les- . » quels la très-sainte charité et dilection régnait ,
» étaient comme un vin mystique, formé deplu- » sieurs cœurs, comme de plusieurs grappes de » raisins. Or ce qui faisait, ainsi que je l'ai dit.
» qu'il y avait une si grande union entre eux tous , » était la fréquente communion qui étant malheu- » reusement venue à cesser ou à se faire rarement, » la sainte dilection est venue par là même à se re- » froidir entre les chrétiens, et elle a beaucoup « perdu de «a force et de sa suavité.
» Le commandement de l'amour du prochain est » donc nouveau par la' raison que je viens de dire ; » savoir, que notre Seigneur Test venu renouveler » en nous témoignant sa volonté que ce comman- » dément fût mieux observé qu'il n'était aupara- » vant.
» Il est encore nouveau à cause de la nouvelle » obligation que nous avons de l'observer , depuis » que notre Seigneur est venu lui-même nous l'en- » seigner non-seulement par ses paroles , mais en- » core plus par ses exemples ; car ce maître divin » et très-aimable ne nous a rien voulu enseigner » qu'il n'ait premièrement pratiqué et il De nous a » donné aucun précepte, qu'il ne Tait observé avant » de nous le donner ; en effet , avant de renouveler » ce commandement de l'amour du prochain , il » nous a aimés et nous a montré par son exemple * comment nous devons pratiquer cet amour , puis» » qu'il s'est donné premièrement à nous dans le
» très-saint Sacrement , et ensuite il nous a dit : » Aimez-vous les uns les autres 9 comme je roui » ai aimés. »
Suite des effets .1-
Saint François de Sales continue à parler du même objet en ces termes :
« Aimons-nous les uns les autres , et marchons
• dans la voie de la dileclion , comme notre Sei-
* gneur Jésus-Christ nous a aimés ; il s'est offert
■ en holocauste pour nous lorsqu'il mourut sur la » croix où il nous donna jusqu'à la dernière goutte
■ de son sang , le répandant sur la terre , comme
■ pour faire un ciment sacré par lequel il voulait « cimenter , unir , joindre et attacher l'une à l'un " Ire toutes les pierres vives de son Eglise, qui ïout
■ les fidèles , afin qu'ils fussent tellement unis ,
• serrés et conjoints , que jamais il ne se trouvât
■ aucune division entre eux , tant il craignait que
■ la division ne leur causât une désolation éter- » nellel Oh ! combien ce motif est pressant pour
* nous exciter à garder et observer exactement ce
• commandement! Qu'y a-t-tl de plus fort que de . penser que nous avons tous été également arro- » ses de ce sang précieux J
» Notre Seigneur donc , dit le grand Apôtre , m s'est offert à Dieu son Père pour nous en victime
■ dont le sacrifice a été reçu du Père céleste en
■ odeur de suavité. Considérez-le lorsqu'il institua
* le très-saint Sacrement de l'autel , où il nous té-
210 VERITABLE ESPftlT
témoigna si admirablement la grandeur incomparable de son amour. Oh \ que ce fui on parfum infiniment suave que cet acte de dilection si incompréhensible , lorsqu'il se donna pour nous qui étions ses ennemis , et qui lui causions la mort ! Ce fut vraiment alors qu'il nous fournit le moyen de parvenir à ce suprême degré d'union qu'il nous désirait , qui est d'être fait nn avec lui , comme lui et son père ne sont qu'un ; car par la réception du très-saint Sacrement de l'eucharistie , nous sommes faits une même chose avec lui , ainsi que dit saint Paul. O bonté incomparable ! que vous êtes digne d'être aimée 1 jusqu'où s'est abaissée la grandeur de Dieu pour chacun de nous ! Et jusqu'où veut-il nous élever ! Quel bienfait de nous unir si parfaitement à lui , qu'il nous rende une même chose avec lui I Voilà ce que notre Seigneur a voulu faire pour nous enseigner que comme nous sommes tons aimés par lui d'un même amour , par lequel il s'unit à nous en ce très-saint Sacrement , il veut aussi que nous nous aimions tous de ce même amour qui tend à l'union , mais à une union si grande et si parfaite , qu'elle surpasse tout ce qu'on en peut dire,
» Nous sommes tous nourris d'un même pain qui est le pain céleste du très-saint Sacrement , dont la manducation s'appelle communion ; ce qui nous représente la commune union que nous devons avoir ensemble , union sans laquelle nous
ne méritons pas le nom d'enfants de Dieu, puisque nous ne lui obéissons pas. Les enfants qui ont un bon père doivent imiter ses exemples et suivre ses commandements en toutes choses. Mais quel meilleur père pourrions- nous avoir que Dieu , qui est la bonté même , et celui duquel toute bonté dérive ? C'est pourquoi nous devons l'imiter le plus parfaitement qu'il nous est possible , et obéir à ses divines ordonnances qui ne peuvent être que très-saintes et très-salutaires. • Or entré tous les préceptes qu'il nous a donnés, il n'en a point tant inculqué que celui de l'amour du prochain ; ce n'est pas que celui de l'amour de Dieu ne le précède ; mais comme en celui de l'amour du prochain la nature nous aide moins qu'en l'autre , il était besoin que nous y fussions excités d'une manière plus particulière.
» Aimons-nous donc les uns les autres de toute l'étendue de notre cœur, pour plaire à notre Père céleste ; mais aimons-nous raisonnablement , c'est-à-dire ayons soin de gouverner notre amour par la raison , .qui veut que nous aimions plus l'âme du prochain , que son corps, ensuite que nous aimions un peu le corps , et après le corps tout ce qui appartient au prochain par ordre , chaque chose selon qu'elle le mérite. Que si nous faisons cela , nous pourrons bien chanter avec une extrême consolation de nos âmes , ces paroles du psaume qui faisaient les délices de saint Augustin : Oh! qu'il fait ban voir habiter les
» frères ensemble avec union , concorde et » paix!*
ARTICLE CINQUIÈME
Préparation à la sainte communion.
Voici les avis que donne* saint François de Sales sur la préparation à la sainte communion :
« Une seule chose est vraiment nécessaire avant » la communion, c'est le bon état de l'âme. Voyons » donc en quelle disposition nous devons , autant » qu'il nous sera possible , mettre notre âme , et » fcn régler les principales facultés peurcommunier v dignement »
De l'entendement.
* Il faut purifier l'entendement d'une chose, et
» le parer d'une autre. Ce dont il faut le purifier ,
• iî'est d'une orgueilleuse et imprudente curiosité » qui nous porte à rechercher comment il peut se
# laire que le propre corps de notre Seigneur, avec » son sang , son âme et sa divinité, soit tout entier » dans la sainte hostie , et encore comment il peut » se faire qu'étant au ciel , il soit en même temps » sur la terre en tant de lieux , sur tant d'autels > et » en tant de bouches ? Il faut fermer notre enten- » dément à toutes ces questions et curiosités vaines » et insensées ; car nous n'avons pas besoin de sa-
* voir comment ces divines merveilles s'opèrent,
» il suffit que nous sachions qu'elles s'opèrent; dous n'avons pas besoin de savoir comment Dieu fait ce miracle ; il nous suffit de croire qu'il le fait, et de tirer notre avantage d'un don si précieux.
» Ce point est commun à tous les mystères de
notre sainte foi , par exemple à la création su v laquelle nous ne saurions dire comment Dreir fit quand il créa le monde , ni quand il créa notre âme et la mit dans notre eorps. Qu'est- il donc besoin de savoir comment il met son très-saint cofps, son sang et son âme en ce sacrement?
C'est à lui dé le faire , c'est h nons de le croire. » En figure de cela , la manne céleste tombait jadis au désert non de jour , mais de nuit, telle* ment que personne ne savait comment elle se faisait , ni comment elle descendait ; mais quand le matin était venu , on la trouvait toute faite. Ainsi cette (céleste et divine manne de l'eucharistie se fait en une façon et d'une manière qui nous est secrète et cachée ; personne ne peut dire comment elle vient à nous ; mais par la lumière de la foi nous la voyons toute faite.
» Que si contre cette pureté d'entendement, le démon nous suggère des tentations , il faut s'y opposer, s'humiliant devant la toute-puissance de Dieu, et disant : ô sainte et immense toutepuissance de mon Dieu 1 mon entendement vous adore, trop honoré de vous connaître et de vous » faire l'hommage de son obéissance et de sa sou-
214 VÉBITÀBLE ESPEIT
mission» Oh! que vous êtes incompréhensible!
et que je suis content de ce que vous l'êtes 1. Non, je nie voudrais pas vous pouvoir comprendre ; car vous seriez petit si une misérable créature comme moi vous comprenait.
» Ensuite se repliant sur son propre entendement , il faut lui dire : Eh quoi ! petit moucheron , voulez-vous brûler vos ailes à l'immense feu de la puissance divine qui consumerait et dévorerait les séraphins , s'ils se livraient à de telles curiosités 1 Non , il ne vous appartient que d'adorer et de vous abtmer en la présence de Dieu , sans prétendre sonder son infinie majesté. » Quelquefois on peut répondre au tentateur:
ô malheureux 1 ta présomption de vouloir voler trop haut, t'a précipité en enfer. Je veux, moyennant la grâce de mon Dieu , ne pas faire une pareille, chute. Ta trompas la pauvre Eve en lui promettant de l'élever à une science divine, mais tu ne me prendras pas & cette amorce. Je veux croire , et je ne veux rien savoiç que ce que Dieu veut m'enseigner.
» Il est aussi quelquefois bon de mépriser ces subtilités et ces tentations, et de n'en tenir aucun compte , en sorte qu'on laisse aboyer et clabauder l'esprit de ténèbres, et que , sans s'en inquiéter , l'on continue son chemin ; car encore qu'il soit enragé, il ne mord pourtant que ceux qui le veulent , et ainsi tenons notre volonté constamment attachée à la foi, et laissons-le japper
tant qu'il voudra ; nous n'avons rien à craindre. 9 Voilà ce dont il faut purifier l'entendement ; mais cela ne suffit pas , car il faut encore le parer et l'orner de pieuses considérations. J'ai déjà dit qu'il ne faut pas considérer comment ce sacrement peut se faire , car ce serait nous perdre; mais j'ajoute qu'il faut bien considérer ce que c'est que ce sacrement. Les Israélites ne demandèrent pas comment la manne se faisait ; mais la voyant toute faite, ils demandèrent ce que c'était. Qu'est-ce ceci? disaient- ils, qu'est-ce ceci? Considérons donc que c'est le vrai corps de notre Sauveur , son éang , son âme , Isa divinité. C'est le mystère de la plus intime union que notre Rédempteur ait pu faire avec nous. C'est la plus entière communication qu'il ait pu faire de soi- » même. C'est par là qu'il s'unit à nous d'une façon » merveilleuse et toute pleine d'amour. En un mot, » ce sacrement, c'est Jésus-Christ lui-même quj
• Tient à nous et nous attire à lui. »
De la mémoire.
« Il fautjnettoyer la mémoire d'une chose , et la
• parer d'une autre. Ce dont il faut la nettoyer , » c'est le souvenir des choses terrestres et des afw foires mondaines. La manne ne tombait qu'au
• désert et d$Qs la solitude, hors du commerce du » monde, et non dans les villes et les bourgades,
Ceux qui mangeaient l'Agneau pascal retroussaient leurs robes , afin que rien ne traînât et ne flottât sur la terre. Ces figures nous apprennent qu'il faut pour un temps oublier les choses matérielles et temporelles (quoique bonnes et utiles) , et foire comme le patriarche Abraham, qui, voulant aller sacrifier son fils , laissa l'âne et les serviteurs au pied de la montagne jusqu'à ce qu'il eût achevé le sacrifice , c'est-à-dire qu'il faut retirer sa mémoire jota souvenir des affaires temporelles , jusqu'après l'action de grâces.
» Il faut , après cet oubli volontaire , parer la mémoire d'une sainte souvenance de tons les bienfaits dont Dieu nous a gratifiés , la création, la conservation , la rédemption et plusieurs autres , mais surtout la sainte passion en mémoire de laquelle il a voulu nous donner, en. ce divin sacrement > le propre corps qui souffrit pour nous, qui est la plus vive et la plus expresse représentation qu'il pût nous laisser de ses souffrances et de sa mort Quand on vous deman* dera , dit la sainte Ecriture , parlant de l'immolation de l'Agneau pascal , ce que c'est que vous faites, dites à vos enfants que c'est en mémoire de ce que Dieu vous délivra de t Egypte , vous faisant passer par le milieu de la mer rouge. Ainsi en ce divin sacrement nous devons, repasser dans notre mémoire le jour où Dieu, par sa
n passion et sa mort, nous délivra de la damna-
» tion. »
DE S. FBANÇOia DE SALES. 217
g IIL
Be la volonté.
« Il fout purMfcr la rotante d'une chose et la parer d'une autre. H faut la purifier des affections déréglées et désordonnées , même concernant les choses qui d'ailleurs sont bonnes. C'est pourquoi ceux qui mangeaient l'agneau pascal devaient avoir des souliers, afin que leurs pieds ne ton* chassent point la terre; car les pieds de l'âme sont ses affections , qui. la portent partout où elle va , dit saint Augustin ; et ces affections ne doivent pas toucher la terre , ni marcher à l'abandon , mais doivent être resserrées et couvertes en mangeant le vrai Agneau pascal, qui est dans le très-saint Sacrement* Notre Seigneur lava les pieds à ses apfttrejs avant l'institution de ce sacrement» pour montrer que les affections des communiants doivent être fort pures. La manne devait étreçuftUUe & la fraîcheur , avant le levier du so- IçU ; qe qui sigiufie que la chaleur naturelle des aflècUoAS démesurées empêche qu'on ne puisse cueillir la céleste uourrUiro 4e l'Eucharistie. Il faut y venir avec upe sainte ardeur et une volonté qui ne soit .affectionnée k aqcupe autre chose qu'à cueillir cette maiwe sainte*.
» U4aut parer la volonté d'«ne affection et d'un désir çftrfiffîe de cette pourriture céleste. C'est pourquoi il était topmaMté k <$ux qui rangeaient l'Agneau pascal , de le manger prqmpte-
2ttt YÉRÏTÀBLE ESP1UT
» meut y et à ceux qui cueillaient la manne de se » lever fort matin. Notre Seigneur lui-même en a
• donné l'exemple; car avant d'instituer ce saint » Sacrement, il l'avait extrêmement souhaité. JTai » ardemment désiré , dit-il , de manger cette Pd- » que avec vous. »