DB LA COMMUNION FBÉQURNTR
ARTICLE PREMIER
Règles concernant la communion fréquente.
Saint François de Sales disait qu'on ne pouvait pas donner de règle fixe pour déterminer les jours de communion , parce que cela dépendait de la disposition de chaque particulier. Il voulait donc qu'on s'examinât soi-même et qu'on prtt avis d'autrui , principalement de son confesseur.
Néanmoins il souhaitait que les laïques , quand ils sont sans péché mortel et sans affection au péché véniel , communiassent avec confiance , et pourtant avec humilité , tous les dimanches. Il ne dit pas sans péché véniel ; car qui en est exempt ? liais sans affection au péché véniel , c'est-à-dire ne le commettant que par surprise et inadvertance , et non de propos délibéré.
Il disait que ceux qui cherchent des excuses pour se dispenser de Communier souvent, ressemblent
* Supplément à YIntrod. à la Viedévote, part. 2, ctaap. le.
à ces invités de la parabole qui ne laissèrent pas d'indigner contre eux le père de famille par leurs excuses , quoiqu'elles parussent assez recevables, et il ajoutait que celles qu'avaient coutume d'alléguer ceux qui s'éloignaient de la sainte table, étaient autant d'accusations contre eux. Les uns disent qu'ils ne sont pas assez parfaits ; mais comment le deviendront-ils, s'ils s'éloignent de la source de toute perfection ? D'autres , qu'ils sont trop fragiles ; mais c'est là qu'ils se nourriront du pain qui fortifie. Quelques-uns, qu'ils sont infirmes; maïs c'est là qu'ils trouveront le médecin auquel il faut dire : Ayez pitié de moi, Seigneur , parce que je suis malade. Plusieurs , qu'ils n'en sont pas dignes; mais l'Eglise né met-elle pas dans la bouche des plus purs ces paroles de l'humble centenier : Seigneur* je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ? D'autres qu'ils sont accablés d'affaires; mais notre Seigneur nous crie dans ce sacrement r Venez à moi vous tous quiètes fatigués et surchar* gés 9 et je vous soulagerai. Quelques-uns, qu'ils craignent de le recevoir pour leur condamnation 1 ; mais ne s'exposent-ils pas à la condamnation en s'éloignant des sources de la vie? Plusieurs, que c'est par humilité, mais c'est une fausse humilité; car comment apprendront-ils à bien recevoir le corps; de Jésus-Christ , si ce n'est en le recevant fréquemment , de même qu'on apprend à bien faire les autres choses en les pratiquant souvent ?
Le Sauveur se plaint qu'il est abandonné de son
peuple , que les chemins de Sion pleurent, parée que personne ne vient à ses solennités, qu'il frappe à la porte et que personne ne lui ouvre, qu'il est au milieu de son peuple en propre personne , quoique voilé sous les espèces sacramentelles , et que les siens même ne viennent pas le recevoir. Rendonsnous donc à des invitations si pressantes.
ARTICLE SECOND
Dispositions pour là fréquente communion.
Voici ce que saint François de Sales écrivait à une dame dont la fille communiait fréquemment :
« Je ne voudrais pas que vous portassiez votre » fille à une si fréquente communion , à moins » qu'elle ne sache bien peser ce que c'est que la » fréquente communion. Il y a de la différence en- » tre discerner la communion d'entre les autres » participations , et discerner la fréquente commu* » nion d'avec la rare communion. Si cette petite » âme discerne bien que pour fréquenter la sainte » communion , il faut avoir beaucoup de pureté et » de ferveur , et qu'elle y aspire et soit soigneuse » à s'en parer , alors je suis bien d'avis qu'on l'en » fasse approcher souvent , c'est-à-dire de quinze
• en quinze jours. Mais si elle n'a d'ardeur que pour » la communion sans en avoir pour la mortification » des petites imperfections de la jeunesse, je suis
* d'avis qu'il suffirait de la foire communier tous » les mois. Ma chère fille , je pense que la commu-
» Dion est le grand moyen d'atteindre à la perfec-
• tion ; mais il faut la recevoir avec le désir et le » soin d'ôter du cœur tout ce qui déplaît à celui » que nous voulons y loger. »
ARTICLE TROISIÈME
De la diminution du nombre des communiants.
Saint François de Sales appelait le carnaval son triste temps. Voici comme il s'en exprime dans une lettre à sainte Chantai :
• Sachez que me voici en mon triste temps. En » effet , depuis les rois jusqu'au carême, j'ai de pé- » nibles sentiments en mon cœur ; car tout misé- » rable , tout détestable que je suis , je me trouve » plein de douleur de voir que tant de dévotion se » perde , je veux dire que tant d'âmes se relâchent. » Ces deux dimanches j'ai trouvé nos communions » .diminuées de moitié. Gela m'a bien fâché ; car 9 quoique ceux qui les faisaient ne deviennent pas » méchants, pourquoi cependant cessen t-ils de bien » faire ? Pour rien , pour les vanités. Cela m'est » sensible. »
Les exhortations que le saint évéque fit à son peuple sur cet objet, pe furent point inutiles , comme nous l'apprenons par une lettre qu'il écrivit quelques années plus tard à sainte Chantai : «Que
• je suis content que nous ayons retranché les ailes » au carnaval m cette ville , et qu'on ne le con- » naisse presque plus I Quelles congratulations j'en
» ai fait dimanche à mon cher peuple qui était tenu
» en nombre extraordinaire pour entendre le ser-
• mon sur le soir, et qui avait rompu toute con- » versation pour venir à moi! Gela me contenta » fort , et je ne le fus pas moins de ce que toutes » nos dames avaient communié le matin. »
ARTICLE QUATRIÈME
Avantages de la fréquenté communion.
Saint François de Sales recommandait souvent la fréquente communion. Voici comment it en parle
• dans un de ses .sermons.
« La ville d'Assise étant assiégée par les Sarra-
• » lins , sainte Claire se fit porter sur le mur ; elle » y fit apporter le saint Sacrement , et fit à Dieu
. » cette prière : Seigneur, ne livrez point vos épou- » $e$ aux bêtes , et soyez le défenseur de vos ser- » vantes que vous avez rachetées par votre sang
• précieux. Les Sarrazins s'enfuirent aussitôt , et » ceux qui escaladaient déjà les murs perdirent la
- * vue. Il en est de même de la fréquentation de ce
» sacrement, elle chasse les ennemis extérieurs et
» intérieurs. C'est une chose honteuse que le peu
• » de cas qu'on en fait ; il me semble que l'Eglise » dit les paroles de Job : Qui me donnera que je » sois comme dans les jours de ma jeunesse 1 Oh ! » qu'ils étaient saints ces beaux jours de l'Eglise » primitive , oà les fidèles puisaient dans la coin- » munion fréquente un courage et une charité si
DE S. FRANÇOIS Ht SALES. 20 1
admirables ! Oh ! eertes , celui qui se munit souvent de cet aliment céleste , peut bien dire zLe Seigneur est ma lumière , que craindrai-je ?
Le Seigneur est te protecteur de ma vie , de qui aurai-je peur ? Oh! quand même je marcherai au milieu des ombres de ta mort , mon cœur ne craindra point , parce que mon Dieu est avec moi. C'est ainsi qu'il faut se préparer à bien combattre ; c'est ainsi qu'il faut faire pour être victorieux. Notre vie est un combat continuel contre le* ennemis de notre salut. Reculer serait une trahison ; faire la paix est une chose impossible ; il faut donc combattre sous l'étendard de Jésus , et chercher en lui tout notre secours. »