‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 6 sur 52 · PREFACE. XJ · texte numérisé non relu

PREFACE. XJ

et elle prit, pendant son séjour, pour conducteur de son âme , le Père Jean Forrier , recteur du collège des jésuites, auquel notre Saint s'était lui-même plusieurs fois confessé. Gomme elle était souvent dans le cas de lui demander ses avis , et que quelquefois ils ne lui paraissaient pas s'accorder avec ceux que lui avait donnés saint François de Sales , elle lui témoignait , dans ces rencontres , qu'il lui semblait que son premier directeur n'était pas tout-à-fait du même sentiment que lui , et elle lui montrait quelques-uns des mémoires que notre Saint lui avait donnés par écrit Ce dévot religieux, qui était trèsversé dans la vie spirituelle , les goûta fort , et les trouva pleins du suc le plus exquis de la vie spirituelle. C'est pourquoi il lui demanda si elle en avait un grand nombre. J'en ai tant, lui réponditelle , que s'ils étaient mis en ordre , il y aurait de quoi faire un volume. Le Père Forrier lui témoigna le désir d'en avoir la communication ; elle y consentit volontiers, et lui donna tout le temps qu'il voulut pour les feuilleter.

Le pieux Recteur en fut si satisfait qu'il lui demanda la permission de les faire transcrire , ce dont elle ne fit aucune difficulté. Les copies s'en multiplièrent parmi les jésuites de son collège , qui désirèrent avoir part à cet inestimable trésor.

Lorsque la baronne de Charmoisy retourna à Anneci , le Recteur écrivit par elle à notre Saint.

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Il lui faisait des éloges de la vertu de cette dame et de sa conduite en la poursuite de son procès , qui avait eu une issue assez heureuse. Il le priait de continuer à cultiver ce terrain fertile , très-propre à porter toute sorte de vertus solides et vraiment chrétiennes , et qui tirait un très-grand profit des riches plantes spirituelles , dont sa plume l'avait orné.

Cette première lettre fut lue par notre Saint sans aucune réflexion sur ces plantes spirituelles. Le Père Forrier lui écrivit ensuite plusieurs autres lettres où il l'exhortait , le priait , le conjurait de ne point étouffer de si excellentes productions , et de ne point ensevelir dans les ténèbres de l'oubli des écrits qui étaient si dignes de la lumière du jour , et qui pourraient éclairer beaucoup d'âmes dans les voies de la justice et du salut

Saint François de Sales ne pouvant deviner ce qu'il voulait dire , lui répondit que ses occupations ne lui laissaient pas le loisir nécessaire pour écrire, que du reste il n'avait aucun talent pour cela , et qu'il ne pouvait s'imaginer quel motif le poussait à lui faire ces remontrances.

A la fin , le Père Forrier lui marqua que s'il ne se déterminait pas à mettre au jour les excellentes instructions qu'il avait données par écrit à la baron» ne de Gharmoisy , il penserait que ce serait retenir

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la vérité captive , et priver les âmes d'un bien très-précieux, que de ne pas les faire imprimer luimême. Notre Saint, étonné de ce langage , montra cette lettre à cette Dame , et la pria de lui expliquer cette énigme.

Elle lui répondit que le Père Forrier lui avait écrit aussi pour la prier de permettre qu'il mît au jour les mémoires qui lui avaient été donnés pour sa conduite particulière. « Quels mémoires , » lui dit le saint ? « Ce sont , lui répondit-ellé , les petits

• écrits que vous m'avez donnés sur divers sujets de

• dévotion pour le soulagement de ma mémoire. »

• Et que pourrait-on faire de tous ces billets? » dit l'homme de Dieu. « Il y en a plus que vous ne pensez , » répliqua-t-elle. « Je les ai communiqués au » père Recteur, qui les a fait transcrire ; et cetfe » copié forme un volume assez considérable. »

« Quoi ! lui dit le Saint, ce bon Père a bien eu de

» la patience de lire tous ces misérables écrits faits

» pour votre usage ! » « Oui , lui répondit-elle , et

» il les à trouvés si beaux, qu'il m'a protesté n'avoir

• jamais rien vu de plus utile et de plus édifiant ; » c'est le sentiment général de tous les Pères de sa

• maison, à qui il les a communiqués ; chacun d'eux » s'est empressé d'en avoir des copies ; et ils sont » résolus de publier cet ouvrage, si vous ne consen- » tez pas à le faire vous-même. • « C'est une chose

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» singulière , répliqua le saint Evêque , que Ton » m'assure que j'ai composé un livre sans que j'en » aie jamais eu la moindre pensée. Apportez-moi » tous cps mémoires , et que je voie ce que c'est. » Elle les lui apporta ; et à leur vue le Saint fut surpris de leur multitude , et s'étonna du soin qu'avait eu cette Dame de les recueillir et de les conserver.

Après qu'il les eut examinés , il écrivit au Père Forrier de bien se garder de mettre sous presse ces écrits décousus et détachés , à la publication desquels il n'avait jamais pensé ; il lui promit, au reste, que puisqu'il jugeait que ce qui avait été fait pour l'utilité d'une âme pourrait servira d'autres , il mettrait ces divers écrits en ordre , et tâcherait de de les retoucher, de manière que la lecture n'en fût pas désagréable.

C'est ce qu'il a fait selon la forme que nous voyons au livre de l'Introduction, que l'on peut dire avoir été composé deux ans avant que son Auteur y pensât Cependant l'expérience a fait connaître, qu'à proprement parler, le Saint-Esprit a été le premier auteur de cet ouvrage , et que le pieux Evêque n'tn a été que comme le secrétaire ; car ce livre n'eut pas plus tôt vu le jour , qu'il apporta dans les esprits une grande lumière sur les moyens de faire son salut dans le monde, et. sur les exercices de vertus par la pratique desquels on peut , en res-

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