‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 10 sur 82 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

Siècle de Périclès , depuis l'an 444 jusqu^à l'an 404 avant J. C.

Périclès , Alhénien d'une illustre naissance , et possesseur de grandes richesses , consacra ses premières années à l'étude de la philosophie, sans se mêler des aflaire» publiques , et ne paraissant ambitionner d'autre distinction que celle de la valeur. Lorsqu'il commença à paraître à la tribune , ses premiers essais étonnèrent les Athéniens. Il devait à la nature d'être le plus éloquent des hommes , et au travail , d'être le premier des orateurs de la Grèce.

Il connaissait trop bien sa nation pour ne pas fonder ses espérances sur le talent de la parole , et l'excellence de ce talent pour n'être pas le premier à le respecter. Avant de paraître en public , il s'avertissait en secret qu'il allait parler à des hommes libres, à des Grecs, à des Athéniens.

Cependant il s'éloignait le plus qu'il pouvait de la tribune , parce que toujours attentif à suivre avec lenteur le projet de son élévation , il craignait de porter trop tôt l'admiration du peuple à ce point d'où elle ne peut que descendre. On jugera dès lors qu'un orateur qui dédaignait des applaudissemens dont il était assuré , méritait la confiance qu'il ne cherchait pas. On conçut une haute idée du pouvoir qu'il avait sur lui-même, lorsqu'un jour que l'assemblée s'était prolongée jusqu'à la nuit on le vit ordonner froidement à un de ses esclaves de prendre un flambeau et de conduire chez lui un homme qui n'avait cessé de l'interrompre, de l'outrager , et de le suivre en l'injuriant jusque dans sa maison.

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Ce fut l'illusion que Périclès fit aux Athéniens non seulement par le talent, mais encore par les éminentes qualités propres à toutes les circonstances où il se trouva, qui fut le principe de son élévation. Il sut l'entretenir pendant près de quarante ans dans une nation éclairée , jalouse de son autorité , et qui se lassait aussi facilement de son administration que de aon obéissance.

Il partagea d'abord la faveur publique avec Cimon. Celui-ci était à la tèle des nobles et des riches ; Périclès se déclara pour la multitude , qu'il méprisait , et qui lui donna un parti considérable. Pour la mettre entièrement dans ses intérêts , il remplit Athènes de chefs-d'œuvre de l'art, assigna des pensions aux citoyens pauvres, leur distribua une partie des terres conquises , multiplia les fêtes , accorda un droit de présence aux juges , à ceux qui assisteraient aux spectacles et aux assemblées générales. Le trésor des Athéniens et celui des alliés fournissaient à toutes ces dépenses j mais le peuple , ne voyant que la main qui donnait , fermait les yeux sur la source où elle puisait. Ce fut par le crédit qu'il se procura, qu'il fit bannir Cimon , faussement accusé d'entretenir des liaisons suspectes avec les Lacédémoniens j et que , sous de frivoles prétextes , il détruisit l'autorité de l'aréopage, qui s'opposait avec vigueur aux innovations et aux {a<iu-^ vaises mœurs. ,

Après la mort de Cimon, Thucydide, son beau^frèi^"^ tâcha de ranimer le parti chancelant des principaux ci' toyens. Pendant quelque temps , il maifttittt l'équilibre , et fanit par être envoyé en exil. ' ,,,.,'.,

Dès ce moment, Périclès changea de système. Après atoir subjugué la faction des riche» par la multitude , il subjugua la multitude en réprimant ses caprices, tantôt par une opposition invincible, tantôt par la sagesse de ses coase,l6, ou par les charmes de son éloquence. Plus

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