‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 14 sur 82 · ABRÉGÉ: DD V9TA.GF · texte numérisé non relu

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que j'habitais. Je n'avais vu alors que des tentes , des troupeaux et des déserts. Tout ce qu'il me dit fit sur moi une impression profonde. Désormais incapable de sup-

Î>orter la vie errante que j'avais menée, et 'ignorance profonde à laquelle j'étais condamné , je résolus d'abandonner les lieux qui m'avaient vu naître.

J'ai passé les plus belles années de ma vie en Grèce , en Egypte et en Perse j mais c'est dans le premier de ces pays que j'ai fait le plus long séjour. J'ai joui des derniers momens de sa gloire , et je ne l'ai quitté qu'après avoir vu sa liberté expirer dans la planie de Chéronée.

[An 565 avant J. C] Vers la fin de la j)remière année de la cent quatrième olympiade , je partis avec Timagène , à qui je venais de rendre la liberté.. Après avoir traversé de vastes solitudes j nous arrivâ- 'mes sur les bords du Tanaïs^ auprès de l'endroit où il se jette dans le Palus Méotide. De là nous nous rendîmes, par mer, a la ville de Panticapée , située sur une iiauteur, vers l'entrée du Bospore Cimmérien. Cette ville , oii les Grecs établirent autrefois une colonie , est devenue la capitale d'un petit état qui s'étend sur la côte orientale de la Ghersonèsc Taurique. Leu-

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con y régnait depuis environ trente ans. Nous ne le vîmes point , parce qu'il était alors à la tête de son armée , et faisait la guerre aux habitans d'Héraclée en Bithynie.

Nous trouvâmes à Panticapée un vaisseau de Lesbos , prêt à mettre à la voile. Cléomède qui le commandait , nous promit de nous prendre sur son bord. En attendant le jour du départ , j'allais , je Venais ; dans les murs , hors des murs , mes regards se portaient sur tous les objets avec la plus vive curiosité. Tout ce qui me frappait , je courais l'annoncer à Timagène j comme ime découverte pour lui , ainsi que pour moi j je lui demandais si le lac Méotide n'était pas la plus grande des mers , si Panticapée n'était pas la plus belle ville de l'univers.

Je ne décrirai point le mouvement dont je fus agité, lorsque, à la sortie duBosphore Cimmérien , la mer qu'on nomme Pont- Euxin se développa insensiblement à mes regards. C'est un immense bassin , presque partout entouré de hautes montagnes, plus ou moins éloignées du rivage, et dans lequel près de quarante fleuves versent les eaux d'une partie de l'Asie et del'Euf.upe. Sur ses bord^M^bitenl des nations qi:*v aif-

yO ikBJiiGé DU VOYAGE

fèrent entre elles d'origioe , de mœurs et de langage'. Cette mer est souvent enve-^ loppée de vapeurs sombres , et agitée par, des tempêtes violentes. Elle n'est pas pro^' fonde, excepté vers sa partie orientale , où la nature a creusé des abîmes dont la sonde! ne peut trouver le fond.

Cléomède , craignant de s'éloigner des côtes , dirigea sa route vers l'ouest, ensuite vers le sud. On nous montra de loin l'em-; boucliure du Boristliène (i) , celle de l'Is-! ter (a) et de quelques autres fleuves.

Un jour, ce même Cléomède , après nous' avoir entretenus de l'expédition du jeune. Cyrus , et de l'exil de Xénophon , nous fit réloge d'Epaminondas , et le récit de la' glorieuse révolution arrivée chez les Thébains. f< Vous aurez su , dit-il à Timagène, qui avait été vivement ému de ce qu'il avait appris de Xénophon son ancien général , et d'Epaminondas son compatriote (an 404 avant J. C), vous aurez su que, par la prise d'Athènes , toutes nos républiques se trou>vèrent en quclaue manière asservies par les Lacédémoniens^ Los qualités brillantes

'^) Aujourd'hui le Dnieper.

*2 Ancicu nom du Danube.

DU JEUNE AA'ACHARSIS. '^l

et les exploits d'Agésilas les menaçaient d'un long esclavage, lorsque le roi Ariai jercès, qu'il avait le projet d'aller attaquer jusque dans le cœur de ses états , parvint à ■détacher de Lacédémone plusieurs villes ■de la Grèce. Thèbes , Corinthe , Argos, €t plusieurs autres peuples , formèrent une ligue puissante , et rassemblèrent leurs troupes dans les champs de Coronée en Béotie [an SgS avant J. C.]. Elles en vin- ^rent bientôt aux mains avec celles d'Agéj»ilas. Ce prince vainquit, et les Tliébains eurent la gloire de s'être retirés sans prendre la fuite.

Cette victoire affermit la jouissance de Sparte; mais elle fit éclore de nouveaux troubles , de nouvelles ligues , parmi les vainqueurs mêmes ; les uns étaient fatigués de leurs succès , les autres de la gloire d'Agésilas. Ces derniers, ayant à leur tête le Spartiate Antalcidas , proposèrent au roi Aitaxercès de donner la paix aux nations jfïe la Grèce. Le traité qui eut lieu, obligeant les Thébains à reconnaître l'indépendance des villes de Béotie, ceux-ci, de conceit uvAC les Axgiens , n'y accédèrent que lorsqu'ils y furent contraints par la force.

f An 382 avant J. C. ] Quelques aimées après, le Spartiate Phébidas, passant dans la Béotie avec un corps de troupes , les ÊÈ

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camper devant Thèbes. La ville était divisée en deux factions. Léontiadès , chef du parti dévoué aux Lacédémoniens, engagea Phébidas à s'emparer de la citadelle, et lui en facilita les moyens. Cétait en pleine paix , et dans un moment où les Thébains célébraient la fête de Cérès. Une si étrange perfidie devint encore plus odieuse par les cruautés exercées sur les citoyens forteïnent attachés à leur patrie. Quatre cents d'entre eux cherchèrent un asile auprès des 'Athéniens. Isménias, chef de ce parti, fut mis à mort sous de vains prétextes.

« Un cri général s'éleva dans la Grèce , et les Lacédémoniens eux-mêmes frémirent d'indignation. Léontiadès, qui s'était rendu à Lacédémone, calma les espirts en les aigrissant contre les Thébains. Il fut décidé qu'on garderait la citadelle de Thèbes, et que Phébidas serait condamné à une forte amende. » — «Ainsi, dit Timagène, en inteçfompant Cléomède, Lacédémone profita du crime, et punit le coupable : et quelle fut la conduite d'Agésilas?» — « On raccusa, répondit Cléomède, d'avoir été l'auteur secret de l'entreprise et du décret qui en avait consommé l'iniquité.

« Ce décret fut l'époque de la décajdence des Lacédémoniens. La plupart de Icqrs

alliés les abandonnèrent ; et trois ou quatre ans après , les Thébains brisèrent un joug odieux. Quelques citoyens intrépides détruisirent , dans une nuit , dans un instant, les partisans de la tyrannie j et le peuple secondant leurs efforts , les Spartiates furent chassés de la citadelle. L'un des bannis , le jeune Pélopidas , distingué par sa naissance et ses richesses , fut un des premiers auteurs de cette conjuration.

A cette nouvelle , les Lacédémoniens firent quelques irruptions en Béotie ; Agé- ^ilas y conduisit deux fois ses troupes , et fut blessé dans une action peu décisive. .Chaque jour Pélopidas menait les Thébains à l'ennemi , et leur apprenait à essayer leurs forces dans de petits combats contre les Spartiates , dont ils ne redoutaient pas moins la réputation que la valeur. Instruit par ses propres fautes et par les exemples d'Agésilas , il recueillit , dans une des campagnes suivantes , le fruit de ses travaux et de ses réflexions.

Il était dans la Béotie ; il s'avançait vers Thèbes : un corps de Lacédémoniens, beaucoup plus nombreux que le sien , s'en retournait par le même chemin. Il ose les attaquer , comme ils sortent d'un défilé.

On se bat avec acharnement , et la vie-

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