J74 ABREGE DU VOYAGE
toire reste long-temps indécise. Enfin elle se déclare pour les Thébains. Les Lacédémoniens , après avoir perdu leurs deux gé- ;néraux et l'élite de leurs guerriers , se dispersent dans la plaine.
f( Ce succès inattendu étonna Lacédémone , Athènes et toutes les républiques 'de la Grècc.Pour terminer leurs difiéreudsà l'amiable , elles envoyèrent leurs députés à une diète qui fut convoquée à Lacédémone. Epaminondas, âgé de quarante ans, y parut avec les autres députés de Thèbes. Agésilas dirigea les opérations de cette grande assemblée , qui se termina par un traité auquel les Thébains n'eurent aucune part.
K A peine les députés étaient-ils revenus dans leur patrie , que le roi Cléorabrote , qui commandait en Phocide l'armée des alliés , reçut l'ordre de la conduire en Béolie. Les forces des Thébains étaient inférieures aux siennes de près de la moitié, mais ils avaient Epaminondas à leur tete« €t Pélopidas commandait sous ses ordres. Les deux armées étaient dans un endroit de la Béotie nomme Leuctres. [An 571 avant' J.C.] Le lendemain se donna cette bataille que les talens du général thébain rendront k jamais mémorable. Des prodiges de vu-.
DU JEUNE àNACHzVRSIS. 75
leur ne purent sauver Cléombrole de la mort, et son armée d'une défaite entière. Les vainqueurs , dont la perte avait été très légère , élevèrent un trophée sur le champ de bataille. Ils furent si enorgueillis^ de ce succès que le philosophe Antistène disait : Je crois voir des écoliers tout fiers d'avoir battu leur maître.
K Deux ans après, Epaminondas et Pélopidas furent nommés chefs de la ligue béotienne. Ces deux illustres amis entrèrent ensemble dans le Péloponèse. Epaminondas , qui commandait en chef , conduisit l'armée, forte de soixante-dix mille hommes , à Lacédémone , dans l'espérance de se rendre maître de cette ville , et d'y élever un trophée. A son approche , Agésilas place son armée sur une éminence située entre cette ville et l'Eurotas , que la foute des neiges avait considérablement grossi. Epaminondas fit tous ses efforts pour l'attirer dans la plaine , et ne put y parvenir. Voyant que l'hiver approchait , et que ses troupes , qui s'alTaiblissaient de jour en jour, commençaient à manquer de vivres , instruit d'ailleurs que les Athéniens et d'autres peuples faisaient des levées considérables en faveur de Lacédémone, il fit le dégât dans la Laconie , et ra-
mena tranquillement son armée en Béoiie.
c( Après son retour, il fut accusé avec Pélopidas , et traduit en justice pour avoir conservé le commandement de la ligue béotienne quatre mois au-delà du terme fixé par les lois. Le dernier se défendit sans dignité, et eut recours aux prières j mais Epaminondas se justifia par le récit de ses exploits, et ses juges n'osèrent pas le condamner. Absous , il ne se vit pas délivré des poursuites de l'envie. Dans la distribution des emplois^ elle crut pouvoir humilier le vainqueur de Leuctrcs , en le chargeant de veiller à la propreté des rues et à l'entretien des égouts de la ville. Il releva cette commission , et prouva , par son exemple , qu'il ne faut pas juger des hommes par les places qu'ils remplissent, mais des places par les hommes.
« Pendant les six années suivantes, Epaminondas fit respecter plus d'une fois les armes thébaincs dans le Péloponèse. Pélopidas , après les avoir fait triompher en Thcssalie, passa à la cour de Suze , oii il déconcerta les mesures d'Athènes et de Lacédémonc, et obtint pour sa patrie un : traité qui l'unissait étroitement avec le roi de Perse. [An 364 avant J. C] Quelque temps après son retour, il marcha contre
BU JEUNK AîCACHARSÎS. 77
un tyran de Thessalie , nommé Alexandre, et périt dans le combat en poursuivant l'ennemi qu'il avait réduit à une fuite honteuse. Thèbes a perdu l'un de ses soutiens, mais Epaminondas lui reste. Ce grand homme se propose de porter les derniers coups à Lacédémone. On prétend que les Athéniens se joindront aux Lacédémoniens. Le printemps prochain décidera cette grande querelle. » Ici se termina le récit de Cléomède.
Après plusieurs jours d'une heureuse navigation , nous arrivâmes au bosphore de Thrace. Ce bosphore sépare l'Europe de l'Asie ; sa longueur, depuis le temple de Jupiter Urius , bâti sur la côte d'Asie jusqu'à la ville de Bjzance où il finit , est de cent vingt stades. Sa largeur varie. A l'entrée, elle est de quatre stades ; et à l'extrémité opposée , de quatorze. En certains endroits , les eaux forment de grands bassins et des baies profondes. Vers le milieu <3e ce canal, on nous montra l'endroit oii Darius , roi de Perse, fit passer sur un pont de bateaux sept cent mille hommes qu'il conduisait contre les Scythes. Là , deux hommes placés, l'un en Asie, l'autre en Europe , peuvent s'entendre facilement.
Bientôt après, nous aperçûmes la citadelle
et les murs de Byzance , et nous enlrâraes dans son port , après avoir laissé à gauche la petite ville de Chrysopolis , et reconnu du môme côté celle de Chalcédoine.