‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 3 sur 82 · PREMiÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMiÈRE PARTIE

Evéncmcns qui se sont passes depuis Cécrops jusqu'à la fin de la première olympiade.

La colonie de Cécrops tirait son origine de la ville de] Saïs en li^gypte. Bientôt les Égvptiens et les habitans de l'Atlique ne formeront qu'un seul peuple, soumis à des lois par lesquelles ceux-ci passèrent peu à peu de l'état

a INTROOrCTlON.

sauvage à la civilisation. Les colonies étrangères donnèrent aux divinités adorées par les Grecs , les noms qu'elles avaient en Egypte , en Lybic, en Phénicic. Cécrops multiplia les objets de la vénération publique. Il invoqua le souverain des dieux, sous le titre de Très-Haut ; il éleva' de toutes parts des temples et des autels , mais il défen-' dit d'y répandre le sang des victimes. Tous les refile-mens de Cécrops respiraient la sagesse cl l'humanité. Oa croit que ce fut vers la fin de son règne ou au commence-' ment de celui de son successeur , que se forma ce fameux tribunal de l'Aréopage, qui ne prononça jamais un injuste jugement.

La population de l'Atlique se ressentit bientôt de la boulé du gouvernement de Cécrops. Elle s'éleva à vingt mille habitans qui furent divisés en quatre tribus. Pour mettre cette peuplade à l'abri des corsaires qui ravageaient les côtes , le sage législateur jeta sur une colline les fondemens d'Athènes, et fit bâtir onze autres villes en diffcrens endroits.

Cécrops mourut après un règne de cinquante ans. Après lui régnèrent, iiendant l'espace de cinq cent soixante-cinq ans , dix-sept princes , dont Codrus fut le dernier. Cranaiis, son fils, lui succéda immédiatement. Sous le règne de ce prince , Cadmus , à la tête d'une colonie de Phéniciens , apporta en lîéolie le secret de l'écriture , qui ne tarda pas à être introduit dans l'Attiquc, D'autres arts firent trouvés sous les successeurs de ce prince : sous Érichtonius , les chevaux furent attelés à des chars, et les abeilles du mont llymelte devinrent l'objet d'une utile culture ) sous Pandion , on fit de nouveaux progrès dans la .'ciencc du labourage y Êreclitée illustra son règne par d'utiles élablisscniens.

A mesure que le royaume d'Athènes se fortifiait par les lois et les arts , on voyait s'accroître par degrés ceux

INTRODI'CTIOI*. 5

d'Argos , d'Arcadie, de Lacédémone , de Coriuthe , de Sicjoue, de ïhébes, de ïhessalie et d'Epire.

Cependant l'ancienne barbarie reparaissait au mépris des lois et des moeurs. Il s'élevait par intervalles des hommes robustes et féroces qui effrajaient les j)euples par leurs brigandages , ou des princes cruels qui faisaient périr des innocens par de longs et douloureux supplices. Heureusement , la nature produisit d'autres hommes qui, par leur force prodigieuse et leur indomptable courage , s'occupèrent de délivrer la Grèce de ces horribles fléaux. C'est alors que commence le règne de ces héros , dont la vie , pleine do merveilles, est souillée de taches honteuses.

ABGONAUTES.

Plusieurs de ces héros formèrent le'projct de s'emparer des trésors d'.îltès, roi de Colchos, malgré les dangers d'une longue navigation dans des mers inconnues. Parmi eux , on voyait Jason , qui séduisit et enleva Médée , fille de ce prince ; Castor et PoUux , fils de Tyndare , roi de Sparte ; Pelée , roi de la Phtiotie , et père d'Achille ; le poète Orphée ; enfin Hercule , le plus illustre des mortels.

HEBCULE. ^ '

Ce héros descendait des rois d'Argos. On dit qu'il était fils de Jupiter et d'Alcmène, femme d'Amphitryon ; qu'il fit tomber sous ses coups , et le lion de Némée , el le taureau de Crète , et le sanglier d'Érymanlhe , et l'hjx dre de Lérne, et des monstres plus féroces encore; un Busiris, roi d'Egypte, qui trempait ses mains dans le sang des étrangers ; un Anlhée , de Lybie , qui les massacrait après les avoir vaincus à la lutte, et les géans de Sicile , et les centaures de Thessalie , et tous les brigands de la terre, dont il avait fixé les limites à l'occident.

s iMiJuDi;cuoXi

comme Bacchns à l'orient. Son hisloLrc est un (issu de prodiges , ou plutôt cest Ihistoire de tous ceux qui ont porté le même nom et exécute les mêmes travaux que lui. On l'a couvert d'un éclat qui semble rejaillir sur Tespèce Immaine; et c'est un fantôme de grandeur élevé entre le ciel et la terre, comme pour en combler l'iutcr- Talle.

Ce prince était fils d'Égéc , roi d'Athènes ^ et d'Élra , fille du sage Pithée , qui gouvernait Trézèue. Comme il se rendait de cette ville , où il avait été élevé , à celle d'Aihènes, pour s'y faire reconnailre par son père, il attaqua et mit à mort Sinnis , Scyron et Procustc , trois fameux brigands, la terreur des pays qu'il traversait. Procuste étendait les passans sur un lit dont la longueur devait être la juste mesure de leur corps , qu'il réduisait ou allongeait par d'affreux tourmens.

Arrivé h la cour de son père , Thésée se fait recoanaître^ et dissipe la faction des Pallanlidcs , qui voulaient s'emparer du trône. Aussiiôt après , il vole aux champa de Marallion , qu'un taureau furieux ravageait depuis quelques années j il l'attaque, le saisit, l'eiicliaine , et l'expose aux regards élonnés des Athéniens.

Minos , roi de Crète , pour punir les Athéniens de la mort de son fils Androgée, les avait contraints, par la force des armes , de lui livrer, à des intervalles marqucSj. un certain nombre de jeunes garçons et de jeunes (illesy qui devaient être renfermés dans un labyrinthe, et, bientôt après, dévorés par le minotaure , monstre, moitié homme , moitié taureau , issu des amours infâmes de Pa^iphaé, reine de Crète. Thésée prend la résolution d'affranchir sa patrie éplorée de cet odieux tribut. II se met lui-même au nombre des victimes , et s'embarque pour

IHTHODrCIlOS. /

l'ile de Crèlc. Lorsqu'il est descendu dans le terrible labyrinlhe, il lue le monstre , et sort de sa pri=oa avec ses jeunes, compatriotes, à l'aide d'ui) (il qu'Ariane, iille du roi, lui avait donné. Celle princesse le suivit, ef eut la douleur de s'en voir délaissée sur les rives de Naxos. Tel est le récit des Athéniens. Les Crétuis disent, au contraire, que les olagcs d'Aihènes étaient destinés aux vainqueurs , dans les jeux célébrés en l'honneur d'Androgée ; que Thésée , ayant obtenu la permission d'entrer en lice , vainquit Taurus , général des troupes de Minos ,. et que le prince fut assez généreux pour reiidte justice à sa valeur, et pardonner aux Alliéniens.

A peine ce héros fut-il monté sur le trône , après ïa mort de son père Egée , qu'il changea le gouvernement d'Athènes , et le rendit démocratique. Les douze villes ou bourgs de l'Attique n'eurent plus de magistrats particuliers. Athènes devint la métropole et le centre de l'état, et la puissance législative ne résida plus que daus l'assemblée générale de la nation, composée des notables, des afrriculteurs et des artisans. Il fut réglé en même îemps que Thésée , placé à la tète de la république, ferait exécuter les lois, et aurait le commandement suprême de l'armée.

Après avoir donné la liberté à sa patrie , agrandi et fixé les limites de l'état , Thésée se lassa des paisibles hommages de ses concitoyens ; il se lia d'amitié avec Hercule et Pirithoiis, et ne rechercha plus avec eux que des expéditions éclatantes. Il triompha des Amazones sur les bords du Thermodon et dans les plaines de l'Attique ; il parut à la chasse de T énorme sanglier de Calydou ; il se signala contre les centaures de Thessalic , ces hommes audacieux qui, les premiers, s'étaient exercés à combattre à cheval.

Au milieu de tant d'actions gTorieuses , il résolot, de concert avec Pirithoùs, d'enlever Hélène, princesse de

8 INTUODUCTION.

Sparte , et Proserpine , fille da roi des Molossos. Ils «l'exécutèrent ce honteuï dessein qu'à l'égard de la première ; mais , après s'être échappés avec elle de Laccdémone *ils furent arrêtés en Épire. Le roi de ce pays lit dévorer riritlioiis par des doi^ues alTreui , et eiifermor Thésée dans une prison dont il ne fut délivré que par Hercule.

De retour dans ses états , Thésée vît sa famille couverte d'opprobre par riulàmc passion de Phèdre , sa femme , pour nippoljtc , fils qu'il avait eu d'Antiope , reine des Amazones. Pour surcroit de chagrin , il trouva la' ville déchirée parla faction des Pallantides , et le territoire de TAllique ravagé par Castor et Pollux , frères d'Hélène. Devenu pour les Athéniens un objet de haine et de mé- \nh , il voulut employer la force pour se faire obéir. Ce' moyen ne lui ayant pas ré^!-^si , il se retira auprès du roi' de Lycomcde, dans l'ile ùc Scyros. Il y périt quelque' temps après, ou par accident , ou par la trahison de ce prince , ami de Mneslhée , son successeur. Plusieurs" siècles après , Cimon , fils de Miltiade , transporta ses os-* semens dans les murs d'Athènes. On conslruisit sur son tombeau un temple embelli par les arts, et devenu l'asile des malheureux.

Cadmcs chassé du trône qu'il avait élevé , Polydore déchiré par des bacchantes, Labdacus enlevé par une mort prématurée , et ne laissant qu'un fils au berceau et entouré d'ennoniii : tel avait été , depuis son origine, le sort de la famille royale de Thèbes, lorsque Laïus , fils et «•viccesseur de Labdacus, épousa Jocaste , fille de Ménécce. A peine ce mariage était il conclu qu'un oracle annonça que le fils qui en naîtrait , serait le meurtrier de son {.>ère, et l'époux de sa mère. Ce fils naquit, et ses parens

lNTJ\ODtCIIO>'. 9

h: condamnèrent à devenir la proie des bêles féroces. Découvert dans un endroit soliiaire, il fut présenté à la reine de Corinlhe , qui l'éleva dans sa cour sous le nom d'OEdipe, et comme son fils adoptif. Devenu grand, il sortit de Corinllie , et prit le chemin de la Phocide. Sur la routej il rencontra dans un sentier un vieillard qui lui prescrivit avec hauteur de laisser le passage libre , et voulut l'y contraindre par la force. OEdipe se précipite sur lui et le fait périr sous ses coups. Ce vieillard était Laïus.

Après ce funeste accident , le royaume de Thèbes et la main de Jocaste furent promis à celui qui délivrerait' les Thébains des brigandages de Sphinge , fille naturelle de Laïus , qui , associée à des malfaiteurs , ravageait la contrée , arrêtait les voyageurs par des questions captieuses, et les égarait dans les détours du mont Phicée pour les livrer à ses perfides compagnons. OEdipe démêla ses pièges , dissipa les complices de ses crimes, et épousa la ''■cuve de Laïus.

Les deux époux ne lardèrent pas à se reconnaître. Jocaste termina ses jours par une mort violente. OEdipe, suivant quelques auteurs, s'arracha les yeux, et alla mourir dans l'Attique ; suivant d'autres , il épousa une seconde femme , dont il eut Etéocle , Polynice , Antigone et Ismène.

PltEMlÈBE ET SECONDE GUERRES DE THÈSES.

(An 1329 avant J. C. ) Etéocle et Polynice furent à peine en âge de régner , qu'ils reléguèrent OEdipe au fond de son palais , et convinrent ensemble de tenir , chacun à son tour, les rênes du gouvernement pendant une année entière. Etéocle monta le premier sur le trône, et refusa d'en descendre. Polynice se rendit auprès d'Adraste , roi d'Argos, qui lui promit de jpuissans secours, •

10 INTRODrCTIOÎT.

Adrasle partagea avec Pohnice le commandement de l'armée, à la tête de laquelle on voyait encore le brave Tydée , rinipéluenx Capanée , le devin Amphiaraiis , Jîippouicdon, Parlhénopée. En passant parla foret de Némée, ces généraux instituèrent les jeux uéniéens. A leur approche , les troupes d'Étéocle se renfermèrent dans les murs de Thèhcs. Le siège de cette ville fut long^ et il y périt des deux côtés un grand nombre de guerriers. Capanée venait d'clrc précipité du haut d'une échelle , lorsque Eléocle et Polynice résolurent de terminer leur querelle par un combat singulier. Le jour et le lieu déterminés , ces deux princes fondent l'un sur l'autre en présence de deux armées : tous deux tombent percés de coups^ et sont portes par des soldats sur le même bûcher.

Après leurs funérailles , la ville de Thèbes cOLlinua a'ètre défendue avec succès par Créon , frère do Jocaste , et tuteur du jeune Laodamas , fils d'Étéocle. Enfin ce siège meurtrier fut terminé par une sortie plus meurtrière encore , où les Théhains firent tomber sous leurs coupsTydèeet la plupart des généraux argiens. Adra?te , contraint de lever le siège , se reiiia dans son royaume , sans avoir pu honorer, par des funérailles j les guerrier» étendus morts sur lo champ de bataille.

[An 1 31 9 avant J. C] Quelques années après , les jeunes princes, fils des chefs argiens , résolurent de venger leurs pères. On distinguait i)armi eux Diomèdc, fils de T^dée, tt Sténélus, lils de Capanée. LesThébains, défaits dans une fameuse bataille, abandonnèrent leur ville quî fut' livrée ati pillage.

Patus , fils det'rlam^ roi de Troie, ville située au pied du nioiil fclà', suV la côte d'Asie à l'opposilc delà Grèce , se rendit à la cour de Ménélas , roi de Sparte,

ISTRODtCTION. If

OÙ la beauté d'Hélène , femme de ce prince , attirait tous les regards. Il séduisit cette princesse , qui abandonna tout pour le suivi e. A la nouvelle de cet attentat , pour lequel l'époux outragé demanda en vain satisfaction au roi Priam , les princes grecs indignés résolurent d'en tirer une vengeance éclatante. Ils s'assemblent à Mycènes , reconnaissent Agaraemnon , le plus puissant d'entre eux, pour c'ief de l'entreprise , et jurent de réduire en cendres la ville d'Ilium. On remarquait parmi eux le vieux et éloquent Nestor, roi de Pylos; l'artificieux Ulysse , roi d'Ithaque ; Ajax , de Salamine ; Diomède d'Argos ; Idoménée , de Crète ; Achille , fds de Pelée , et une foule de jeunes et houillans guerriers. Après de longs préparatifs, l'armée, forte d'environ cent mille hommes , se rassembla au port d'Aulide , et près de <louze cents voiles la transportèrent sur les côtes de la Troade.

La ville de Troie , défendue par des remparts et des tours, était encore protégée par une armée nombreuse que commandait Hector, fds 'de Priam. Il avait sous ses ordres quantité de princes alliés qui avaient joint leurs troupes à celles des Troyens. Les Grecs repoussèrent les troupes assemblées sur le rivage , et se renfermèrent dans un camp.

Les deux armées essayèrent de nouveau leurs forces, et le succès douteux de plusieurs combats fit entrevoir que le siège traînerait en longueur.

Entre la ville de Troie et le rivage qu'occupaient les tentes et les vaisseaux des Grecs , s'étendait une vaste plaine , le théâtre de la bravoure et de la férocité. Les Troyens et les Grecs , armés de piques et de nia-sues , d'épées , de flèches et de javelots, couverts de casques, de cuirasses , de cuissarts et de boucliers , les rangs pressés , les généraux à leur tète , s'avançaient les uns contre les autres, les premiers avec de grands cris, les autres

12 IMRODTJCTIOS.

dans un silence eflravant. Les troupes se heurtaient et se brisaient avec confusion; la nuit séparait les combattans ; la victoire coûtait du sang et ne produisait rien. Les jours suivans , la flamme des bûchers dévorait ceux que la mort jivait moissonnés. On honorait leur mémoire par des larmes et des jeux funèbres j la trêve expirait, et l'on en venait encore aux mains.

Le5 associations d'armes et de sentimens ne furent jamais si communes que pendant la guerre de Troie. Achille et Palrocle , Ajax et Teucer , Diomède et Sténélus , Idoménéc et Mérion , tant d'autres héros dignes de suivre leurs traces , combattaient souvent l'un près de Pautre , et, se jetant dans la mêlée, ils parlagcaicnl les périls et la gloire.

Toute la terre avait les 5'cux fixes sur les campagnes de Troie , et tous les princes s'empressaient les un.- nj)rès les autres de venir se signaler dans cctîe carrière ouverte aux nations. [ L'an 1 282 avant J . C. ] Enfin , après dix ans de résislance, après avoir ])Ctûu l'élile de ses guerriers , la ville tomba sous les efforts des Grecs. Ses murs , ses maisons , ses temples réduits en poudre ; Priam expirant au pied des aulels , ses (ils égorgés autour de lui ; Hécubc son éj)0usc , Cassadre sa (ille , Androniaquc veuve d'Hector , et plusieurs autres princesses , chargées de chaînes, et traînées comme des esclaves : tel fut le déuoùmcnt de celle fatale guerre.

Le retour des Grecs fut marqué par les plus sinistres revers. Ajax , roi des Locriens , périt avec sa flotte ; Ulysse erra pendant dix ans sur les flots, avant de rentrer dans sou lie d'Ithaque ; Idoménéc , Philoclète , ])iomède et Teucer , traliis par leurs parens et leurs amis , se rvtircrcnt dans des pays inconnus ; Agamemcion mourut a-sassiné par Clylemncstre , son infidèle épouse, qui, quelque Icmp^ après, péiit de la main

ISTnODtCTÎON. 15

d'Oresle son fils. Dans l'espace ùc quelques géncraticns . on vit s'éteindre la plupart des maisons someraines qui avaient détruit celle de Priaiu , et qualre-vini,'ls ans après laruine de Troie une partie du Pélopouèse passa entre les mains des llciaclidcs , ou desceudans d'Hercule.

BETODR DES BÉRACLIDES.

[An 1220 avant J. C. ] Les descendans d'Hercule avaient été bannis du Péloponèse par ceux de Pélops , et avaient fait plusieurs fois d'inutiles cfloris pour y rentrer. Ils étaient trois frères, TéincnCj Cresphonte et Aristodème. S'étant associés avec les Doriens , ils entrèrent avec eux dans la patrie de leurs ancêtres, et en chassèrent les descendans d'Aganicmaoa et ceux de Nestor. Argos échut en partage à Tcmcne , la Messénie à Cresphonte , et les deux li's d'A.rislodèmc , Eitristhèue et Proclès , régnèrent à Lacédémone.

Quelque temps après , les vainqueurs attaquèrent Codrus, roi d'Athènes , qui avait donné asile à leurs ennemi». Ce prince , ayant appris que l'oracle promettait la victoire à celle des deux armées qui perdrait son général dans la bataille , s'exposa volontairement à la mort. Ce sacrifice inspira une telle ardeur à ses troupes , qu'elles mirent les Héraclides en déroule. [ An 1092 avant J. C] Après la mort de Codrus les Athéniens abolirent le titre de roi, et, ne reconnaissant que Jupiter pour leur souverain, ils placèrent Médon , fils de ce prince, à côté du trône , avec le titre d'archonte ou de chef perpétuel^ en l'obligeant néanmoins de rendre compte de son administra;ion au peuple.

C'est là que finissent les siècles qu'on appelle héroïques, dont l'histoire n'offre qu'un mélange confus de vérité- rt de mensonges , de traditions respectables ,

l/l INTRODUCTION.

et (le riantes fictions imaginées par les poètes , qui alors étaient les seuls historiens de la Grèce , et même ses seuls théologiens. Les métaphores dont ils ornèrent leurs poèmes furent admirées surtout dans leur nouveauté , et la langue , devenue poétique , produisit le système religienx à la fois le plus absurde et le plus brillant.

ÉTABLISSEMENT DES IONIENS DANS l'aSIE UINEXIRE.

L'Attique et les pays voisins étaient surchargés d'habitans, et les conquêtes des Héraclides y avaient fait rc* Huer la nation entière des Ioniens , qui occupaient douze villes dans le Péloponèse. Les frères de Médon , mccontens de sou élection , conduisirent ces étrangers dans les riches campagnes qui terminent l'Asie à l'opposite de l'Europe. Celte colonie se trouva bientôt , par les conquêtes qu'elle fit sur les barbares , maîtresse d'autant d« villes qu'elle en avait dans le Péloponèse. Ces villes , parmi lesquelles on^distinguait Milet et Ephèse , composèrent, par leur union , le corps ionique.

Rlédon transmit à ses dcscendans la dignité d'archonle , dont les Athéniens bornèrent , dans la suite , l'exercice à l'espace de dix ans. Enfin , ils la partagèrent entre neuf magistrats annuels qui portèrent aussi le titre d'archonte.

Ce sont là Ions les mouvemens que nous présente l'iiisloirc d'Athènes depuis la mort de Codrus jusqu'à la première olympiade, pendant l'espace de trois cents ans. Pendant le calme qui régna dans l'Altique dans ce long espace de temps, parurent trois Jes plus grands hommes qui aient jamais existé , Homère , Lycurgue et Arislomène.

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