III
d'infanterie , et d'environ trois mille de
cavalerie.
Epaminondas suivit, dans son ordre de bataille , les principes qui lui avaient procuré la victoire de Leuctres. Une de ses ailes , formée en colonne , tomba sur la phalange lacédémonienne , qu'elle n'aurait peut-être jamais enfoncée, s'il n'était
DU JEUA'E ANACHARSIS. l3g
Venu lui-même fortifier ses troupes par son exemple et par un corps d'élite. Les ennemis, saisis d'épouvante à son approche, s'ébranlent et prennent la fuite. 11 les poursuit avec une ardeur dont il n'est plus le maître , et se trouve enveloppé par un corps de Spartiates, qui font tomber sur lui une grêle de traits. Après avoir long-temps écarté la mort , et fait mordre la poussière à une foule de guerriers, il tombe percé d'un javelot, dont le fer lui reste dans la poitrine. L'honneur de l'enlever engagea une action aussi sanglante que la première. Ses compagnons, ayant redoublé d'efforts , eurent la triste consolation de l'emporter dans sa tente. Sa blessure arrêta le carnage à l'autre aile, où l'on combattait avec une alternative à peu près égale de revers et de succès. De part et d'autre on sonna la retraite , et l'on dressa un trophée sur le champ de bataille.
Epamiiîondas respirait encore. Les médecins avaient déclaré qu'il expirerait dès qu'on ôterait le fer de la plaie. Il craignit que son bouclier ne fut tombé entre les mains de l'ennemi ; on le lui montra , et il le baisa comme l'instrument de sa gloire. ' 11 parut inquiet sur le sort de la bataille j on
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lui dit que les Thébaîns l'avaient gagnée. j> Voilà qui est bien , répondit-il , j'ai assez vécu. :» 11 demanda ensuite deux généraux qu'il jugeait dignes de le remplacer ; on lui dit qu'ils étaient morts. « Persuadez donc aux Thébains de faire la paix , » reprit-il • et , après avoir prononcé ces mots , il ordonna d'arracher le fer. Un de ses amis s'étant écrié , dans l'égarement de sa douleur : « Vous mourez , Epaminondas ! Si du moins vous laissiez des enfans ! — Je laisse , répondit-il en expirant , deux filles immortelles , la victoire de Leuclres et celle de Mantinéc. »
Sa mort avait été précédée de celic de Timagène. Huit jours avant la bataille , il disparut tout à coup. Une lettre laissée sur la table d'Epicharis , sa nièce , nous apprit qu'il allaitjoiudreEpaminondas. Mon cœur se déchirait à la lecture de cette lettre. Je voulus partir à l'instant. Apollodore , qui , à sa prière , venait d'obtenir pour moi le droit de citoyen d'Athènes , me représenta que je ne pouvais porter les armes contre ma nouvelle patrie . Cette considération me retint ; je ne fus pas témoin des exploits de mon ami 3 je ne mourus pas avec lui.
La bataille de Mantinée augmenta dans ^ la suite les troubles de la Grèce ; mais, dans
DU JEUNE ANACHARSIS. l4l
3 premier m ; ment , elle termina la guerre, jes Athéniens eurent soi a , avant leur déart , de retirer les corps de ceux qu'ils vaient perdus. On les brûla sur un bûcher, t on emporta leurs ossemeus à Athènes , iour en célébrer les funérailles.