CHAPITRE XXIV
Des fêtes des Athéniens.
Les premières fêtes des Grecs furent caractérisées par la joie et parla reconnaissance. Après avoir recueilli les fruits de la terre , les peuple? s'assemblaient pour offrir des sacrifices , et se livrer aux transports qu'inspire l'abondance. Plusieurs fêtes des Athéniens se ressentent de cette origine. Ils célèbrent le retour de la verdure , des moissons , de la vendange et des quatre saisons de l'année.
HgO ABRÉGÉ DU VOYAGE
Dans la suite , le souvenir des évéuemens utiles ou glorieux fut fixe à des jours marqués, pour être perpétué à jamais. Parcourez les mois des Athéniens , vous y trouverez un abrégé de leurs annales et les principaux traits de leur gloire. Outre les fêles qui regardent toute la nation, il en est de particulières à chaque bourg.
Les solennités publiques reviennent tous les ans , ou après un certain nombre d'années. Quelques-unes se célèbrent avec une extrême magnificence. Plusde quatre vingts jours enlevés à l'industrie et aux travaux de la campagne , sont remplis par des spectacles qui attachent le peuple à la religion, ainsi qu'au gouvernement. Ce sont des sa* crifices qui inspirent le respect par l'appareil pompeux des cérémonies ; des processions où la jeunesse de l'un et de l'autre sexe étale tous ses attraits ; des pièces de théâtre , fruit des plus beaux génies de la Grèce j des danses , des chants , desr combats , ou qui se donnent au stade ^ ou qui se livrent au théâtre.
Dans les premiers combats , qu'on, nomme gymniques , on se dispute le prix de la course , de la lutte , et des autres exercices du gymnase; dans les autres, celui du chant et delà danse. Les uns et les autres sont l'ornement des r)iincinal s fête?
DU JEUNE ANACHA.RSIS. igi
Plusieurs jours de l'année sont consacrés au culte de Bacchus. Son nom retentit tôui^ à- tour dans la ville , au Pirée , dans la campagne , et dans les bourgs. J'ai vu plus d'une fois la ville plongée dans l'ivresse la plus profonde. J'ai vu des troupes de baccliaus et baccliaptes , couronnés de lierre , de fenouil , de peuplier , s'agiter , danser , hurler dans les rues , invoquer le dieu par des acclamations barbares , dé- <;hirer de leurs ongles et de leurs dents les €intrailles crues des victimes , serrer des Serpens dans leurs mains , les entrelacer dans leurs cheveux , en ceindre leur corps , ^t , par ces espèces de prestiges , effrayer et intéresser la multitude.
Ces tableaux se retracent en partie dans une fête qui sqk célèbre à la naissance du printemps. On voit alors , dans une procession qui représente le triomphe de Bacchus , le même cortège qu'avait , dit-on, le dieu , lorsqu'il fit la conquête de l'Inde : des satyres , des dieux Pans ; des hommes traînant des boucs pour les immoler, d'autres montés sur des ânes , à l'imitation de Silène ; d'autres déguisés en femmes j d'autres qui chantent des hymnes dont la licence est extrême ; enfin toutes sortes de personnes de l'un et de l'autre sexe , sous divers tra-
vertissemens , ivres ou feignant de le paraître. ^.
Tant que durent ces fêles , la moîndriei violence contre un citoyen est un crime, et toute poursuite contre un débiteur est interdite. Les jours suivons, les désordres et les délits qu'on y a commis sont punis avec sévérité.
Des femmes seules participent aux fêtes d'A-donis , et à celles qui , sous le nom de Tliesmopliories , se célèbrent en l'honneur de Cérès et de Proserpine. Celles-ci reviennent tous les ans vers le milieu de l'automne , et durent plusieurs jours. Pour les célébrer , les femmes et les filles se rendent à Eleusis , où elles passent une journée entière dans le temple , assises par terre , et observant un jeune rigoureux , en mémoire de l'abstinence de Cérès , lorsqu'elle cherchait sa fille Proserpine.
DU JEr>'E AKACHARSIS. IQ^